Voy. d'Esp., éd. Garey, II
2. Desc. générale de l Europe. Nouv. éd., 1660, in-f% t. II (La France), p. 23.
substitution du français au latin et au provençal à Limoges, M. Leroux K D'autres recherches montrent qu'ailleurs aussi le français a pénétré d'assez bonne heure dans les villes, et qu'il y est devenu d'un usage courant comme langue écrite. Dès le XVI* siècle, ce progrès s'accomplit un peu partout 2. H n'en faudrait pas conclure qu'il régnât dans la conversation, ni surtout qu'il eût gagné la banlieue et la campagne. Certains témoins nous en ont expressément prévenus 3.
Ce qui serait nécessaire, c'est ce que nous n'aurons jamais, savoir des statistiques. On nous signale de divers côtés l'existence des patois, le témoignage est de toute inutilité, car on ne nous
1. Bull, du Comité des irav. hist., 1900, p. i78. M. Leroux a suivi ce mouvement avec un soin et une prudence extrême. Il résulte de ses recherches que rinlroduclioa du français remonte au xiv* siècle, et il est probable que dès cctle époque un certain nombre de bourgeois de la ville Tcntcndaient. A la fin du \v«, les magistrats consulaires s'en servent, les notaires publics aussi. Mais souvent un acte commencé en français se continue en latin. Un à un, les notaires privés adoptent la langue vulgaire dans les vingt premières années du xvi* siècle. On voit alors Tidiome du Nord pénétrer partout dans la rédaction des « forléaux », du Mémorial du consulat, et même d'un inventaire des archives de l'évèché. Dans les justices seigneuriales, on trouve des plumitifs en français dés 1523. En somme, les ordonnances du xvi* siècle ne firent là que consacrer un fait accompli.
Un chanoine de S'-Elienne a commencé une chronique (1507-1543) en latin. Il Ta poursuivie en français depuis 1533, « ut omnes intelligent ». Un autre chanoine en ou\Te une A cette date, aussi en français.
L'auteur de l'étude que nous analysons croit, sans cependant en avoir la preuve, que les représentations de mystères à la même époque furent en français. Il pense aussi que les sermons commencèrent à être faits en français à l'époque de Charles IX, comme les registres paroissiaux.
Sa conclusion est :
« l» Qu'à Limoges, la substitution du français au latin et au provençal a été préparée pendant un siècle et demi, à partir du règne de Charles le Bel, par les relations politiques de la commune avec ses rois et ses vicomtes ;
2* Que cette substitution était acceptée par l'usage, depuis le règne de Louis XI, dans nombre de documents privés, avant d'être admise dans les greffes et les chancelleries de Limoges ;
3* Que cette acceptation, cette admission ne sont devenues générales et définitives qu'au bout de plus de cent années ;
4** Que dans les documents d'origine ecclésiastique, le français a plus d'une fois remplacé directement le latin, sans que l'on ait à constater l'intermédiaire du dialecte provençal ;
5« Que tout ce qui, au xvii* siècle et plus lard, sera rédigé en latin, est œuvre d'érudition ; les ouvrages (en vers ou en prose), composés dans le patois local, peuvent être considérés comme appartenant à la littérature amusante (o. c, p. 490).
— Un autre article de M. Leroux montre qu'en Limousin le français se trouve employé dans des documents de petites localités avant d'être en usage dans le grelTe du consulat de Limoges {Bull, du Comité des trav. hisL^ 1910, p. 413).
2. Voir Blanc, Essai sur la substitution du Français au provençal à Narbonne {Bail, da Comité des trav. hist.j 1897, p. 584 et suiv.). En 1514, dans une procédure, sur 17 témoins entendus, 13 avaient déposé en provençal (p. 600-601).
3. En quittant le Château de la Bretesche, on traverse la Vilaine, mais « aussitost qu'on a passé cette rivière, on ne parle plus que breton, qui est une langue étrangère et bien différente de la Françoise, qui est assez connue dans les grosses villes de la basse Bretagne, mais sur le chemin, et dans les villages on ne l'entend point » (Jouvin, o. c, I, 201-202).
dit nulle part combien de personnes n'ont que ce langage. Voicî^ à titre de spécimen, un de ces témoignages : « Chasque Province a sa façon de parler, et ses Dialectes. Toutesfois Ton y recognoist en gros une différence de langage entre les Provinces qui sont deçà Loire et celles qui sont delà. Les uns parlent François, et les. autres Gascon, prenant ce terme-là comme on le prend communément à Paris pour ceux du Languedoc et du Dauphiné, de la Provence et de la Guyenne prise en ses plus larges limites *. )v
L'usage courant dans les campagnes. — Quelques témoignages ont pourtant delà précision, ce sont ceux des voyageurs (jui ont vainement essayé de se faire comprendre. Ainsi, quand La Fontaine nous rapporte que passé Chavigny (Chauvigny^ arrond' de Montmorillon) <c on ne parle quasi plus françois » (IX» 292), je veux bien qu'il ne nous apprend pas grand*chose. Cela veut dire simplement qu'on pénétrait là en pays de langue d'oc. Mais Racine entre dans d'autres détails fort significatifs. Parvenu en pays provençal par la route de Lyon, il ne peut plus sefîiire comprendre et nous raconte sa gène et ses mésaventures. « J'avois commencé dès Lyon à ne plus guère entendre le langage du pays, et à n'être plus intelligible moi-même. Ce malheur s'accrut à Valence, et Dieu voulut qu'ayant demandé à une servante un pot de chambre, elle mit un réchaud sous mon lit. Vous pouvez. vous imaginer les suites de cette maudite aventure, et ce qui peut arriver à un homme endormi qui se sert d'un réchaud dans ses^ nécessités de nuit. Mais c'est encore bien pis en ce pays (Uzès). Je vous jure que j'ai autant besoin d'interprète, quun Moscoviteen auroit besoin dans Paris. Néanmoins je commence à m'apercevoir que c'est un langage mêlé d'espagnol et d'italien - ; et comme-