‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 234 sur 352 · Vindicatio linguœ gallica, p. 3. Cf. p. 119 et suiv · texte numérisé non relu

Vindicatio linguœ gallica, p. 3. Cf. p. 119 et suiv

7. Voir Elementa linguse gallicœ Facillima.,. Blois, 1646 (Bib. Hambourg, S. D. b» I, 51). Marchais n'est pas le seul auteur. Le litre porte Operà A ntonij Marchais et H. AnqueuUe L. G. Profess. Blesis^ ap. O. F. de la Sangae, 1646. Le livre est dédié à : lUust. ac generosiss. Dominis D. Georgio Adamo KevenhûUer, lib. Baroniab Aichelberg... Haereditario Stabuli Magistro Ducatus Carinthiœ et D. Georgio Hannibali Libero Baroni ab Egg etHungerspach, Bacillifero haereditario Ducatus Camiolae.

L*auteur parle avec le plus grand respect de Maupas, dont le livre est le meilleur detous, et le serait resté, si la langue n'avait changé depuis lui. Il met son livre sous 1» protection de Buckingham, son élève.

école de français, qui n'entrait dans le cadre d'aucune Faculté, mais qui cependant attira toute TEurope.

Réponse a une objection. — Je sais bien qu'on pourra, en se fondant sur les réserves faites plus haut, m'opposer quelques doutes. Que les étudiants de Blois vinssent pour le français, soit ! mais ceux d'Orléans cherchaient autre chose, certains faits, au premier abord, semblent le démontrer. Si en effet ils eussent été si curieux de notre langue, comment se fait-il que, lorsque le roi vint à Orléans, le 8 avril 1601, la nation allemande se trouva dans l'embarras ? Le procurator se déclarait incapable de faire un discours en français avant six mois. Or le roi n'entendait pas le latin, et il ne pouvait être question de lui parler allemand. L'assemblée voulait-elle se faire assister d'un avocat, ou le procurator parlerait-il par interprète ^ ? On discuta. Malgré l'apparence, il ne faudrait pas conclure que le chef de la corporation n'avait pas appris le français. Use peut qu'il fût là depuis trop peu de temps, et aussi, ce qui est très simple à imaginer, qu'il fût intimidé, tout en possédant le français courant, à Tidée de haranguer le Roi de France.

D'autre part, il importe de ne pas mêler les dates. Je crois précisément que c'est au commencement du xvu° siècle que le désir de bien apprendre le français se généralisa et se fortifia. Et en effet, plus tard, quand d'autres personnages arrivèrent dans la ville, on ne se trouva plus dans le même embarras. Une fois encore, le 17 novembre 1620, quand vint Gaston d'Orléans, ce fut l'avocat de la nation qui fut obligé de haranguer Monsieur en français, mais quelques années après, la situation avait changé. Le H novembre 1632, à Beaugency, un avocat se proposant encore pour parler, on fit observer dans l'assemblée de la Nation allemande qu'il serait plus convenable que le procurator se chargeât lui-même de ce soin, et il prit la parole. Le 11 octobre 1643, nouvelle adresse à Gaston d'Orléans,

1. Bimbenet, aW. c, 268-270. Est-ce cette visite qui fit avoir à la «nation allemande » un beau privilège ?

Il convient en tout cas de le citer : Privilège accordé par Henri IV aux étudiants de la nation allemande à l'Université d'Orléans^ 15 juillet 1608 :« Nous a esté exposé, que de tout temps et ancienneté, eux et leurs prédécesseurs de ladicte nation d'Allemagrne, estudians en la jurisprudence, auroyent hanté el fréquenté ladicte Université d'Orléans, avec telle affection, qu'ils y auroyent establi une

belle et ample bibliotecque Ce qui auroit esté cause, que ladicte Université auroit

esté ordinairement remplie de grand nombre d'cscoliers, issus des Ducs, Comtes et Barons, et des plus nobles familles d'Allemagne, lesquels, selon leur louable coustume, auroyent conjoinctement embrassé l'estude des loix avec celles des armes. . . » Voir A. G5lnitz, Ulysses Belgico-gallicus, Leyde, 1631, p. 245; cf. de Varennes, Voy. de Fr.^ 21 et 24, 2« pagination).

toujours en français. N'est-ce pas la preuve que désormais Tétude du français était une de celles, la première peut-être, à laquelle cette jeunesse des Universités se livrait * ?

Conclusions et réserves. — D'autres recherches, que les circonstances m'ont empêché de poursuivre en Allemagne, ajouteraient sans doute bien des témoignages à ceux que nous avons. Je me garderai néanmoins de toute généralisation. Je voudrais même que des indications ici fournies mon lecteur ne tirât pas plus qu'elles ne contiennent. II y avait des écoles de français en Allemagne, mais nous ne savons à peu près jamais par combien d'élèves elles étaient fréquentées. On vendait nos livres français ', on imprimait des méthodes 3, il venait des étudiants, mais j*ai dit ailleurs à quelles erreurs pourraient conduire des raisonnements fondés sur des données trop vagues.

A plus forte raison faut-il se garder de prendre à la lettre certaines affirmations. Ainsi Levinus Hulsius nous dira en tête de sa grammaire (1576), que « le langage français est très usité en ces pays d'Allemagne » *. Ce pourrait bien n'être là qu'une phrase de prospectus, destinée à engager le client, en l'incitant à suivre la mode. M. Salverda de Grave a déjà montré ce que valaient pour la Hollande de semblables assertions. Une occasion piquante s'offre ici de vérifier la justesse des observations critiques de mon savant collègue. Dans V Introductio ad Lingafimgallicam in gratiam iuvenlutis conscripta, Cachedenier écrit : « Paucissimi nostro seculo reperiuntur homines cuiusvis ordinis et conditionis qui suos liberos gallice scire non velint. » On serait tenté d'après cela de conclure qu'en 1600 de grands progrès avaient été faits, et que le goût du français s'était étendu à toutes les classes et conditions. Il faut se souvenir toutefois, que, comme Dorfeld l'a déjà remarqué ^, cette phrase est copiée textuellement de l'épître liminaire de la grammaire de J. Pîllot, dont la première édition est de 1550 ^. Or nous savons qu'en 1530, on n'en était pas là en Allemagne.

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