ÉCRITS FRANÇAIS EN ALLEMAGNE
Il est fort probable pourtant que tous ces livres, si chers aux dames allemandes, où les lettres et les billets fourmillent, alambiqués parfois, souvent aussi fins et délicats, contribuèrent à entrainer à limitation une partie des lecteurs et surtout des lectrices. Même avant que Voiture fût dans sa gloire, il y avait en France un genre épistolaire, très attrayant, et auquel il semblait qu'on pût s'essayer sans prétention, simplement pour les besoins des relations. Les lettres n'étaient qu'une suite des conversations.
Inutile de dire que certaines de ces épîtres, copiées maladroitement de leurs modèles, sont d'un ridicule achevé. Dohna en envoie à sa fiancée, qui sentent les bords du Lignon *. Ce qui prouve qu'elles plaisaient pourtant, c'est qu'on voit s'exercer à attraper le tour galant jusqu'à de braves gens qui connaissent à peine les éléments du français. Un amant confie à un ami le soin de « s'occuper d'Amélie » (6 sept. 1613) : « S'il sera à présent la brunette, je vous prie me faire la courtoisie, que la faire mes très humbles services et baiser les mains et tanser avec elle pour l'amour de moy ^. »
Les maîtres de français encourageaient leur clientèle dans cette •voie, d'abord en professant qu'on n'écrivait plus dans une autre langue, et ensuite en leur vendant des recueils de lettres-types •^. A partir de 1658, il n'y a guère de méthode française qui ne contienne aussi un manuel d'art épistolaire ^. Pielat donne en 1679 un Secrétaire nouveau et des Lettres (1677 ^) ; de Fenne ^, Menudiér ^, Milleran^, Talandre '-^^ Ganel'^, tous ceux qui ont eu une réputation en Allemagne ont suivi cet exemple. Il y a même des recueils qu'on peut appeler techniques, celui de Menudiér, qui contient les Instructions nécessaires pour les gentilshommes à la suite d'un ambassadeur (lena 1690), celui de Kramer: Guide ou Stile marchand ou Lettres marchandes (Nuremberg, 1720), etc. En 1711, le Novum linguse gallicse Sidus, de Gh. Mouton, a encore un long