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CHAPITRE IX III. LA PRESSE PÉRIODIQUE EN FRANÇAIS

Les gazettes. — Les Pays-Bas sont vraisemblablement le pays où naquit la presse périodique. On en connaît Torigino. Depuis longtemps se débitaient des nouvelles à la main, ou des placards, provoqués par les événements. Peu à peu ils devinrent de plus en plus nombreux, au fur et à mesure que le grand commerce dut se renseigner sur des faits qui allaient se multipliant. Et Ton vit alors les éditeurs adopter pour leurs publications des titres communs : Nouvelles, Gazettes, Mercures, Tijdingen, News, Zeitung, etc Bientôt un nouveau pas fut franchi, et les feuilles parurent réguliè rement, sans qu'on renonçât pour cela à aucune des formes antérieures, pas même à la nouvelle à la main. Aux Pays-Bas. le développement fut le même qu'ailleurs. Cependant nulle parties feuilles ne devinrent aussi tôt périodiques, nulle part non plus elles ne pullulèrent autant.

Dès 1616, on signale à Anvers des Nieuire Tijdinghen [Nouvelles récentes) d'Abraham Verhoeven qui, à partir de 1617, paraissent tous les huit ou neuf jours, en flamand. En 1617-1019, commencent les Gazettes y à Amsterdam. Leyde, La Haye, aussi en néerlandais.

Mais vingt ans après on rencontre des gazettes en français, Tune à Amsterdam, intitulée Nouvelles des divers quartiers (1639 et sv.), l'autre, le Postillon ordinaire, à Anvers. La première n'est qu'une édition française dune gazette en néerlandais, l'autre reproduit également — avec des variantes — une gazette flamande. Il est vraisemblable — leur correction semblerait le prouver — que toutes deux avaient pour rédacteurs des Français. En tous cas, le fait et la date méritent d'être retenus; dès 16i0 on croyait pouvoir et devoir, dans les Provinces-Unies, imprimer des gazettes en langue française. C'est un exemple qui ne fut pas perdu.

En 1663, commence la Gazette d'Amsterdam, hebdomadaire, qui devint ensuite bi-hebdomadaire. Rotterdam eut sa Gazette française vers 168ft, La Haye vers 1690. La Gazette de Leyde date de 1678. et mérite d'être mise à part, non seulement parce qu'elle eut \ine vie très longue, et se publia jusqu'en 1814, mais pour son caractère

RÉSULTATS. LA PHES8E PÉRIODIQLT. E^ FRA.NÇAIS 20",

même. Le titre seul indique quelle fut Tidée directrice du libraire, De la Font. Avant de s'appeler Nouvelles extraordinaires de divers endroits , sa feuille se nommait : Traduction libre des Gazettes fiamandes et autres. Rien de plus significatif. Dans un pays où on parlait flamand, il faut qu'on ait eu des raisons bien particulières pour traduire en français des gazettes, ou en publier dans cette langue. Et ces raisons ne sont pas à chercher sur place. La vérité est que les Nouvelles devenaient une marchandise sérieuse, à la condition d'être vendues en grand nombre. Or, on ne pouvait trouver aux Pays-Bas la clientèle nécessaire, on se tourna donc vers rétranger et oii rédigea dans la langue où les gazettes avaient chance d'être lues, c'est-à-dire d'être vendues.

La preuve en est que les Hollandais essayèrent aussi de créer des gazettes en italien et en allemand ^, qu'ils espéraient débiter là où on parlait ces langues, mais dont la vogue fut infiniment plus restreinte.

Aux gazettes vinrent s'ajouter bientôt les journaux, sorte de revues critiques des nouveautés littéraires et scientifiques, dont le prototype fut le Journal des Savants -. J ai déjà parlé de ce journal et de son premier directeur, Denis de Sallo. 11 faut aussi compter les Mercures, sortes de répertoires périodiques des faits les plus importants à noter.

