‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 37 sur 352 · Voir Gouget, Bib. fr., II · texte numérisé non relu

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mortes, ne leur laissassent pas ignorer une Langue vivante, dont ils •doivent se servir toute leur vie. Il arrive cependant que les jeunes gens sortent des Collèges aussi ignorans là-dessus que s'ils avoient été élevez chez des Etrangers » [Befî, s. l'usage près, de la Lang. fr.^ 1689, Pref., â iij). Les mêmes plaintes, les mêmes conseils se retrouvent chez Hindret, qui traite de prononciation : « On leur aprend (aux enfants) avec beaucoup de soin le Latin et le Grec, et pour ce qui regarde leur Langue naturelle, on Tabandonne au hazard de l'usage * » [Art de bien prononcer, Disc, êiij).

Le Gras, professeur de rhétorique, exprime le même étonnement douloureux de Tabandon où on laisse le français : « Il y a lieu de s'estonner que plusieurs de ceux de nostre Nation, qui apprennent avec beaucoup de soin les belles lettres, et qui tiendroient à quelque déshonneur de ne sçauoir pas la Langue Latine, soient si éloignez de sça voir les moindres règles de la Langue Françoise » [Reth, fr., 175).

On voit même apparaître des opinions plus hardies. L'auteur anonyme du manuel intitulé Les Véritables principes taxe nettement d'erreur l'opinion de ceux qui prétendent qu'on ne peut écrire* <5orrectement en français, si Ton n'a passé par les leçons du Collège* (Pref., 4« p.). Comment n'eût-on pas tiré cette conclusion des -déclarations des Vaugelas, des Bary, de tous les maîtres de l'école française, qui tenaient que le grec et le latin des pédants ne faisaient que brouiller leur langage ? L'étude de la langue française devait apparaître non seulement comme nécessaire, mais comme suffisante.

Quelques tlmioes essais. — On est étonné, dans ces conditions, •de voir combien les essais furent rares et timides. Je ne parle pas des écoles protestantes, où des raisons particulières obligeaient à faire une place à la langue dans laquelle les fidèles devaient lire. A Nîmes, les directeurs poussaient, dit-on, le scrupule jusqu'à donner ^ux enfants un maître du Nord pour corriger les fautes de la prononciation méridionale (Bourchenin, o. c, 194). A Sedan, où venaient beaucoup d'étrangers, on expliquait les textes en français pour que, suivant l'idée de Port-Royal, les enfants, en cherchant Tabondance en latin, ne perdissent pas la propriété des termes

1. Son livre est « une niétodc pour la première instruction desEnfans >» lîiij)- Lui aussi pense que « puis qu'il faut indispensablcraent qu'ils scachent la Grammaire pour apprendre les Langues et les autres Sciences... il est plus utile et plus aisé de la leur enseigner en leur-langue naturelle qu'en une Langue étrangère qu'ils n'entendent pas encore (avant-dern. p. du Discours),

(Id., ib,, 202, n. 1). Les étudiants en théologie, aux termes d'un acte du Synode d'Alais, s'exerçaient à des sermons français aussi bien qu'à des oraisons latines. Les soutenances de thèses avaient lieu également dans les deux langues (Id., ib., 253, 258-9). Mais dès 1680 une main brutale ferma ces écoles; depuis 1660, celles de Port-Royal n'étaient plus.

y Ailleurs, dans des maisons que nous appellerions libres, et qui -^auraient pu innover, on ne se souciait en aucune façon du français. Nous avons conservé un prospectus d'une maison d'éducation privée pour gentilshommes (rue de Bourbon, proche le pré auxClerci). Si le programme était appliqué, on s'y servait du français pour enseigner la rhétorique et la philosophie, c'est vrai, mais tandis qu'on y faisait du latin, de l'italien, de l'espagnol, de l'allemand, il n'y est pas question de l'étude du français K

Premiëks pas en avant. — A la fin du siècle, ce fut partout, chez les Oratoriens, chez les Jésuites, dans les Universités, qu'on se trouva en présence du problème nouveau qui se posait malgré tout : Fallait-il aller jusqu'à s'occuper de la langue vulgaire, et l'enseigner?

Un tout petit fait, rapporté par Carré, en dit long sur l'état d'esprit qui régnait. Dans le catalogue des prix distribués à l'Oratoire de Troyes en 1708, il est fait mention d'im prix de composition française donné à un élève de 3®. Mais on spécifie bien que ce prix n'est pas un prix régulier. Il est fourni par un particulier anonyme, et le palmarès a soin d'ajouter qu'il n'a été décerné qu'à titre exceptionnel *. Au reste la doctrine des Oratoriens en matière d'enseignement est dans le livre du P. Bernard Lamy ^. On y trouve un long chapitre sur Tétude des humanités. Aucune trace ni mention du français.

La Ratio doccndi du P. Jouvancy, qui n'est guère postérieure, marque un progrès réel *. Le français y joue un rôle modeste sans doute, mais qu'on prend néanmoins la peine de déterminer. Les directeurs tiennent à ce qu'il ne soit point estropié : « Quoique les maîtres de la Société de Jésus doivent surtout s'attacher à bien

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