‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 182 sur 352 · PREMIÈRE PARTIE DU XVII® SIÈCLE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE DU XVII® SIÈCLE

culture française ; Hooft s'était formé au contact des poètes et des prosateurs français et italiens de la Renaissance. Vondel, le grand dramatui^e, connaissait notre poésie au point de pouvoir, à l'âge de vingt-cinq ans, écrire des vers français, comme on le voit par VÉpistre dedicaloire à Monseigneur Jean Michiels van Vaerlaer^ imprimée en tête du Pascha. Ses vers ne sont pas toujours corrects, mais on y reconnaît facilement des traces d'une lecture assidue de Ronsard et de Du Bartas *. Il est certain que Vondel a aussi subi l'influence de Garnier ^ et des autres dramaturges français du xvi« siècle.

Nous avons, depuis 1618, la trace d'acteurs français faisant des tournées en Hollande. Le prince Guillaume II d'Orange possédait une troupe de comédiens français, et elle était bonne. Dans le Roman comique de Scarron, le Destin dit à M. de la Rapinière : '( Nostre troupe est aussi complète que celle du prince d'Orange -K » Quand parut Corneille, son succès fut considérable aux Pays-Bas* Dès le 2 mai 1641 , Ze Cid s'était joué en traduction à Amsterdam. A la Haye, ce fut le texte qu'on vint entendre. Le 31 mai 1649, Constantin Huygens félicitait le grand poète français de l'effet extraordinaire qu'avaient produit les représentations données en Hollande par la troupe royale que dirigeait Floridor ^. Et Huygens le fils, assistant en 1649, à l'hôtel de Bourgogne, à Paris, à une représentation du Menteur, écrit dans son journal que les acteurs ne jouaient pas mieux que la troupe de la Haye ^.

Il est probable que d'autres divertissements, venus de France, avaient aussi leur succès. Nicolas Wallet, qui publia à Leyde un Secretum Musarum en 1613 et d'autres ouvrages musicaux, était Français. Il exerçait la profession de maître de danse à Amsterdam.

t. Voir sur ces vers de Vondel, Salverda de Grave, De yieawe Taalgids^ VI, 240. Sur rinflucnce de Du Bartas en Hollande, on peut consulter : A. Beekman, Influence de Da Bartas sur la littérature néerlandaise (Thèse, Poitiers, 1912). On trouve une autre poésie française faite par un poète néerlandais, Brederoo, dans J. ten Brink^ Gerbrand Adriaensen Brederoo, 2* éd., Rotterdam, 1871, 66. Mais c*est un simple exercice d'écolier. D'ailleurs le poète lui-même avoue qu'il ne possède qu'un petit peu de « fpançois d'école ». Huygens a aussi fait des vers français; on compte à peu près 350 poésies françaises dans l'édition de ses œuvres poétiques par M. Worp.

2. Busken Huet, Het Land van Bembrand, II, 2* part., 243-249.

3. Ordonnance de Maurice de Nassau, 17 avril 1618 : Permission aux « comédiens françois cstans en son service de se pouvoir transporter d'icy en France et ailleurs où que bon leur semblera pour y exercer leurs comédies et tragédies » (Peperkamp^ La France en Hollande, Liège, 1895, 104).

4. Wopp, Lett. du S. de Zuylichem à Pierre Corneille, 5 ; A. Michel, Constantin Huygens, dans Revue des Deux-Mondes (1893), CXVII, 592.

5. Journaux de Constantin Huygens le Jeune, publiés par Het Historiseh Genootschap, III, m.

Amsterdam eut aussi un maître de musique français : Louis de France *.

Continuation de l'émigration . — En même temps des réfugiés français continuaient d'arriver. On trouvera dans Poujol ^Tindication des colonies wallonnes successivement établies à Groede (1618), à Groningue, à Gouda, à Bois-le-Duc. Après la chute de La Rochelle, le mouvement s'accéléra. Des familles françaises, inquiètes, se remirent à émigrer. Des églises se formèrent à Maestricht (1632), Heusden (1638), Nimègue (1644), Olne (1648), etc. On voudrait savoir dans quelle mesure cette infiltration pouvait contribuer à la diffusion de notre idiome dans les classes populaires. Malheureusement, nous manquons de données statistiques précises. Une dépêche de M. de Thou parle de plus de 2.000 de nos nationaux établis et mariés dans la seule ville d'Amsterdam ^.

Les Français jouèrent un grand rôle dans 1 armée hollandaise. Nous avons déjà dit plus haut que dé jeunes gentilhommes français venaient apprendre la guerre sous le prince Maurice. Son successeur ne les attira pas moins : Turenne s'était formé auprès du prince Frédéric-Henri. Dans la Correspondance de Huygens, il est souvent question d'officiers français qui demandent des régiments '•. L'élément français dans Tarmée devint peu à peu considérable, si bien que, le 11 août 1656, l'ambassadeur français Rebersac, assistant à une revue des troupes hollandaises passée dans la plaine de Mookerheide, pouvait écrire à Paris : « [Le prince d'Orange] disoit que les troupes de V. M. luy servoient de modèle, et qu'il esloit assuré qu'il y a voit des garnisons en France qui ne se conformoient pas si promptement que luy aux reglemens et aux ordonnances de V. M... Effectivement, Sire, on croit être dans Tarmee de V. M. C'est le même exercice et presque tous les ordres se portent en françois- »

Ce fait, au premier abord surprenant, s'explique, à vrai dire, non

1. Mém., de Pomp., 1670; A/f. Etr., lloll., Corr., 90, f» 27. Le même document sifçnale un tailleur français établi à La Haye depuis 44 ans.

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