Leurs rédacteurs. — A voir la correction dont témoignent ces publications, on se laisserait facilement tromper. Si les gazettes avaient été Toeuvre de Hollandais, c'est que beaucoup d'entre eux auraient eu dans le français une seconde langue. Mais il n'en est rien. La plupart des rédacteurs étaient d'origine française, ainsi ce Jean Alexandre De la Font, cité plus haut, fondateur de la Gazette ordinaire d'Amsterdam^^ le plus estimé par Bayle de tous les gaze-

1. Jansz Zwol, éditeur de la GA2e(<e d'Am$terdam (en fr.;, public aussi, à partir du 2 mars 1668, une gazette en italien, hebdomadaire ♦ pour le même prix que la française M (Halin, o. c, 42). En 1694, Gaspard Commelin, à Amsterdam, a privilège du Magistral de la ville pour publier les gazelles hollandaises, allemandes et françaises (J. Wagenaar, Description d'Ainsi., Halin, o. c, 162).

2. Bayle, dans la Préface des MouveUes de la République des Lettres, dit : « On a trouvé si commode et si agréable le dessein de faire sçavoir au Public par une espèce de Journal, ce qui se passe de curieux dans la République des Lettres, qu*aussi-l6t que M. Sallo, Conseiller au Parlement de Paris, eût fait parollre les premiers essais de ce Projet au commencement de Tannée 1665, plusieurs Nations en témoignèrent leur joye. soit en traduisant le Journal qu'il faisoit imprimer tous les huit joui*s, soit en publiant quelque chose de semblable »» (fJEuv., I, 1).

3. En 1667. En 1678, il est à Leyde ; c est là qu'en 1680, il publie la Gazelle de Leyde qu'il cède en 1689 à son fils. Le 16 janvier 1670, Pomponne le mentionne dans son Mémoire de quelques particuliers français habitués en Hollande, qui demandent

tiers français *, Cl. Jordan, éditeur des Nouvelles exlr&ordinairei 2, Saint-Guislain, alla» Saint-Glain, rédacteur des Nouvelles solides et choisies 3, dont héritèrent successivement sa veuve et son fils ^. Quand, à La Haye, en 1690, Jean-François du Four obtint la permission nécessaire, et qu'il entreprit son Histoire journalière de ce qui se passe de plus considérable en Europe (bi-hebdomadaire), il s'attacha un autre Français, un réfugié, Paul Acéré, S»" des Forges ^.

A Utrecht, la Gazette française qui parut en 1710, était Tœuvre de Nicolas Chevalier, encore un Français, que remplaça du reste en 1720, un Parisien, Nicole Janiçon. Et ainsi de suite. L'Histoire abrégée de VEurope, connue sous le nom de Journal de Leyde (1686-1688), publiée chez le même Cl. Jordan, dont nous venons de parler, est de Jacques Bernard, un pasteur émigré, qui donna aussi, en 1692, les Lettres historiques^. La Gazette burlesque d'Amsterdam^ sorte de continuation de Loret, fut fondée par Crosnier et Lucas, le même Lucas qui créa à La Haye la Quintessence des Nouvelles historiques. Véron, Gueudeville '^, puis M"*® du Noyer, et ensuite Rousset de Missy et Guyot lui succédèrent.

Michel de la Roche qui fit paraître la Bibliothèque anglaise en 1710, sortait également de France. Il avait d'abord passé en Angleterre. Gabriel d'Artis, qui resta quelque temps à la tête du Journal sur toutes sortes de sujets, est également Français. Si leurs noms sont peu connus, en revanche d'autres sont restés célèbres.

très humblement au Roy la permission d'y continuer leur séjour (16 janv. 1670). Il est alors correcteur d'imprimerie et habite Amsterdam (Aff. Etr., Holl., Corr., 90, f*37).

1. « Oa croit que celles (les Gazettes) du S' La Fon, que je n'ai jamais vues, sont les meilleures »• (Bayle, OEav., IV, 620).

2. D'abord à Leyde, 1680, il passe en 1689 à Amsterdam. Sa feuille porte alors le titre de Nouveau Journal Universel. Les magistrats lui ayant accordé un monopole il annonce qu'il lui donnera le titre de Gazette d'Amsterdam (Hatin, o. c, 159;. Après 1690, il quitte le journal, où on trouve en 169:i un nommé Maussy ; il reparaît en 1718 dans la Quintessence des nouvelles historiques et la Clef du cabinet des Princes Il est alors libraire (Id., ii)., 160, n. et 161).

3. Biyle en a parlé plusieurs fois {Let. à son fr., Rotterdam, 10 avr. 1684, Sonvlell., II, 222).

4. Hatin, o. c, 165. Ils employaient à la confection des articles tantôt un sieur de Versé, tantôt un sieur Fleurnois (Bayle, CEuv., IV, 620).

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