‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 20 sur 352 · Rouen, 1679. Bib. Ars.. T. 1809, in-l · texte numérisé non relu

Rouen, 1679. Bib. Ars.. T. 1809, in-l

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opinions des nouveaux « hérétiques » se rapprochaient très sensiblement de celles des anciens.

Dans les devises et emblèmes « de ce que le roi a fait pour la religion » à la page 51 du recueil du P. Menestrier, on voit une religion ailée qui foule « aux pieds les livres de Calvin et de Luther. » Rien que de naturel, mais l'auteur y a joint... la « Sainte Bible! » Tout cela est « ensuite consumé par le feu » ^ .

L AFFAIRE DU BRÉVIAIRE ROMAIN. — La traduction du Bréviaire romain était de Nicolas Le Tourneux, qui avait eu déjà des démêlés h propos de r « Année chrétienne. » Sa traduction fut imprimée après sa mort en 1687, avec les approbations ordinaires. Les jésuites s'en plaignirent, et l'official rendit une ordonnance portant condamnation du livre (Impr. à Pafis, Fr. Muguet, 1688). Chamillard, dans un sermon, s éleva contre toutes les versions {Let, 399 d'Arnauld, t. V). Arnauld fit contre cette sentence la Défense des versions^ qui parut la même année, et où il reprenait sans doute les arguments déjà donnés dans le Jugement d'un théologien, qu'il avait écrit au sujet de l'affaire précédente, et dont le manuscrit! s'était perdu. 11 y relevait l'incompétence de l'official. De Harlai confirma la sentence le 3 mai 1688, après quoi Arnauld répliqua par un nouveau libelle : V Avocat du public. Ce second plaidoyer fit si grand effet que l'archevêque se vit forcé d'autoriser la vente <iu livre condamné.

Progrès du français . — Malgré tout il serait faux de soutenir que l'état de la question fût resté le même. Un progrès sensible avait été fait, en faveur des langues vulgaires. Les jésuites leur

1 . Voyez en particulier le livre d' Arnauld sur la Défense des versions, p. 48 cl suiv. ■Cf. La Iraduclionet explication du Messel en langue vulgaire^ aulhorisée par VEscrilure sainte, par les S** Pères et Docteurs de VÉglise^ par les Décrets des Conciles et des Papes, et par Vusage de VÉglise gallicane. Ce livre est peut-ôlro de Voisin lui-même, aidé d*Arnauld. Il renferme, p. 16, une liste curieuse des traductions depuis Charles V, et des traductions depuis 15H7. V. aussi p. 26 : On enferme le Missel à la sacristie, ou éloigne les fidèles ; les femmes ne doivent pas avoir la curiosité de savoir ce qui se dit à la messe, etc.

Le fameux cas de conscience, signé par quarante docteurs de Sorbonne, soulève la question. LVcclésiastique qui Ta voit proposé disait dans le 2* article avoir répondu « à ceux qui trouvoient fort mauvais que celui qui consultoit eût une traduction française du Nouveau Testament : !• Que certainement il n'était pas défendu de lire le N. T. «n langue vulgaire, et d'en conseiller la lecture aux fidèles, puisque c'étoit une pratique que tous les Pères nous ont enseignée, et que M. le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, en gnarchant sur leurs traces, venait d'autoriser; 2" que Bossuet consulté a répondu ^ue chacun peut les lire, avec l'avis de son Curé ou de son Confesseur, s'ils jugent qu'on ait les dispositions nécessaires pour profiter de cette lecture » {Uist. du cas de consc, pièces just., 254).

