‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 330 sur 352 · AIT. Etr., Allem., Corr., 297, f<» 207 V · texte numérisé non relu

AIT. Etr., Allem., Corr., 297, f<» 207 V

LA FRANCE EXPOSE 8À DOCTRINE 41 o

vir avec eux que de cette langue ; ils nomment aussi leur Empire germanique, le S* Empire romain, et leur Empereur Auguste et Majesté Cezarée; mais comme ils n'en ont pas la puissance ny la grandeur avecq ces beaus noms, on peut se dispenser d'avoir trop peu d'égard pour cette pretension.

(( Le Roy est en possession d'écrire en François a l'Empereur et a l'Empire, a tous les princes d'Allemagne et aux Roys du Nord et de Pologne, et d'en recevoir réponse en latin. Les ambassadeurs de S. M. sont aussi en possession de ne donner qu'en françois leurs écrits particuliers, et les ambassadeurs de l'Empereur les ont toujours receus dans l'assemblée de Nimégue et même dans celle-cy, et y ont touiours fait réponse en latin jusques a présent.

« Ils n'ont assurément aucune bonne raison pour obliger aujourd'huy l'ambassade de France de changer de stile a Francfort et d'y donnera l'avenir ses écrits particuliers pour l'Empire en latin. Ils n'osent pas alléguer contre nous (comme ils font souvent contre les Italiens) leur prétendu droit de l'Empire romain, et ils allèguent seulement que c'est le stile de l'Empire, et l'usage de leurs diètes. Mais si c'est le stile de l'Empire de faire cette sorte d'écrits en latin, l'usage de la France est de les faire en françois.

« Et pour ce qui est de Tusage de leurs diètes, comme elles se font uniquement pour les affaires du dedans de l'Empire, qu'elles ne regardent en aucune façon les étrangers, et qu'on n'y a jamais veu de ministres de France du premier ordre *, ni d'aucim autre royaume, quelque puisse estre ce prétendu usage, il ne peut jamais estre tiré a conséquence pour les assemblées de la nature de celle de Francfort.

« Les impériaux pourroient dire avec raison que si nous faisons nos écrits particuliers en françois, ils feront les leurs en allemand^ qui est leur langue naturelle ; mais ils ne veuUent pas prendre ce parti, parce qu'ils se font un honneur de se servir de la langue latine avec les Etrangers.

« Il ne nous convient guère de traitter par écrit dans cette conférence, et nous devons estre bien aises d'avoir un si juste sujet de nous en dispenser, et de ne traitter désormais que de vive voix ^... »

1. Ce sont les ambassadeurs, ou légats, ou nonces, qui représentent le Prince luimême.

2. AIT, Etr., AUem., Corr. poL, 297, f"" 223-224. C'est sans doute cette menace de ne plus traiter par écrit qui a conduit Moser à dire que les Français préférèrent rompre. Dans la suite le mémoire discute à fond « la prétention des allemans pour le latin » : a La Bulle d'or... détruit entièrement cette prétention des allemans pour le latin, elle ne fait aucune menlion de la langue latine, elle dit en termes exprès que

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La conclusion du débat, moins intéressante que la discussion, fut la suivante : « Les députés de TElecteur de Mayence, dit Le Dran, ayant proposé divers temperamens sur la difficulté concernant la langue, les ambassadeurs de France remirent au Directoire de Mayence le 6 juillet un écrit par lequel, après avoir exhorté les Députés a rétablir leur commerce avec la Diète, ils déclarèrent que pour avancer la négociation, ils estoient prêts de donner des traductions de leurs écrits K » « ...Il fut résolu définitivement... qu*a Tegard de la langue, les ambassadeurs de France joindroient a leurs mémoires rédigés en langue françoise une traduction latine, ceux de TEmpire délivrant les leurs en allemand, aussy auec une traduction latine -. »

Quelque surprenant que puisse paraître cet accommodement, les faits prouvent qu'on se tint quelque temps au mode de procéder qu'il stipulait ^. Il est incontestable que la chancellerie de France avait agréé par intérêt politique un changement à Tusage. Elle acceptait de joindre une traduction latine à ses originaux français. Mais en revanche elle demandait et obtenait aussi de ses adversaires une nouveauté. La Diète de TEmpire devait se servir elle aussi de sa langue propre, Tallemand, enjoignant, comme la France, ime tra-

la teulonique est la langue des princes de l'Empire. » Suit une citation de la Bulle d*or, latin et traduction française : les Electeurs devront connoitre les divers idiomes de TEmpire, savoir l'allemand, l'italien et le slave n eo quod ille lingue ut plurimum ad usuni et utilitateni sacri Imperii frcquentari sint solite, et in his plus ardua ipsius imperii négocia ventilentur. » On examine ensuite Tindépendance des diffcrents Etats de l'Empire : l'Empereur, chef élu, est soumis à des capitulations, il n'est pas le maître. La Bulle dit en termes exprès: « L'Empire d'Allemagne a succédé a l'Empire françois de Charles Magne, et non pas a celuy des Cezars de Rome, cet empire alleman n'est pas une monarchie mais une vraye republique aristocratique » etc. (Aff. Etr., Allem., Corr,, 297, f«' 228-229).

1. Cf. Mem. des Amb. de Fr. au Directoire de Mayence, 6 juill. 1682... « quelque raison que nous puissions avoir de n'entrer pas ay sèment désormais en expédient sur le point de l'idiosme, depuis que, sans exemple ny prétexte au contraire on a voulu revocquer en doute le droit et la possession ou nous avons toujours été a cet égard, nous sommes neantmoins tellement disposez a tout faire pour l'avancement de la paix, et pour en faciliter la negotiation, que nous ne refuserons aucun tempérament raisonnable sur ce sujet, et que nous donnerons encore très volontiers pour cela un translatum de notre réplique, comme nous avons offert au commencement, pourveu que nous puissions espérer par la de terminer entièrement pour l'avenir la difficulté qu'on nous a faite touchant Tidiosme de nos écrits » (Aff. Etr., Allem., Mem. el doc, 297, f- 245-6).

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