‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 340 sur 352 · Comt. d'Aulnoy, Mém, de la, Cour d'Esp.y II, 93, n · texte numérisé non relu

Comt. d'Aulnoy, Mém, de la, Cour d'Esp.y II, 93, n

4» Nouv. de la Rep. des Uttr.. Œuv., 1787, 1, 113-114.

CAUSES i)fe Là VictoiRK bt' fRÂÀçÂÎsi iûi^

(ju'il y ait contradiction entre ce fait et les texteSi II n'en est rien, et c'est ici qu'il faut reprendre les mots de Limojôû de Saint-Didier que j'ai cités au début, qui nous éclairent sur ce qui s'est passé à Nimègue même : « L'on s'aperçut à Nimegue, dit-il, du progrès que la langue Françoise avoit faite dans les païs étrangers, car il n y avoit presque point de maison d'ambassadeurs, où elle ne fût presque aussi commune que leur langue naturelle. » Des négociations se composent de toutes sortes de tractations, qui ont chacune leur nom et leur caractère. Les traités, les communications officielles, les séances solennelles sont réglées par des protocoles rigoureux où la tradition se conserve. Mais les relations officieuses ou privées, les entrevues, les rencontres y échappent plus ou moins. Il est de la profession des diplomates de ne pas s'épancher, soit ! néanmoins ils sont hommes et hommes du monde, ils parlent et ils vivent à la manière de leur temps. Or le langage que les gens de Cour d'alors aimaient à parler, c'était le français. Seule de toutes les femmes d'ambassadeurs, la marquise de Los Balbassez l'ignorait K Mais le marquis le possédait, et, sans souci de l'étiquette, il ne fit aucune difficulté dès son arrivée de s'en servir pour remercier les gentilshommes français de leurs compliments, à la grande surprise de d'Estrades lui-même ^. Dans les relations de puissance à puissance, la mode, la commodité, le goût et les habitudes des hommes semblent n'avoir point de droits, mais ils en prennent. La présence des dames même a son importance. A Nimègue, elles avaient établi un commerce alternatif dans leurs Maison 3. « Chacun de nous, raconte le chevalier Temple, parlant de lui et de ses collègues, tenoit table ouverte trois jours de la semaine, en réservant deux autres pour nos affaires à cause de la poste, et un autre pour aller à la promenade. Cependant plusieurs ambassadeurs,

1 . D'après Limoj. de S.-Didier, le 3 août 1678, les Ambassadeurs de France lui envoyèrent un gentilhomme pour faire excuse au sujet d'une querelle de valets provoquée par les Français ; le gentilhomme parla en italien à la marquise.

2. Le 23 juin 1677, à Nimègue, le marquis de Los Balbassez, récemment arrivé, fait complimenter tous les ambassadeurs. Ceux de France « luy firent rendre le compliment en mesmes termes d'estime et de civilité par trois gentilshommes, ausquels cet ambassadeur fit réponse en François ; ce qui parut tout à fait extraordinaire » (Limoj. de S.-Didier, Hist. des nég. de Nim., 76).

Cf. : « M. M. de los Balbasez, Ronquillo et Christin nous envoyèrent avant-hier faire par trois gentilshommes la déclaration de leur arrivée, avec un compliment concerté avec Mr. le Nonce, qui nous l'avoit auparavant communiqué et que nous avions agréé. Il nous fut même dit en François, chose extraordinaire aux Espagnols, et contenoit que ces M. M. etoient ici prêts à nous rendre tous les services dont nous les jugerions capables (D^Ëstrades, Lei. Mem, et Neg.^ VIII, 401).

3. D'Estrades, o. c, XI, 334. Ainsi le 22 déc. 1677, on s'était réuni chez un des ambassadeurs français, ou plutôt chez sa femme (/cf., //>., IX, 338;.

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malgré notre déclaration (de n aller à aucun festin), vinrent souvent à notre table, et particulièrement ceux de France, quoiqu'ils témoignassent être un peu fâchés du règlement que nous avions fait à cet égard ; mais pour récompenser les uns et les autres, nous partageâmes les soirées par tour chez tous les ambassadeurs où il y avoit des dames. On s'y divertissoit à la danse et au jeu, et on y faisoit quelques soupers légers et des collations K »

Or, le françaii^ était dès lors la langue des reines. Dans les pays lointains, des ambassadeurs, qui ne venaient pas de France, et qui s'adressaient aux Rois en latin ou en autre langue changeaient d'idiome en se tournant vers le trône où une femme était assise '^. Les femmes des envoyés qui représentaient les souverains ne pouvaient manquer de se mettre à Tunisson et elles s'y étaient mises. On pense bien que la conversation ne pouvait guère se poursuivre autour d'elles ni même s'entamer en latin. En somme c'était le français que les personnes cultivées avaient appris, c'était la langue de la civilisation la plus estimée, celle dans laquelle les diplomates pouvaient dîner, jouer la comédie, et avoir de Tesprit en compagnie de leurs femmes.

Il ne faudrait du reste pas prendre ce que je viens de dire dans un sens trop étroit ni s'imaginer que le français fût considéré comme bon uniquement pour les futilités de la conversation quotidienne. La meilleure preuve qu'on l'employait aux grandes affaires et pas seulement aux menus compliments, c'est que quand les Hollandais fondèrent une presse politique internationale, c'est en français qu'ils la rédigèrent, ainsi que nous l'avons vu. D'autre part, quand en 1700, A. Moetjens fait paraître son grand Recueil des traités de paix depuis J.-C. jusqu'à présent, en 4 vol. f®, s'il a choisi le français, c'est pour une raison sérieuse dont il nous prévient, à savoir que « c'est la langue la plus généralement en usage, à présent, en Europe » (Allou, o. c, 386) ^.

Sa situation privilégiée, la langue française la dut donc à ellemême, à son génie et au génie de la race. Comme dit un de ses

1. Mém., éd. Ch. Temple, Michaud et Pouj., Coll. de Mém., XXXH, 115.

2. Ainsi Carlisle fait à la Reine de Suède un compliment qu'on lui traduit en français et la Reine fait réponse en suédois et en fVançais {Amba$s.^ 219 ; cf. 229]. Eu Danemark de même. Un secrétaire traduit à la Reine en ft'ançais, et celle-ci fait répondre en danois, qu'on traduit en français (/A„ 241).

Pour les deux rois, on avait traduit les compliments en latin. Le contraste est frappant.

3. Gif. Corps universel Diplomatique du Droit des gens contenant un Recueil des Traitez d^Alliance, de paix^ de trêve, de neutralité etc., pour Mr. J. Du Mont, baron de Carels-Ooon, ecuier, conseiller et historiographe de sa Majesté impériale et catholique. A Amsterdam, 1731,

ennemis, c'est elle-même, qui, après avoir relevé la tête dans son propre pays, fît voir son élégance dans les affaires diplomatiques et se dressa contre les langues que le respect avait élevées à cette haute fonction K Elle devint la langue des États, parce qu'elle était devenue la langue des Cours et des aristocraties. Séduites par la politesse incomparable de la société dont elle était Texpression.

t. In Gallia caput extulit vernacula lingua, suamquc elegantiam in negotiis gentium non tanlum ostcntavit, sed eliani contra illas linguas quas observantia introduxerat, cristas erexit (Trener, Dissert. ^ 102).

taëlè des Matières

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