Bibl. Nal., ms., 10, 435, let. 30, p
4. VoirC. Latreille, De Petro BoessatiOy Vienne, 1899, p. 53.
A ce mal il y avait peut-être un remède, c'eût été rétablissement d'Académies chargées de faire la tâche que les Facultés latines et leurs Collèges ne faisaient pas. L'abbé d'Aubignac avait ' fortement signalé l'impossibilité où se trouvait le public d'attendre l'enseignement nécessaire de ceux qui auraient dû le donnera Mais le projet qu'il proposait au roi était vague et peu utile. Assu-
1. M Ceux qui se trouvent engagés à cette nécessité d'instruire le public, dit-il, se sont relâchés en deux choses qui nuisent au progrès des sciences et qui les ont presque toutes défigurées. »
« La première est qu'ils s'attachent opiniâtrement aux maximes que les anciens ont laissées dans leurs écrits, et... ne veulent rien chercher au-delà... Il suffit qu'une proposition leur soit nouvelle pour être rejetée... »
D'Aubig^ac avait observé aussi ce que j'ai essayé de montrer plus haut, l'espèce d'incompatibilité qu'on entendait maintenir entre la science et le beau langage : « Ils (les savants) se sont tellement contentés de la doctrine, qu'ils ont abandonné la politesse du langage ; ils séparent l'éloquence de la philosophie, et ne croient point que les belles paroles puissent entrer en commun avec les belles connaissances... »
L'auteur ajoute: « A ce grand mal, on n'a point apporté de remède plus convenable et plus honnête que d'établir des compagnies de personnes libres et détachées de l'obligation d'instruire le public, qui voulussent joindre ensemble leur étude et leur travail pour la restauration des belles-lettres, pour remettre en usage les grâces de l'éloquence et relever la msgesté de la poésie, pour rechercher dans les restes de l'antiquité ce qui s'est égaré par le temps, et nous dévoiler les mystères de la nature, pour enrichir leur siècle de quelque nouvelle connaissance et donner à la postérité le désir de mieux faire par les commencements de quelques merveilles.
« Les princes d'Italie se sont employés les premiers à ce grand œuvre par l'établissement de ces assemblées de savants qu'ils nomment Académies. . . L'Angleterre les a depuis peu de jours heureusement imitées, par cette Société Royale qui donne de la jalousie à tous les princes de l'Europe. . .
« Sire, une Académie suffira-t-elle pour un grand royaume ?. . . Rome a pu former encore plusieurs Académies, toutes fameuses ; Florence. . . en a quatre... Quel reproche donc Sire, ajoutait-il, serolt-il fait à la France, si la ville de Paris, si grande en son étendue, si nombreuse d'habitants, et remplie de tant de merveilles, ne pouvoil fournir assez en savants pour composer deux Académies de personnes de lettres?. . . Une compagnie de quarante personnes ne l'a pas épuisée d'orateurs, de poètes, de philosophes, de mathématiciens, Paris en a mille, et votre royaume en pourroit faire des armées I . . . •
Et il supplie le roi de lui « accorder l'honneur de sa protection et les caractère;: de son autorité, pour établir en Académie royale », les conférences qu'il a continuées depuis deux ans, « avec quelques personnes, dans une continuelle communication d'études. Elles nous ont fait connottre, dit-il, la grandeur et l'utilité de ce dessein; elles nous ont servi d'épreuves A nos forces, et nous ont confirmés dans l'espérance de pouvoir quelques jours satisfaire à ce que le public en peut souhaiter. Nous ne voulons pas dire que cette Compagnie a des esprits aussi noblement passionnés pour les bonnes lettres que le reste de votre Etat... ; mais nous pouvons assurer Votre Majesté qu'ils ne sont pas indignes d'être les putnés de l'Académie
LES ACADÉ.MIKS DE PROVINCE 7^
rément on peut y trouver, si on les y cherche bien, quelques idées neuves et fécondes, en particulier Tidée de la création d'une Aca- <lémie d'érudition. Mais ce discours sent trop la rancune d'un homme dépité. Ce qui eût été intéressant, ce n'était point rétablissement à Paris d'une Sous-Académie française, où d'Aubignac fût entré, mais rétablissement de compagnies de ce genre dans les provinces.
Créations d'Académies. — Il n'y eut pas autant d'Aca,démies qu'il «n eût fallu, il s'en créa pourtant quelques-unes. L'Académie d'Arles «st la plus ancienne de toutes, après F Académie française. Etablie* en 1666, elle était reconnue officiellement en 1669 K
A Toulouse, il y eut une série d'essais, dont M. Desbarreaux nous fi fait l'histoire, et qui n'aboutirent pas 2. En 1673^, l'Académie
françoise, et qu'ils jusliÛeronb à tout le monde qu'elle ne renferme pas tous les :savants de nos provinces. Et quand nous n'aurions point maintenant de quoi nous affaler à ces excellents maîtres de notre langue, que ne pouvons-nous point espérer quand nos travaux auront été communs dans l'espace de vingt années, quand nous •aurons mis en société nos méditations, nos recherches, nos veilles, nos efTorts?. . . L'Académie françoise nous encouragera même à bien faire, et nous pourrons dire <]ue nous Fencourageons aussi. Oui, Sire, plus votre bonté royale établira de pareilles Académies, plus on verra les sciences germer en votre État » [Discours de l'abbé 'd'Aubignac sur rétablisse ment d'une seconde Académie, dans Livet, Hist. de VAcad. /r., II, 499-501).
