oorn., éd. citée
puyer sur ces exigences pour déprécier leurs concurrents*. Les manuels mettaient en garde les étudiants non seulement contre le patois, mais contre le français de province.
Quand un jeune homme partait, il n'allait pas n'importe où 2, il n'eût pas non plus pris sur place un maître venu de n'importe quel endroit. Sans doute un Berlinois n'avait pas en cela le poût fin d'un Parisien. Quels que fussent les renseignements d'un peuple qui a toujours aimé à être informé, certains préjugés en faveur des provinces de la Loire existaient toujours; Blois surtout gardait son auréole ^. Mais je ne sais si Festeau, qui en Angleterre, se targuait de son titre de Bloisien *, en eût tiré en Allemagne le même prestige. Dès 1650, quand Vaugelas eut réglé Tusage, les Allemands furent avertis que c'était désormais à Paris qu'il fallait aller pour entendre parler avec pureté •^. Il y a bien
1 . Ainsi Lermiie, dit Du Buisson, qui est professeurà Hambourg, dans son Adi^essc au Lecteur, Tavcrtit avec soin des erreurs de Duez : « Ceus qui aiment la pureté et la beauté de b langue Françoise, dit-il, doivent se garder du Guidon, ou de la Grammaire de Duez, livre qui n'est bon que pour des valets, comme Ta fort bien dit M. Chappuzeau dans son Entretien des langues. » Lui est de Técole moderne, il est un élève de Vaugelas, Chapelain, d'Ablancourt, Richelet... a Les Duezistes, ajoutfr-t-il, ontafaire à forte partie et n'ayent (n'ayant) pour partisans que la lie du peuple, qui aime les quolibets, ils me font pitié. J*espère qu'ils reviendront enfin de leur entêtement » (Voir Gramm, nonvelle et ciirieuie, Hambourg, 1698, Bib. de Hamb., S. D. b. 1,87).
2. Dès 1643, on est déjà informé outre Rhin que de frrandes réformes ont été faites dans le langage de Paris. Le Voyageât France en avertit les étudiants, et les invite en quelque sorte à venir dans la capitale. A Orléans, on parle fort bien « de mesmes qu a Blois, et mieux qu'en ville de France, si ce n*est qu'à Paris depuis certain temps la Bourgeoisie mesmes y a vn bon langage, à quoy aydent la Cour et la communication des personnes les plus polies du Royaume. Et si les personnes) viles y parlent mal, il en sera de mesmes à Orléans, là où Ton remarque aussi qu'en certains endroicts de la ville, le langage y est fort rude et grossier » (23). Cf. t Comme il y a des Pi^ovinces en France et en Italie, où l'on trouve peu de personnes qui parlent purement François ou Italien. Et pas une, où le vulgaire n'ayme quelques termes hors d'usage^ et méprisez des Sçavants. Si bien que ceux qui voyagent pour apprendre les langues doivent avoir soin de s'arrester aux lieux, où le menu peuple a Taccent meilleur, et* les termes moins barbares » (//)., 24).
3. « La bonté de Tair, la pureté delà Langue, Tagréement de la Promenade, la douceur de l'entretien, la délicatesse des viandes et du vin, et Texcellence de toutes sortes d'Exercices, soit pour l'esprit, soit pour le corps, arrestent beaucoup d'Estrangcrs, qui ont bien de la peine à quitter Blois après qu'ils en ont goustë les charmes. » Le texte ajoute des renseignements on ne peut plus curieux : « Il y a des Pensions de toutes sortes pour satisfaire tout le monde. Entre les principales et les plus communes, on y compte(s) la Pension coquette, la Pension magnifique, la Pension riante, la Pension salée, la Pension abbatuê, la Pension enjouée, la Pension médiocre etla Pension puante. Outre celles-là il y en a plusieurs autres particulières, pour une ou deux personnes, que Ton appelle les Pensions solitaires, car à Blois ce sont des gens à Sobriquets » (Le gentilhomme étranger^ Leyde, Band. van der Aa, 1690,77).
