‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 262 sur 352 · CHAPITRE X LE REFUGE · texte numérisé non relu

CHAPITRE X LE REFUGE

Généralités. — Il est hors de discussion que Tarrivée des protestants français a contribué à [familiariser l'Allemagne avec nos façons de vivre, de travailler et même de penser. Mais je n'ai ici à m occuper ni de nos arts ni de notre industrie, ni même de nos mœurs ou de nos manières, mais uniquement de notre langue. Que gagnat-elle à cette émigration, tel est le problème que je voudrais essayer sinon de résoudre, du moins de poser avec quelque exactitude.

L'accueil qu'on fit aux nouveaux venus dépendit des dispositions des Allemands, qui étaient, bien entendu, fort différentes, allant de la plu9 franche sympathie à l'hostilité la moins déguisée. Elle dépendit tout autant des réfugiés eux-mêmes, de leur caractère, de leur attitude, de leur savoir-faire, et sans doute aussi de leur valeur intellectuelle ou économique. C'est pourquoi aucune réponse exacte ne saurait être générale. C'est tout au plus si après des recherches minutieuses on pourra arriver à savoir quelle place tinrent les réfugiés dans une ville. Encore faudra-t-il soigneusement distinguer suivant les générations^ car la première se considéra jusqu'à Rys-

1. Voir Ch. Weiss, Histoire des réfugiés prolesUnis de France, 1853, 2 vol.; encyclopédie des se. relig.f art. Les Églises du Refuge, par F. de Schickler (imprimé à pari chez Fischbacher, 1882, 8"). Sur le Refuge dans les divers États, voir Erman et Reclam, Mémoires pour servir à l'histoire des réfugiés françois dans les États du Roi de Prusse. (Berlin, 1782-99, 9 vol. 8**. Les tomes 7-9 sont d*£rman seul) ; £. Muret, Gesch, der Franzôsischen Kolonie in Brandenburg-Preussen, Berlin, 1885, 4" ; F. H. Brandcs, Der grosse Kurfûrst und die Huguenotlen (dans Geschichtsblâtter des Deutsehen Hugenotten Vereins, t- XI) ; G. Pages, Les réfugiés à Berlin^ diaprés la correspondance du comte de Rébenac, 1681-88 {Bull, de la Soc. Hist, prot. />., 1902, p. 113 et s.); R. Béringuier, Die Colonie Liste von 1699^ Berlin, 1888; ToUin, Gesch. der framôsischen Colonie von Magdeburg, 1886,3 vol. (le 3* vol. en 3 parties) ; Id., Das Bûrgerrechl der Hugenotten MU Frankfurt a.d. Oder {dans Geschichtsblâtter des Deutsehen Hagenotten-Vereins^ t. VI) ; A. Schôttler, Die fransôsische Kolonie in Mûncheberg (même recueil, t. Vil) ; Wittgen, Landgraf Friedrich II von Homburg und die Hugenotten (//)., t. XI) ; Bonet-Maury, Die franzôsisch-reformirte Kirche zu Emme^ rich [Ib., t. VU) ; Paret, Gesch. der reformirten Gemeinde Cârnstadt {lbid.,i. VU) ; F. Walter, Sektenniederlassungen in Mannheim unter Karl-Ludwig [dam Mannheimer Geschichtsblaetter, 1901) ; Id., Eine PfâUische Hugenotten- Kolonie [Ib.y 1903} : Berger, Zur Gesch. der Hugenotten... in Hessen-Darmstadt {dans Hcsscnland, 1903, n* 15-20); Brandes, Hugenotten-Kolonien im Fùrstenthum Lippe {Gesch. bl. des d. Hugenotten- Vereins, t. V); Id. ...in Braunschweig (//>., t. VI) ; Tollin, Die Hugenotten amHofezu Lûneburg (//>., t. VIII); W. Stieda, Die Hugenotten Kolonie in Mecklemburg [Jahresbericht der Vereins f. Hecklemb. Gesch., t. 61).

wick, comme en séjour, et vécut à part. On montre encore à Friedrichsdorf, ce village resté tout français de langue presque jusqu'à nos jours, la première maison construite par un Français. Elle ne date pas de la Révocation. Ni les pères ni les enfants n'apprenaient Tallemand. Le pauvre troupeau attendait en priant dans la misère d'un abri provisoire, le rappel du pasteur, jusqu'au jour où il parut certain que Dieu avait cessé de l'inspirer, et que sa volonté restait inflexible. Dans ces conditions je prendrai un exemple, celui du Brandebourg.

Le français en Brandehourg. Avant 1685. — Le Brandebourg était un des États allemands où on s'était mis le plus sérieusement à voyager pour apprendre. Depuis fort longtemps il était d'usage d y étudier la France et le français. Dès le xv* siècle, l'électeur Jean le Grand avait chargé Jean Cario d'enseigner les langues modernes à son fils Joachim, le « Nestor germanique » (-j- 1535), de sorte que ce dernier pouvait répondre aux étrangers sans interprète. A Cologne sur Sprée, qui devint un des quartiers de Berlin, Philippe Hainhofer raconte qu'il trouva autour de 1617, une société qui savait converser en français et qui avait abandonné l'usage des buveries forcées, pour se mettre davantage « alla franceze ». C'est à un Dohna de la branche prussienne, Fabian, que Henri IV faisait ce magnifique compliment de le présenter à sa femme en demandant : Le prendriez-vous pour un Allemand ?

Au temps où Chappuzeau parcourait l'Allemagne, il avait noté qu'un certain nombre de hauts fonctionnaires étaient familiers avec notre langue, ainsi à la cour de Mersebourg, M. Briquer, gentilhomme de la Chambre K II remarqua aussi les deux filles du baron deSchwerin, premier ministre d'État, gouverneur en chef des deux princes Charles et Frédéric de Brandebourg, la baronne de Blumenthal et la comtesse de Dœnhoff. Il emploie à leur propos son expression favorite, savoir qu'on les eût cru « nées aux portes du Louvre ^. » Ch. Patin fut heureux de retrouver à Berlin le conseiller de l'électeur, Seidel, dont il avait fait la connaissance en France ^, Des Français d'origine étaient attachés à la Cour, M. Battier, par exemple, très intelligent en matière de finances *.

Frédéric Guillaume, remarié en 1668 à Dorothée de Holstein-

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