‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 272 sur 352 · Cf. ToUin, o. c, III, !'• part., C · texte numérisé non relu

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seurs de bas » qui étaient en nombre énorme, en répandant en Allemagne Tusage français de s'habiller les pieds, au lieu de les mettre dans des sabots garnis de paille, aient servi le progrès. N'empêche que ces modestes bonnetiers eussent été fort empêchés de montrer à lire en français. Étaient-ils même capables d'enseigner aux Allemands à parler? Rien n'est moins assuré. Les réfugiés venus du Midi, une partie même de ceux du Nord, ne possédaient vraisemblablement que leur dialecte K Les listes les inscrivent naïvement comme Picards, Bretons, etc. Ceux mêmes dont le fran^ çais était la langue maternelle ne le savaient que par usage > et non par règles. Ils étaient incapables de l'enseigner avec quelque méthode et de donner le moindre éclaircissement ou le conseil le plus banal au sujet des faits de langage même usuels, tels qu'une conjugaison de verbe ou mie règle d'accord. N'oublions pas que YÉcole paroissiale n'osait pas pousser les enfants qui allaient à l'école jusqu'à l'étude des formes verbales les plus simples.

Il j en eut sans doute qui payèrent d'audace, comme ce Jean du Frayé, qui en 1698, sur le rôle de Berlin, figure en qualité de maître de langue, et qui était un ancien brasseur 2. Mais ce dut être le petit nombre. Ainsi le père de Migault avait nettement conscience de son ignorance, et il écrivait à son fils : « Le pire de tout, c'est que je ne peux parler bon françois, comme je le souhaiterois... » ou encore : « Je veux t'advertir ycy de ne faire voir cette coppie à aucun pour les divertir de mon mauvais langage ^, » Comment cet homme se fût-il improvisé professeur à l'étranger? Op ce Migault avait été maître d'école à Maugé. C'était un « intellectuel » parmi des laboureurs et des artisans.

A vrai dire, même si des hommes peu scrupuleux avaient eu la velléité de surprendre la confiance des Allemands et de leur en imposer, la chose ne leur aurait pas toujours été très facile. Les Allemands n'achetaient pas chat en poche et se mêlaient de distinguer. Ils entendaient en général apprendre un français de choix, de la bouche de bons maîtres. On voit souvent les professionnels s'ap-

1. Un qu&K, suivant de Schickler, étaient Languedociens, un cinquième Messins, un sixième Champenois, un dixième Dauphinois, un vingtième venaient de Guyenne et Béarn. En outre, quelques-uns étaient originaires de TOrléanais, de la Picardie et de la Bourgogne (o. c, 63).

2. Certains réfugiés du Midi tinrent école, ainsi Jean Cancanas, de Ntmes, qui fut admis comme bourgeois de Francfort-sur-le-Mein, en 1699 (Bett. Strauss, o. c, 198).

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