4. Voir Stengel u" 179. Le titre est déjà significatif, mais l'auteur se croit en droit de revenir là-dessus, à divers endroits.
j. « Il n'y a point de Prouince en France, où les Sçauans n'expriment leurs pensées médiocrement bien, et de bouche, et parescrit : mais en plusieurs endroits du Aoyaume, les François sont obligez d'apprendre les mots, les règles de leur langue.
•quelques inexactitudes dans la documentation de ceux qui les renseignaient sur la nouvelle doctrine. Elle était du moins assez précise pour que des provinciaux quelconques, sans usage de la cour, n'eussent aucune chance de se faire en Allemagne une carrière de professeurs.
Dénombrement des maîtres de langue. — On s'étonnera moins, -après ce que je viens de dire, des résultats au premier abord surprenants que donne une recension exacte des listes des réfugiés. En ■effet, quand on en vient à compter parmi eux ceux qui sont portés comme ayant exercé la profession de maîtres de langue, on en trouve si peu qu'on éprouve l'impression de s'être trompé dans ce travail fastidieux. Voici quelques chiffres.
En 1698, Alexandre Guillaume était maître de langue à Werder, quartier de Berlin, seul sur 7 49 réfugiés. D'après le Holle des François Réfugiez (Bib. Soc. Hist. du Prot., Ms.), on trouve à Cologne sur Sprée, Gerselat, de Grenoble, et Ch. Des Hayes, de Tours ; à Francfort-sur-l'Oder (166 réf.), J.-B. Sage et Christophle Benoist; è Duisbourg (43 réf.), Flottier ; à Magdebourg(il94 réf.), Bertrand ; à Bagemûhl, annexe du bailliage de Gramzow (58 réf.), Isaac du Soutoy, de Calais ; à Stendhal (178 réf.), Jean Joly, de Mannheim ; à Wezel (586 réf.), Paul Bertin ; à Kœnigsbei^ (325 réf.), Daniel Martin de Boisgenci, et Isaac Briant, de Paris, « professeur dans l'Académie. »
Point de maître de langues à Neustadt (30 réf.), Prentzlau (329 réf.), Schwedt (62 réf.), Soest (28 réf.), Spandow (63 réf.), Stargardt (125 réf.), à Strasbourg en Ukermark (260 réf.), Viraden (22 réf.), à Kagar et ses annexes (Walwitz, Zûhlen, Repente, Wittstock, Lindow et Rheinsberg) (93 réf.), dans le bailliage de Lœkenitz, (c'est-à-dire à Rossow, Farnewald, Grimm, Pleuve et Sarantin 518 réf.), à Angermùnde (78 réf.), à Buchholtz et Pancow (84 réf.), k Bourg (145 réf.), à Brandenbourg (94 réf.), dans le bailliage deChorine (c'est-à-dire à Grossenzitte, Kleine Zitte, Gramtzow, Mechow, Friedrichsdorff et Briest 492 réf.), à Cleves (56 réf.), à Kœpenick (37 réf.), à Emmerich (42 réf.), dans le bailliage de Gramzo (c'est-àdire à Battine, Schmôllen, Walmow, Woddow).
aussi bien que les Estrangers. Si donc vous desirez sçauoir où ie croy, qu'on parle purement François, ie vous diray, que c'est au Parlement de Paris, où les Juges et les Aduocats s'estudient à ne rien proférer en public, qui ne les distingue du vulgaire. Et à la Cour, où tout le monde parle excellemment bien, sinon quelques-vns •qui voulans plaire aux Dames estrangeres, introduisent vnc nouuelle prononciation « lors qu'elles ont de la difficulté à bien prononcer quelque mot » (L. Du May, fEsUi de V Empire y 26).