1. La Bibliographie des Académies est dans Lanson, Man. Bibl.y II, 252-4. A Arles •aurait déjà existé, autour de 1622, une Académie du bel esprit et de la belle galanterie. Et un Parisien écrit qu' « on rencontre à Arles des gens qui parlent tout comme vous pourriez le faire, qui jugent et raisonnent des vers et de la prose, en gens du métier • (Bibl. Méjanes, Rec Bonnemant. vol. Académie, dans Rance, o. c, I, 6).
2. Une réunion fondée par M. Vendages de Malapeire avait fusionné avec une réunion fondée par Plisson. Les membres étaient MM. Massoc père et fils, avocats -au Parlement, de Caumels, grand archidiacre de Toulouse, Darailh, doyen du Pré- -sidial, Azema avocat au Parlement, de S'-Blancat, grand archidiacre de Tarbes, de Falguières. avocat au Parlement, le poète Desesgaux. On se réunissait une fois par semaine. Le nom de lanternistcs venait de ce que les réunions avaient lieu le soir, on parcourait les rues avec une lanterne « Lucerna in nocle. »
En 1645 les réunions cessèrent. Elles furent reprises en 1667, puis en 1670, sous TimpuUion d'un professeur de l'Université, Fr. Bayle, et durèrent jusqu'en 1676. En 1680, l'abbé Maury reprit le projet. 11 fut subventionné par la ville, mais se retii*a "bientôt à Villefranche. Puis ce fut le tour de M. Masade, professeur au Collège de Poix, enfin en 1688, sous le protectorat de Lamoignon Bavilie, eut lieu une nouvelle «résurrection.
3. Nous avons à ce sujet une précieuse lettre de Chapelain à M. de Iléricourt, du "28 janvier 1673, M.Tamiseyde Laroque l'a publiée après Livet, en corrigeant la faute d'impression qui avait transformé, dans la copie de son devancier, la ville de Touionseen celle de Toulon.
« Je viens au principal article de vostre lettre qui regarde le dessein de vostre Académie, et vous diray que, comme j'en approuvay la proposition que vous m'en fisles, il y a quelque année, et que j'en souhaitay l'establissement, je rapprou\e et le souhaite encore et y contribueray tout ce qui dépendra de ma foiblesse avec chaleur et fidélité, sans vous faire valoir le peu que j'y auray de mérite. Pi-emièrcment, A Tesgard du corps de l'Académie françoise, je suis comme assuré qu'elle n'en traversera point l'institution par interest qu'elle y ait, au contraire elle doit estrc bien «ise qu'une vertueuse compagnie comme sera la vostre s'érige en cette qualité non point ainsi qu'autel contre autel, mais avec rapport à elle, de laquelle prenant un de
Française refusa laffiliation, et plus tard une décision royale lui préféra l'Académie des Jeux floraux * .
Mais d'autres sociétés, plus ou moins éphémères, plus ou moins, actives, se fondèrent. D'abord en 1674 à Soissons, en 1682 à Nîmes 2, en 168S à Angers 3, en 1695 à Villefranche S en 1700 k . Lyon, en 1705 à Caen ^.
ses Illustres pour protecteur, ce sera une espèce de filiation et de dépendance comme celle d'Arles en a use. De cette sorte, vous ne devcs craindre aucun trouble de ce costé là, mais plustost en tout espérer d'autant plus que celle d'Arles, pour s'establir, ne semble pas avoir eu besoin de son consentement, et que tout s'y est passé entre le Roy et le duc de St. Agnan seuls. La vostre auroit besoin de Mr le cardinal d'Ëstrée pour donner complément à TafTaire, mais, pour son absence, elle ne laissera pas de se pouvoir heureusement terminer, ayant Mr. Pelisson favorable auprès de S. M. auprès de laquelle j'apprens de vous qu'il en avoit desja fait l'ouverture qui n'avoit pas déplu, et comme c'est de la volonté du Roy uniquement que la chose dépend, qu'elle est glorieuse pour son règne et nullement onéreuse à l'Estat, je ne doute point qu'elle ne réussisse, pourveu que Mr Pelisson, qui est fort bien auprès de S. M. et chéri de toute la Cour, continue chaudement ses offices. Outre le Roy, il pourra en entretenir Mr Golbert, académicien comme nous, et, l'en rendant capable, s'en faire appuier dans la poursuite et dans l'obtention. Il est éterncU lement à la Cour et aura des facilités que ni moy, qui suis cloué à Paris, ni aucun auroit. Faites le donc agir, comme il a commencé, par les voyes que vous avés desja prises et je m'engage à luy en parler ardemment quand il viendra à Paris et de concerter avec luy de quelle sorte nous devons disposer l'Académie françoise à en recevoir la nouvelle en son temps ». (Chap., /^cW., II, 807-808).
