Hatin, o. c
6. Dans la Préface du premier numéro, il dit : « Je déclare que je suis Hollandais par inclination et par devoir, si je ne le suis pas par la naissance. La prospérité de la Hollande fait le plus ardent de tous mes souhaits, et, si elle ne peut arriver qu'au préjudice de ses ennemis, je souhaite leur abaissement de tout mon cœur » (Hatiu, o. c, 181).
7. Une lettre de Bayle (6 mars 1702, Œuv., IV, 815) donne les renseignements le» plus détaillés sur Gueudeville, qui lança aussi : L'Esprit des Cours de l'Europe.
RESULTATS. IJl PRKSSE PÉRIODIQUE EN FRANÇAIS 267
celui de Sandraz de Courtilzpar exemple, cet aventurier qui débuta comme capitaine de larmée française, et finit comme prisonnier à la Bastille».
Personne n*ignore Bayle et les Nouvelles de Isl Bépublique des Lettres (mars 168i), la première revue qui n'ait point été faite seulement pour des gens de métier. Son collaborateur, Pierre Desmaiseaux, a partagé en quelque mesure sa renommée. h'Histoire des ouvrages des savants, qui continua à Rotterdam les Nouvelles de la République des Lettres, fut dirigée par un des Basnage (Henri), réfugié après la Révocation. Etienne Chauvin est aussi bien connu ; avant de passer à Beriin, il avait fondé, en 1694, le Nouveau Journal des Savants, à Rotterdam. C'est encore un réfugié -.
Raisons du développement de la presse aux Pays-Bas. — Les gazetiers français, d'après ce qu'on vient de voir, n'étaient, pour la plupart, pas nés aux Pays-Bas. Il n'en est pas moins vrai que leur presse y est née, et qu'elle est essentiellement une production hollandaise. Il n'en exista pas, il ne pouvait en exister nulle part une semblable. Nulle part en effet ne se trouvaient réunies comme elles l'étaient là les conditions nécessaires. Assurément on trouvait ailleurs, en Allemagne par exemple, des États morcelés, dans chacun desquels eût pu naître une gazette. Mais il fallait qu'elle y pût
1. Cf. sur lui le P. Lelong, Bibl. hist.,éd. 1771, t. III, app. p. xui, le P. GrifTet Traité des différentes sortes depreuves, 1770, 98 et suiv., le P. Niceron, II, 165 et suiv. Lenglet Dufrcsnoy, Bib. des romnns, à son nom, Lebreton, Le roman an XVIII* siècle, 9-39. La liste de ses publications est fort longue. Il entreprit en Hollande trois publications périodiques : l"* Mercure historique et politique^ contenant Vétai présent de V Europe... La Haye, à partir de 1686; 2» Annales de Paris et de la Cour, 1697-1698; 3" L Élite des nouvelles de toutes les Cours de VEurope^ 1698, à Amsterdam. Quand la partialité qu'il montra pour la France dans son Histoire de la guerre de Ilollande, 1689, l'eut fait expulser des Provincas-Unies, il confia la direction de son Mercure à un autre Français, un Parisien protestant réfugié, Rousset de Missy . Les Annales de Paris et de la Cour furent entreprises par lui lors de son second si^'jour en Hollande. Il les abandonna au bout de deux ans. VÉlite des nouvelles ne dura qu'un an. Cf. Runge (H.), Courlils de Sandraz und die Anfiinge des Mercure historique. Inaug. Diss., Halle, 1887.
'2. A ces Français, il faudrait joindre Jean Lcclerc, l'auteur de la Bibliothèque universelle (1686-1693, Amsterdam). II était, il est vrai, né à Genève, mais d'une famille française, et, tout jeune, avait séjourné en France, avant d'émigrer. Tronchin du Breuil était également de Genève, mais il était venu à Paris, où il était en relations avec Colbert. Un moment môme, on put croire que sous l'influence de Bossuel* il allait abjurer (Voir la Corr. des Contrat, gén., I, lviii, note). Mais il resta pro' testant, et passa en Hollande. Il y publia les Lettres sur les matières du temps, tous les quinze jours, à partir du l*' février 1688 jusqu'au 15 déc. 1690. En 1694, il devint éditeur de la Ga;e((e d'Amsterdam, à laquelle il a vraisemblablement collaboré nntéricureraenl. En 1690, on lui avait donné un privilège de Gazetier français (Hatin o. c.,157, 162-164). Après sa mort, sa gazette fut continuée par son fils, qui la laissa en 1743 à sa vruvo et h ses enfants.
vivre. Pour cela, un régime de liberté était nécessaire. La Hollande était seule à en jouir.
En France, comme récrivait naïvement Tabbé Bianchi au prince de Beaumont-Vintimiles, il semblait « que la maxime d'État exigeât qu'il n'y eût qu'une seule loi et une seule gazette * ». Tandis qu'aux Pays-Bas régnait en fait cette « honnête liberté de l'imprimerie » dont Bayle s'est félicité tant de fois '^.
Je ne sais s'il est vrai, comme l'a rapporté de Groot, que beaucoup de Français eussent souhaité se transporter en Hollande ^ ; en tous cas il est exact qu'il faisait doux « de vivre en un pays où les lois mettaient à couvert des volontés des hommes » suivant Texpression de Saint-Evremond ^ et où les citoyens avaient l'habitude de disputer librement, non seulement de leurs affaires, mais de tous les sujets politiques ou religieux.
La presse devient un instrument politique. — A l'intérieur des Provinces-Unies, lire des gazettes était, dès 1650, une habitude enracinée. Mais, bien entendu, c'était des gazettes néerlandaises qu'on lisait ^. Si on en fît de françaises pour l'exportation ^, il est vraisemblable que ce fut, comme je l'ai dit, dans l'espoir de répandre au dehors un produit qui se vendît et de trouver un bénéfice à ce trafic. Toutefois d'autres idées se mêlèrent bientôt à celle-là. Des journaux ne se débitent pas comme du sucre ou du café.
Les gazettes, ainsi que tous les journaux passés, présents ou futurs, faisaient naturellement une large place aux bagatelles.