D'après la liste imprimée de 1699 *, où les professions sont indiquées, se sont donnés pour maitres de langue en Brandebourg : A Berlin (522 réfugiés) Ch. Des Hayes, de Tours (p. 5), Jarselat, de Grenoble (p. 6), la femme du Sr... Maistre de Langue des Cadets (ib.) ; à Werder (657 réf.), David Monnot, Informateur françois de la Cour (p. 27) ; à La Villeneuve 2 (1817 réf.), la femmedu Sr. Amory (p. 37); à Francfort-sur-rOder (210 réf.), Ch. Liège, de Poitiers, (p. 105), Josué Benoist (p. 107) ; à Magdebourg (1260 réf.), Franc. Beraut de Montpellier (p. 137) ; à Halberstadt (185 réf.), Louys Laurensson (p. 169) ; à Kônigsberg (376 réf.). Dan. Martin, de Boigency (p. 181), Isaac Briant, géographe de S. A. E., Prof, en Langue françoise (p. 183).
Il n'y a aucun maître de langue signalé par la liste à Cologne (1511 réf.), à Friderichstadt (710 réf.), à Buchholtz (97 réf.) ; à Spando (89 réf.), à Kôpenick (38 réf.) ; à Bernau (19 réf.); dans le bailliage de Lôckenitz (507 réf.), dans le bailliage de Grambzow (314 réf.); dans le bailliage de Chorine (303 réf.); à Schw^edt (68 réf.), à Angremûnde (96 réf.), à Wiraden (33 réf.), à Kagar (95 réf.), à Halle (641 réf.), à Brandebourg (99 réf.), à Neustadt sur la Dosse (66 réf.), à Stargard (137 réf.), à Strasbourg en Ukermarck (280 réf.); à Prentzlow en Ukermarck (427 réf.), àManheim (1694 réf.), à Stendal (199 réf,); à Bourg (181 réf.), à NeuhaU densleben (135 réf.), à Clèves (41 réf.), à Emmerich (44 réf.); à Wezel(478réf.), àDuisbourg (25 réf.), à Soest (28 réf.).
En tout on compte 11 maîtres sur 13.8i7 personnes, dont, il est vrai, beaucoup d'enfants.
Observations sur ces dénombrements. — Il se peut assurément que des indications relatives à la profession aient été omises dans les listes sur lesquelles je me suis fondé. Néanmoins il y a tout lieu de se fier à ces recrutements administratifs, commandés par TEtat^ qui ont été faits avec soin et rigueur. Une nomenclature de 1703 donne, il est vrai, des chiffres un peu différents. Mais elle ne distingue pas les Lehrer des Sprachlehrer^ et ceci fausse tout. Lea seconds seuls sont des maitres de langue. D'après ce document, les professeurs — je me sers à dessein de ce terme général — étaient : 30 à Berlin, 4 à Magdebourg, 3 à Mannheim, 1 à Halle, 3 à Franc-
I. Voir Die Colonieliile von 1699, de Hichaixl Berinjçuier. Les chilTre» qui suivent noms des professeurs renvoient à la pa^e de ce livre. Je ^arde pour les noms de villes ou de localités les formules et lortîiog^raphe de la liste. 3. C'est la même rille que la Dorotliéestadt.
fort, 1 à Kônigsberg, 1 à Stendhal, soit 43 en tout. Ce tableau est constitué d'après les actes des archives secrètes de Berlin *. Même en acceptant les chiffres qu'il donne, le nombre des réfugiés devenus des maîtres reste extrêmement petit.
