‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 21 sur 352 · Revue des Deux Mondes^ oct. 1879, p · texte numérisé non relu

Revue des Deux Mondes^ oct. 1879, p

3. Le Gaygnai-d, Apranmolire, 166. — Les registres de mariage et de baptême sonl une source précieuse de renseignements, sous cette réserve toutefois qu'on a pu choisir les témoins précisément parce qu'ils savaient écrire. Quelques statistiques, trop peu nombreuses, ont été publiées. D'une qui concerne la Somme, j'extrais ce qui siiîl:

De 1686 à 1690, il y a eu à :

Proyart 12 mariages. Ont signé 8 hommes, I femme

Rony le Petit i mar. — 2 hom., néant

Vauvilliers 2 mar. — 1 hom., »

Voyennes 12 mar. — 5 hom., »

4. Mus. péd., n» 35655, p. IL On pourrait citer cent textes analogues. Le chantre de Notre-Dame (qui a le gouvernement des écoles). Cl. Joly, rappelle à ses subordonnés qu'ils sont commis, non seulement pour enseigner aux enfants à lire, a écrire, Tarithmélique, le calcul, le service, la grammaire, mais encore pour leur enseigner le catéchisme et l'instruction de la doctrine chrétienne. Au reste, il n'y a qu'ù consulter le titre même de V École paroissiale^ ce manuel des Maîtres : L'ouvrage est

Hisloire de la langue française. V. 3

^L'école est avant tout un autre catéchisme, une maison où on apprend le catholicisme, ses dogmes, ses pratiques, sa morale. « Il s'agit de sauver son âme, dit M. Fosseyeux, plutôt que de former son jugement. Cet enseignement reste bien une des formes de la charité chrétienne*. » Je ne veux pas dire que l'enfant n'y apprend pas à lire. Nous verrons quoi et comment ; il apprend aussi à compter par jetons, parfois même à écrire et à calculer par écrit. Mais ces « sciences humaines » doivent servir aux autres. Gomme ailleurs la philosophie, elles sont servantes de la théologie, d'une théologie enfantine, celle du catéchisme et de Thistoire sainte.

Avec le temps on ajouta quelques accessoires au programme essentiel, car il était impossible qu'on n'aperçût pas l'utilité pratique de certaines connaissances, d'un peu d'orthographe par exemple, de divers travaux manuels aussi. Mais Técole, née des prescriptions de l'Eglise, de la charité d'un curé ou d*un particu-

,^ier, restait malgré tout une fondation pieuse. Elle portait, tout naturellement, la marque de son origine. C'est là un fait que personne n'a songé à nier, il n'était pas niable ; même entre des mains laïques, elle était une maison d'instruction religieuse. Dès lors, il était tout naturel qu'on songeât, après la Révocation, à l'employer pour vaincre la résistance acharnée qu'on trouvait dans les familles des « nouveaux-convertis ».

> La Révocation de l'Édit de Nantes et la multiplication des écoles. — Presque tous les évêques, consultés, furent d'accord sur ce point,

V les enfants des hérétiques devaient être envoyés aux écoles, là où il en existait, dût-on pour cela les ravir de force à leur famille ; ailleurs, il fallait créer des écoles -. Plusieurs ne se faisaient pas illusion et savaient que l'influence de la famille détruirait celle des maîtres ; à presque tous, cependant, le moyen paraissait bon, sinon sufRsant ^.

divisé en quatre parties. La première contient « les qualités et les vertus de ceux qui instruisent les enfants, ce sont la foi, Tespérance et la charité ». La deuxième donne « des moyens faciles pour élever les enfants à la pieté par l'assistance aux ofilces divins et aux instructions qui se font dans leur paroisse ». C'esl la troisième et la quatrième seulement qui traitent des méthodes et des matières de Tcnseifcnement. Kncore cette dernière n'est-cUe pas tout entière réservée aux sujets profanes.

2. Voir les Mémoires des évêques de France $ttr la conduite à tenir à Végard des réformés (1698, éd. J. Lemoinc, Paris, Picard, 1902, p. 14, 46, 63, 79, 159, 210, etc.).

