Vissac, o. c
3. «Que la commodité et Tavantagc de renseigner (le droit rrançois)cn nostrc langue* soient tres-considerable, tout le monde en demeure d*accord. Et de vray, aujourd'huy que nous voyons nostre langue élevée presque à la hauteur de la Grecque et de la Latine, aujourd'huy qu elle est si opulente et si noble, ne seroit-ce pas luy faire une grande injure que d'avoir recours à une langue étrangère, pour représenter une Juris^ prudence qu'elle a formé, qu'elle a revestuc de tous les ornemcns qui la peuvent rendre agréable, qu'elle a enrichie de tous les termes nécessaires pour la rendre intelligible à tout le monde.
« Il a esté dit sagement, que préférer une langue étrangère à sa langue maternelle, c'est préférer une concubine à sa légitime épouse ; et l'on peut {goûter icy, que préférant de méchans mots latins, des mots françois latinisez à de bons mots françois. ceseroit préférer le visage d'une courtisane couvert de plaire, â la beauté naturelle d'une honnête famé.
« Le destin de la langue Françoise est trop heureux pour tomber dans ce mépris. Guy, Messieurs, nôtre langue a droit de tout espérer de la bonne fortune d'un Ministre, qui orné de tant d'autres grandes connoissances, ne laisse pas de la chérir^ et qui a bien voulu s'associer à ceux qui font profession de la deffendre. Mais aussi ce Ministre a droit d'espérer d'elle, que la gloire qui est deuë à ses services, à sa fidélité incorruptible, et à sa vigilance infatigable, ne s'efTacera jamais de la mémoire des hommes.
" Au reste, ce m'est une nécessité de me ser\'ir de nôtre langage maternel, car Loiiis XII, ayant ordonné qae toutes les procédures criminelles^ et François I que tous les actes publics, rédigez par les Greffiers et par les Notaires^ seroient écrits en François : ne seroit-ce pas contrevenir à leurs Ordonnances que de parler de ces choses en une autre langue que la nôtre ?
« Un grand Personnage du dernier siècle, dit avec raison, qu'il n'y a pas de chose plus étrange dans le monde, que de voir un peuple obligé à suivre des Loix qu'il n'entend point, de le voir attaché en toutes ses affaires domestiques, mariages, donations, testaments, achapts, ventes, de le voir, dis-je, attaché à des règles et à des maximes qui ne sont ny écrites ny publiées en sa langue.
... « Divers peuples nous ont donné l'exemple. Et ce n'est pas d'aujourd'huy qu'en France l'on a eu la môme pensée; feu Monsieur le Chancelier de l'Hôpital, proposa de fonder dans Paris des Collèges François, pour y enseigner les sciences en nôtre Langue. Feu Monsieur le Cardinal du Perron, poussé du même zèle, a fait la même tentative.
H Mais enfin. Messieurs, l'accomplissement de ce noble projet étoit réservé à Monsieur le Chancelier. {Discours prononcé par François de Launay^ avocat en la Cour de Parlement, pourveu par le Roy de la Charge de Professeur du Droit François, En la Salle du Collège Royal, le 28 Dec. 1680, à l'ouverture de ses leçons. Paris. Gab. Quinet,1681, 8*).
CO HISTOIRE DE LA lANGUE FRANÇAISE
plus libre que les Universités, n'était pas plus libéral qu'elles. Il revint à la règle commune ^ ; les vieilles interdictions furent renouvelées. Le 9 janvier 1684, il fut défendu « de dicter ni expliquer en françois », comme d'entrer en chaire en habits indécents -.
B. L'eiNSEignement du français.
On a vu plus haut, que dès 1620, un grammairien français,^ J. Godard, réclamait pour la langue française des écoles publiques^ et que Richelieu avait eu l'intention d'en fonder une ^. Depuis lors, les demandes et les réclamations se multiplient.
Protestations et suggestions des grammairiens. — V Avertissement aux prédicateurs tiré des S. Conciles et des Pères. . . (Perigueux, 1650), déclare que c'est une chose honteuse que « nous travaillions si longtems à apprendre toute la beauté du Grec et du Latin ^ et que jamais nous ne nous appliquions au François ^. »
<( Je ne vois point, écrit Jobard en 1675, que dans tous les lieux où on enseigne l'Ecriture ou la Lecture, on instruise les Ecoliersdes Principes de nôtre Langue, ny même des véritables Règles de rOrtografe... il se pouroit faire que cette Méthode leur donnât plus de connoissance de la Langue Françoise, qu'ils n en auroient par la seule étude du Latin... Des personnes de quelque considération font des fautes très-lourdes dans nôtre Langue,... ces défauts n'ont point d'autre source qu'une ignorance des Règles de 1» Grammaire; je sçay bien que la bonne éducation peut suffire pour estre correct dans ce que l'on dit, mais outre qull y a toujours, quelque façon de parler, que l'on n'a point apris par cette voye;... l'on ne peut sçavoir la véritable raison, pour laquelle une chose est bien ou mal dite, sans avoir quelques Principes de la Grammaire. » [Exerc, de V Esprit ^ Préf., 1-3). « Il est nécessaire d'étudier sa Langue, il seroit mesme à propos qu'on y appliquast de bonne heure les enfans, observe à son tour Andry de Boisregard, et qu'on eust soia de leur donner des Maistres, qui en leur enseignant des Langues
1 . Au XVII» siècle, il y a juste un programme en français, celui de Michel Denyau (1669).
2. En ce mesme jour, sur ce qu'on a représenté que quelque professeur s'estoit donné la liberté d'entrer en chaire avec un habit fort indécent et qu'on avoit faici des leçons françoises, il a été défendu à quelque professeur que ce soit d'entrer en chaire pour enseigner autrement qu'avec une robe et un bonnet quarré et de dicter ny expliquer en françois (Archives du Coll. de France, Reg. I, f> 49).