étaient hostiles, et réussirent parfois à entraîner la cour de Rome K Mais dans le clergé français, des idées plus modérées prévalaient souvent. Si l'assemblée du clergé condamna le Missel de Voisin, les grands vicaires de Paris en avaient autorisé l'emploi. Et quand Tofficial eut proscrit le Bréviaire, la Sorbonne, qui s'était mêlée dans la première affaire, refusa d'intervenir. Il y avait des prélats, nous Tavons vu, qui condamnaient ces condamnations. L'évêque de Reims ne comprenait pas ce qu'elles voulaient dire, alors qu'à la suite de la révocation de Tédit de Nantes, on se voyait obligé de distribuer des livres saints, en langue qu'ils comprissent, à im million de nouveaux-convertis ^.

Il y a mieux, c'est l'Assemblée même du clergé, qui sentit la nécessité d'une nouvelle traduction, et qui la provoqua, trouvant vque celle de Louvain était trop archaïque. Or, somme toute, ce qui '^ fut reproché au Nouveau Testament de Mons, ce n'était pas d'être en français, c'était de rendre mal et inexactement le texte de la Vulgate. Cela est si vrai que les jésuites eux-mêmes en vinrent à donner leur version (Paris, L. Josse, 1698) 3. \ On comprend qu'à partir de ce point, la question ne nous intéresse plus. Elle ressortit à l'histoire religieuse. Des concessions plus ou moins étendues — accordées du reste de mauvaise grâce — ne changeaient plus rien à ce fait que le latin demeurait la langue de l'Église, et que l'Écriture était écartée du nombre des livres courants.

Toutefois d'innombrables publications, la plupart relatives au jan-

1. La Constitution Unigenilus condamne diverses propositions relatives à ce sujet: so : Celle (la lecture) de l'Écriture sainte, entre les mains même d'un homme d*affaires et de finances, marque qu'elle est pour tout le monde ; 82 : Le Dimanche qui a succédé au Sabbat doit être sanctifié par des lectures de piété, et surtout des saintes Écritures. C'est le lait du Chrétien, et que Dieu même, qui connaît son œuvre, lui a donné. l\ est dangereux de Ten vouloir sevrer ; 83 : C'est une illusion de s'imaginer que la connoissance des mystères de la Religion ne doive pas être communiquée à ce sexe par la lecture des Livres saints... 84 : C'est la fermer aux Chrétiens (la bouche de J.-C), que de leur arracher des mains ce livre saint, ou de le leur tenir fermé, en leur 6tant le moyen de l'entendre ; 86 : Lui ravir (au simple peuple) cette consolation

. d'unir sa voix à celle de toute l'Église, c'est un usage contraire à la pratique aposto~ lique et au dessein de Dieu.

2. C'est au sujet de l'afTairc de 1688 qu'il écrit : « Je soutiens aussi qu'il est très pernicieux d'insinuer aux nouveaux convertis qu'on doit avoir horreur de toutes les traductions de l'Écriture sainte, des ofQces Ecclésiastiques et des Pères. Cette proposition qui tend à priver les fidèles de la lecture et de l'intelligence de l'Écriture est insoutenable, car elle est contraire à l'Écriture elle-même et à la tradition. Je ne vois pas d'ailleurs comment on peut accorder cette sentence du sieur Chéron, avec l'ordre que M. l'arch. de Paris a donné depuis la révocation de l'édit de Nantes, pour l'impression de plus de cinquante mille exemplaires du N. T. et des pseaumes, qui ont été distribués par ses soins par tout le royaume. »

3. Dans la préface, on constate seulement que les fidèles n'ont jamais eu plus d'empressement pour lire la parole de Dieu qu'ils en ont aujourd'hui.

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sénisme, avaient mis le public au courant des questions théologiques. Après les Provinciales, ni la casuistique, ni la morale ne. pouvaient plus être couvertes du manteau latin ; il nV avait plus*" de science réservée.