Je ne voudrais pas avoir trop raison ni réduire plus qu'il ne convient, la liste des réfugiés professeurs. A là prendre telle quelle, il faudrait concl\u*e que Tétude du français était encore bien peu répandue dans le Brandebourg. Il est évident que, malgré les réserves faites plus haut, les Français exilés en Brandebourg, capables d'initier des Allemands à la connaissance de leur langue, étaient au nombre de plus de onze ou môme de quarante. L'explication est la suivante : Il est probable qu'un certain nombre de ces gens, sans faire profession de maîtres de langues, ont donné des leçons de conversation et même de lecture française. Ainsi Cabrit, qui fiit pasteur et dont nous avons les mémoires, fut quelque temps dans une famille ^. Et nous savons que d'autres firent comme lui, sans que jamais ils aient pu être inscrits sur les listes de ceux qui tenaient une école ^. D'autre part l'église française offrait à tous les Allemands un exercice pratique, régulier et gratuit. Ancillon nous apprend que des Berlinois savaient le mettre à profit *.
Je n'oublie pas non plus que j'ai écarté de mes calculs les maîtres et les maîtresses d'école, ainsi que les maîtres écrivains. Théoriquement ceux-là étaient préposés à l'instruction des enGants de la colonie. 11 est sûr cependant que beaucoup d'entre eux ont enseigné à des Allemands^. Nous savons en effet que les établissements et les cours ouverts par les réfugiés pour leurs enfants n'étaient pas fermés aux indigènes. J'ai parlé plus haut de ce qui se passait à
1 . Voir Max Beheim-Schwarzbach, HohenzoUernsche Colonis&tionen. Ein Beitntg za der Geschiehte des preutsischen Siaates. Leipzig, 1874, 8*, 497.
2. « On m'ofTril chés Mons. le Professeur GrebeniU un logement gratis, le bois, la chandelle et la disposition de sa bibliothèque, à condition que je donnasse quelques heures par jour à son fils pour lé perfectionner dans la langue françoise, dont il avoit un petit commencement »> (J. Cabrit, pasteur du refuge (1669-1751), Autobiographie d'une Victime de la Révocation^ 22).
« On me chargea de la conduite d'un jeune homme d'environ 15 ans, qui... ne s'appliquoit à rien que par la force, il n'apprenoit même pas la langue françoise, à moins que ce ne fût en badinant » (Éd., o. c, 25).
3. Des dames, en grand nombre» ont été gouvernantes, comme M"« Anne Vamier (née en 1675j, qui fut admise auprès des filles du Grand Maître Comte de Kameke (Erman et Reclam, o. c, III, 191).
5. Il y avait dans chaque église un lecteur et un chantre appointés, chargés d'enseigner gratuitement les enfants pauvres. Le premier chantre de la communauté française de Berlin a été Belhomme (1672), auquel Archimbauli succéda en 1687 (Voir Ancillon, o. c, 72-73 ; cf. D' Ed. Muret, Geschiehte der frAnxôeisehen Kolonie, M).
Marbourg. « La manière d'enseigner (au Collège Français de Berlin), dit Ancillon, des Lecteurs et des Régens et la conduite des Inspecteurs, plaît à plusieurs anciens sujets de Son Altesse Électorale. Quelques-uns envoyent leurs Enfans dans ce Collège François ^ » Il devait en être ainsi, même dans beaucoup de modestes écoles. Pour plusieurs, nous avons des renseignements formels, ainsi pour Hanau. La langue française était alors facultative pour les Allemands, obligatoire pour les enfants français et wallons ^. On tenait bien entendu surtout à ce qu'elle fût enseignée à ceux-ci ^, toutefois on n'en privait pas les autres. De même à Francfort-surrOder, l'école française fut sous la direction de certains maîtres, comme Gedéon Boulhane, en si grand renom auprès des Allemands que six mois après l'établissement des colonistes, le pasteur se vit obligé d'adjoindre un maître de langue au lecteur Girard ^. Sous un des successeurs Jean Ticquet, on fut obligé de faire plusieurs divisions, sous David Courtois, ces divisions se multiplièrent encore.
n ne faut toutefois pas se faire d'illusions sur le nombre d'enfants allemands que ces écoles des colonies pouvaient recevoir.