‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 168 sur 352 · CHAPITRE IV B) DANS LES PROVINCES-UNIES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV B) DANS LES PROVINCES-UNIES

Le français a la cour des princes. — Dans les provinces du Nord, il est de toute évidence que la rupture complète des liens avec les provinces du Midi devait avoir pour effet de mettre le français dans une situation toute nouvelle et fort dangereuse pour son avenir. Là en effet, il n'avait jamais eu nulle part le rôle ni de langue maternelle, ni même de seconde langue. Cependant diverses circonstances lui permirent de garder une place, qui devint même considérable.

Il importe d'abord de marquer que le libérateur des provinces du Nord, Guillaume le Taciturne, était, lui aussi, Français de langue ^ Il avait été élevé dans l'entourage de Charles-Quint; ses mœurs étaient celles de la haute aristocratie et, de même que toute cette aristocratie, il considérait le français comme sa langue maternelle. Les Gantois devaient le voir avec surprise, lors de son séjour dans leur ville en 1580, se rendre au prêche de Téglise wallonne*. A côté des Français de son entourage intime, les Duplessis-Mornay, les La Noue, les Languet, on ne rencontrait guère que des Wallons comme Lumbres, Dolhain, Taffîn, Villiers, ou des Flamands francisés comme Marnix ^, Sa dernière femme était une (]oligny, veuve du sieur de Teligny. Ce fut elle qui fit venir à Leyde Scaliger, auquel elle écrivait de La Haye, le 9 janvier 1593, de la part des États de Hollande : « Vous quitterez la France, mais aussi bien n'est-elle pas maintenant elle-même, et vous en trouverez ici quelque portion ^. » Si Guillaume a écrit souvent en flamand et en allemand, les brouillons de ses lettres sont à peu près tous en français^. Et quand il fut frappé par sou assassin, ce furent des mots français qui lui vinrent aux lèvres.

1. Guillaume, dès 1568, publie sa Justification à la fois en français et en flamand et en envoie k la plupart des souverains et princes de l'Europe des éditions en français '1581). Voir Gachard, Corr de Guill. le Taciturne, t. VI, p. xli.

2. Ph. de Kempenaere, Vlaemsche kronijk, éd. Ph. Blommaerts, 268 Brux., 1839; dans Pirenne, IV, 137.

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