3. En 1686, en Béarn, le roi ordonne la nomination d'un ecclésiastique « qui n'ait autre occupation que de parcourir tous les lieux du diocèse pour visiter les maîtres d'école, examiner s'ils s'acquittent de leur devoir, et les aider de ses conseils pour le bien remplir » (Sérurier, Instr. prim. en Béarn^ Pau, 1874, p. 21). On trouve dans le Bulletin de In Société de V histoire du protestantisme plusieurs articles qui

Les intendants partageaient les idées des évêques ^ . L'enseignement de Fécole, prolongement de celui de TÉglise, était le moyen de vaincre l'opposition sourde des familles 2. En 1697, le 22 décembre, Bâville, intendant du Languedoc, avait rendu une ordonnance instituant Tobligation scolaire pour les nouveaux-convertis. Un mémoire de Pontchartrain indiquait les moyens financiers de pourvoir, s'il était nécessaire, à ces créations « ou sur les deniers communs, ou par impositions^. »

L'École obligatoire. — Enfin en 1693, la volonté du Maître se ^ fit connaître, souveraine et générale : « Voulons que Ton établisse, autant qu'il sera possible, des maîtres et maîtresses dans toutes les paroisses où il n'y en a point, pour instruire tous les enfants, et nommément ceux dont les pères et mères ont fait profession de la religion prétendue réformée, du catéchisme et des prières qui sont nécessaires, pour les conduire à la messe tous les jours ouvriers, leur donner l'instruction dont ils ont besoin sur ce sujet et pour avoir soin, pendant le temps qu'ils iront auxdites écoles, qu'ils assistent à tous les services divins les dimanches et les fêtes, comme aussi pour apprendre à lire et même à écrire à ceux qui pourront ^ en avoir besoin^ le tout en la manière prescrite par l'article XXV de notre édit du mois d'avril 1695, concernant la juridiction ecclésiastique, et ainsi qu'il sera ordonné par les archevêques et evêques, et que, dans les lieux où il n'y aura pas d'autres fonds, il puisse être imposé sur tous les habitants la somme qui manquera pour leur subsistance, jusqu'à celle de cent cinquante livres par an pour les maîtres et cent livres pour les maîtresses....

-donnent des notes d'inspection ainsi recueillies. Les enfants ont été examinés un à 4in, on a interrogé leur conscience. Us ont leur note religieuse, mais aucune autre.

1. Les mémoires des intendants se trouvent à la suite de ceux des évêques dans le volume cité plus haut.

2. Dans ses Mémoires, où il a résumé sa vie administrative, N. J. Foucault, ne parle qu'une seule fois des écoles, c'est en 1687, après la Révocation. Il veut établir des maltresses dans les principaux bourgs et villages du Poitou (Afem., Coll. des Doc. inéd., 1862, p. 209).

3. Il faut M en même temps exciter le zèle des évoques pour l'établissement des écoles en tous lieux et recommander aux intendants de le procurer par les fonds qui se pourront prendre ou sur les deniers communs, ou par impositions, ou par les autres voies qu'ils jugeront les plus convenables et les moins à charge, et peut-être serait-il bon d'obliger tous les pères et mères indistinctement d'y envoyer leurs enfants pour ne point faire de dilTérence odieuse et capable de renouveler dans l'esprit des nouveaux convertis des idées de séparations d'eux avec les anciens catholiques (Afém. de M. de Pontchartrain^ dans J. Lemoine, o. c, 287 ; Bib. Nat., ms. fr., 7045, f- 1 iO). Une note contemporaine ajoute une remarque intéressante : « Ces établissements ne peuvent être que très utiles, mais comme il y aurait de la difficulté à assujettir de» personnes de certaine condition à envoyer leurs enfants à des écoles publiques de •cette nature «, on essaie d'y pourvoir (Le mémoire est de 1698).

« Enjoignons à tous les pères, mères, tuteurs et autres personnes qui sont chargées de Téducation des enfants, et nommément de ceux dont les pères et mères ont fait profession de ladite religion prétendue réformée, de les envoyer auxdites écoles et aux catéchismes jusqu'à Tâge de quatorze ans, si ce n'est que ce soient des per- ' sonnes de telle condition qu'elles puissent et qu'elles doivent les faire instruire chez eux par des précepteurs bien instruits de la religion et de bonnes mœurs, ou les envoyer aux collèges K »

Ce document mérite d'être lu avec la plus grande attention. D'abord, on y voit les matières des programmes scolaires rangées dans Tordre où l'estime publique les classe alors. Ce que nous appellerions l'instruction vient à sa place, la dernière. Les enfants devaient apprendre à lire, et « même à écriTe » ; mais il est bien clair que ce n'est pas par là qu'on entendait les faire commencer, ni finir. Ils sont à l'école surtout pour apprendre la religion.