Les controverses sur les questions religieuses eurent une assez grande influence sur le développement intérieur de la langue française. Jamais style ne fut plus examiné que celui des versions, j ai eu occasion de le montrer K Pendant que Bouhours et les jésuites étaient accusés de faire parler Jésus-Christ h la Rabutine, Port- Royal, qui avait cependant tout tenté pour que sa traduction ne fût ni trop élégante ni trop simple, se vit reprocher un langage de ruelles ^. Et ces critiques ne portaient pas seulement sur le caractère général du style ; tout le détail des mots, très important en ces matières, fut pesé et criblé, avec une attention qu'on n'apportait pas ailleurs. Les Bemarques nouvelles du P. Bouhours (1692) portent presque toutes sur le Nouveau Testament de Mons ^ et les Réflexions morales sur le N. T, du P. Quesnel furent dénoncées à TAcadémie aussi bien qu'au Saint-Siège ^. Ces examens minutieux eurent pour résultat de préciser le sens et Temploi d'une quantité de mots et d'expressions, au grand avantage de la langue.

1. Voir tome IV, première partie, p. 64. Cf. au chapitre : l'Honnêteté dans le langage, p. 279.

2. V. le P. Annat, Remarques sur la conduite qu'ont tenue les jansénistes en Vimpression du iV.-T., imprimé à Mons. Paris, Muguet, 1668, p. 22 : « Leur traduction, à ce que disent ceux qui ont voulu prendre la peine de la cribler au crible de l'Académie, est aussi bien censurable pour les^défautsdu langage que pour ses infldélitez. tant on y trouve de pailles, de gravier, et de semblables ordures, qui empeschent la pureté dont ils se vantent. »Gf. la Lettre d'un docteur en théologie^p, 16 : « MM. de Port-Royal me pardonneront, si je leur dis que le génie de nostre Langue ne consiste pas dans certaines façons de parler, qui deviennent de temps en temps à la mode. Par exemple, nous avons vu le mot d'effectivement naistre, pour ainsi dire, et mourir de nos jours... Le car enfin n'a pas vingt ans sur la teste ; et il a fait un si grand progrès, qu'on a vu de grands Prédicateurs dire dès la seconde période de leur Ave Maria, car enfin. » Cf. p. 22 : « MM. de Port-Royal ne scavent-ils pas que ce mot d'illustre ne se dit guèrcs que pÀr ceux qui alTeclent la réputation et la gloire de bien parler, ou phitost de parler à la mode ? »

3. Consulter le livre de M. Th. Rosset, Le P. Bouhours critique du style janséniste.

4. V. le .Vouuean Testament du P. Quesnel dénoncé à l'Académie /"ra/içowe, 1713, in-I2 (sans nom ni lieu). On lit, p. 3 : MM. de Port-Royal seroient eux-mimes bien fâchés qu'on crût pouvoir simplement apprendre dans leurs ouvrages à bien vivre, et non à bien penser, à bien parler, à bien écrire. Ces écrivains, peut-être un peu trop à votre préjudice, Messieurs, se sont en quelque sorte rendus les Arbitres du bel esprit et du beau langage. Cf. p. 15 : Le terme de fécondité est ici appliqué à Saint Joseph contre l'usage de notre langue. On le dit de la femme, non du mari ; p. 19 : le mot d'asservissement n'est pas françois ; p. 22 : on ne peut pas dire : Rien de si propre à Jésus-Christ que de sauver en détruisant le péché par sa grâce. Le verbe sauver demande ici un régime, etc.

Je dois â l'obligeance de mon collègue M. Gazicr la communication de ce petit livre, comme de toutes les pièces imprimées et manuscrites relatives à ces diverses alTatres, dont l'ensemble est si rare à rencontrer.