En outre, la Déclaration met en lumière un fait peu connu. L'école publique, gratuite et obligatoire, a été créée par la Royauté, au profit de TÉglise et pour le service du catholicisme.

Le personnel des écoles. — Nous avons quelques renseignements sur la façon dont se recrutait le personnel ; le plus souvent, une permission de l'autorité ecclésiastique suilisait -. « Pour être bon maître d'escolle », dit naïvement un texte du temps, dont je respecte l'orthographe, « il faut bien scavoir la Rithmétique est bien scavoir chanter les cantique facile et surtout aymer à enseigner la jeunesse, estre vertueux ^. » A Montpellier, les procès-verbaux de la Congrégation (1679-1681), publiés par la Société de l'Histoire du Protestantisme (1878, 213), montrent l'ardeur déployée à réduire les écoles protestantes. On ne s'occupe guère à les remplacer. Dans cette campagne, un rôle important est joué par un nommé Tinel, maître d'école. De son métier il était tailleur d^habits.

1. Déclaration du Roi qui ordonne l'exécution de l'Édit de révocation de celui de Nanles, pourvoit à l'instruction de ceux qui sont rentrés dans le sein de l'Église catholique et de leurs enfants, et les maintient dans leurs biens en satisfaisant aux devoirs de la relif^ion, donnée à Versailles, le 13 décembre 1698. ~ Tirée des Mémoires des Évéqnes de France sur la conduite à tenir à V égard des Réformés 11698), éd. Lemoine, 384-388.

2. Un jour (Il avril 1707), à Nyons, on se trouva assez embarrassé. L'évéque de Vaison avait envoyé un frère des écoles, pour prendre la place d'un nommé Faravel « bon écrivain », mais qui n'était pas autorisé par Tévèque. Le frère déclara qu'il ne savait pas le lalin, son écriture ne fut pas trouvée bonne, et il fut incapable de lire un protocole qu'on lui présenta. Les conseillers, pour se tirer d'affaire, décidèrent de l'associer à Faravcl [Bull, départ, de Vinstr. prim. de la Drame,, W* an., 5, p. 213-4. )

3. Rapp. de Sauveslre surVEns. prim. en Fr. avant 1789 (1880 , 95. Mus. Pédag.-^ ms. XXXV, C.

La carrière était dure et peu rémunératrice. Rarement un hommcy de valeur voulait l'embrasser. « Ces sortes de gens n'ont ni feu, ni lieu », dit l'intendant du Poitou au Contrôleur général, le 4 Décembre 1701 ^ Lk où il y avait des épreuves, elles semblent avoir été en général les suivantes : lecture, et chant au lutrin, ensuite^ écriture, et calcul 2.

Ignorance des maîtres. — Il ne faut pas croire que cet état fût seulement celui des campagnes. A Lyon, Démia écrit : « La plupart des maîtres ignorent la méthode de bien lire et écrire ^. » Au premier abord on est tenté d'admettre que le grand réformateur exagère, comme tous les autres, enclins à grossir les maux qu'ils veulent guérir. Mais il faut croire qu'on partagea sa manière d'apprécier les choses, puisque l'archevêque de Lyon l'autorisa à tout réorganiser. Encore après sa réforme, les inspecteurs créés par lui trouvent-ils non point des enfants, mais des institutrices qui ne savent pas bien lire. Il faut dire qu'elles ont « pourtant des dispositions à cela » ; le visiteur ajoute du reste que le mari de Tune d'entre elles, instituteur dans la même école, a été chargé de la perfectionner à la lecture. D'un instituteur aussi, on rapporte qu'il ne sait pas lire. On ne l'a pas pour cela révoqué, on lui a seulement ordonné de se faire instruire par un de ses collègues. Une telle, au contraire, « lit bien », c'est un mérite qui vajt qu'on le signale ^

Sur Paris, certains nous ont fait aussi de grandes plaintes. Il n'est que d'écouter Jean Meslier, qui tenait une école faubourg Saint-Marceau. D'abord, les bâtiments et le matériel étaient misérables •'. Mais le personnel, suivant l'auteur, était plus médiocre encore. « C'est une chose bien estrange, s'écrie-t-il, de voir en une

Page 1