Les écolks au xvii" siècle. — A l'époque des grandes luttes sco-r laires de la fin du xix® siècle, on a fait, sur Tétat de Tinstruction pendant Tancien régime, des enquêtes très nombreuses, et qui ont singulièrement enrichi la collection des documents dont on disposait jusqu'alors. J'ai lu à peu près tous les livres et articles, imprimés •ou manuscrits, qu'a pu réimir le Musée Pédagogique. Et la collection est énorme. Certaines de ces études sont vraiment historiques et impartiales, les autres, le plus grand nombre, sont tendancieuses ; une grande quantité d'auteurs n'ont cherché qu'à réhabiliter l'Eglise et à prouver qu'elle n'avait jamais oublié la parole : « Ite et docete. » Je n'ai point à discuter ici cette question trop générale. Assurément les mandements, ordonnances, lettres épiscopales au sujet de l'instruction publique ne manquent pas ; ils sont même trop nombreux, car on est en droit de supposer qu'ils étaient peu observés, sinon ils n'auraient pas eu besoin d'être si souvent renouvelés. Un fait -est hors de doute : en général, il y a eu au xvii*' siècle des écoles un -^peu partout. Encore faut-il observer que l'état des diverses provinces ecclésiastiques différait fortement sous ce rapport, et que dans une même province, on constate des faits contradictoires K Pour Paris, si la question n'a pas encore été traitée dans son ensemble, nous avons du moins une excellente étude sur les Ecoles de Charité, que M. Fosseyeux vient de publier *-.

La principale difficulté, c'est que, dans la plupart des cas, nous

1 . Ainsi, il résulta d'une étude très consciencieuse et très complète, que dans le diocèse d*Autun, une localité telle qu'Ouroux avec 1000 habitants n'avait point neope d'école en 1687 (Anat. de Charmasse, État de Vlnslruclion primaire dans V»ncien diocèse d'Autan^ 8, Mus. péd., n» 2044). Et cependant, d'après la même étude, ■pour 383 paroisses, on comptait en 1652, 295 écoles. Pour qu'il y eût une école de fille» et une école de garçons par paroisse (les deux étaient obligatoirement séparées), il en eût fallu 766. Il n'en manquait que 471. Celait un pays favorisé, car peut-être, malgré les canons, un certain nombre des 295 écoles existantes étaient-elles mixtes.

2. Les Écoles de Charité à Paris sous Vancien régime et dans la première partie du XIX' siècle. Thèse compl", Paris 1912. Une bibliographie très complète se Irouvo en tête du volume.

ignorons si les écoles établies à une date donnée ici ou là, et dont on trouve la trace dans les Archives, se sont continuées régulièrement et si elles ont été très fréquentées ^ Brunetière a dit excellemment : u II y avait des fondations, mais on les détournait trop souvent de leur usage ; il y avait des maîtres d'école, mais leur ignorance était grande ; il y avait des surveillans naturels des écoles de campagne, mais ces surveillans ressemblaient à beaucoup de surveillans qui surveillent leurs intérêts d'abord et le reste ensuite, ou jamais -. »

On comprend le cri d'un contemporain : « En chasque paroisse^ il n'y a point la centiesme partie des persônes qui escrivent et^ scachent escrire •^. » M . Fosseyeux a bien montré comment^ sous l'influence de Vincent-de-Paul et grâce à Faction cachée mais réelle de la G'*" du S'-Sacrement, les écoles se multiplièrent. Le progrès continua constant, quoique lent, jusqu'à la Révocation de rÉdit de Nantes,

Caractère religieux des écolEwS. — Peu de temps après cet <^^ événement, malgré des embarras de toutes sortes, Tattention donnée aux écoles augmenta singulièrement, il faut comprendre pourquoi : « Les Maîtres, Maîtresses d'Ecoles et Permissionnaires se souviendront », dit un statut, « que leur obligation principale, consiste à apprendre aux enfans dont ils sont chaînez, les principaux Mystères de la Foi, à leur expliquer les Gommandemens de Dieu, et de l'Eglise, les Sacreinens, et les autres veritez de la Religion. » (Ze texte, emprunté aux Anciens Statuts des petites écoles imprimés en 1725, résume très exactement le programme du xvii** siècle*^

1. Il csl certain par exemple qu'à l'époque des gueiTes de religion une quanliié d'école» furent désertées (Voirie Bull, de la Soc. arch.^ hisi. etscienl. de Soissons^ t. XVII, 2- série, p. 132).

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