1. Voir sur cette querelle F. de Gélis, Hist. des jeux /ïora uar, Toul., 1912, Bib^ Merid., 2« série, t. XV, p. 144 et suiv.
2. Voir Reff. de VAcad. fr., 1, 320. — L'Académie tint sa première séance le 28 mara 1682 chez le marquis de Péraud. Séguier, évêque de Nîmes, accepte d'ôtre protecteur, puis Fléchier.
Des lettres patentes (août 1682) lui donnent le nom d'Académie royale de Xlmes. Les membres demandèrent d'être affiliés à l'Académie française. Un premier refus, fut suivi d'une nouvelle demande, et le 2 octobre 1692, il fut entendu que les députés, de l'Académie de Nîmes seraient admis à siéger au bout de la table (cf. Delacroix,. Hiit. de Fléchier, ch. xi).
3. « La première idée de fonder une Académie à Angers, dit M. Uzureau, revient a M. Gourreau ; elle fut accueillie avec empressement par MM. Grandet, Chariot, Pétrineau, Pocquet et Ménage, qui tous devinrent académiciens.
« Le 31 mai 1684. le corps de ville décide de solliciter l'établissement à Angers d'une Académie royale de belles-lettres et charge l'un des échevins, M. Pocquet de Livonnière, de faire des démarches auprès du « roi et de nos seigneurs de son conseil w^ avec l'aide de l'abbé Ménage. Cette première tentative ne réussit pas, et le placée dressé par M. Pocquet resta sans résultat. C'est M. Grandet qui, grâce à son amitiéavec le marquis de Chateauneuf et le comte d'Armagnac, obtint l'autorisation du roi et les lettres patentes. Elles furent accordées au mois de juin 1685 et enregistrées, au Parlement le 7 septembre suivant, en même temps que la liste des trente premiers académiciens et les statuts de l'Académie.
« Au mois de décembre 1685. M. Grandet écrivit au marquis de Chateauneuf pour lui exprimer le désir que l'Académie avait de voir l'intendant présider, au nom de Sa Majesté, l'inauguration de la nouvelle compagnie; le 12 du même mois, le roi donna ordre à M. de Nointel, intendant de la généralité de Tours, de le représenter en cette circonstance ». Les Académiciens jouissaient de tous les privilèges des membres del'Académie française, sauf le committimus. L'inauguration donna lieu à de grandes, fêtes publiques {Ancienne Acad. d'Angers, Séance d'inaug., 1" juill. 1686, Angers,. 1903,8», p. 8, n.letp. 13).
4. Le lundi 21 avril 1687, l'Académie française est avisée d'un projet d'Académie ^ Grenoble» qui ne semble pas avoir eu de suites.
5. Une première académie avaitété fondée à Cacn, par Moisant de Brieux en 1652^
Rapports de ces Académies avec l'Académie fkançaise. — A Avignon, TAcadémie des Emulateurs avait été composée pour» vaquer à la connoissance et s'appliquer à l'observation des règles du bien dire en diverses sortes de langues, principallement en la langue Françoise, et par ces conférences particulières establir des exercices qui pourroient contribuer à l'utilité du public*. » A Nîmes de même 2.
L'Académie de Moisant de Brieux, à Caen, avait aussi formé le dessein de donner « une partie de son temps aux propositions et résolutions des difficultés que chacun pourroit avoir trouvées dans les bons autheurs » et « à la lecture des ouvrages composés, soit par quelqu'un de la Compagnie, soit par quelqu'un du dehors n^. Partout, quoiqu'on eût d'autres préoccupations, groupes et corps reconnus entendaient devenir des foyers de beau langage. Le premier soin des Académies devait donc être de s'affilier plus ou moins officiellement à l'Académie française. 11 le fut en effet. Toutefois, s'il était facile, de loin et par lettre, d'entretenir des rapports excellents et d'échanger des marques de déférence, il était souvent malaisé d'entrer en relations très étroites.
D'abord l'Académie française faisait beaucoup de difficultés pour accorder l'affiliation. On le voit déjà dans les lettres embarrassées que Chapelain écrivait à M. le marquis de Perraut, « en Avignon », quand les Emulateurs pressaient l'Académie de les accueillir'*.
Plusieurs de ses amis se réunissaient tous les lundis chez le libraire Lebourçeois, pour y lire et y commenter la Gazette qui arrivait ce jour-là. Afin d'éviter le bruit que faisaient les allées et venues des autres acheteurs, Moisant de Brieux proposa à ses amis de se réunir chez lui. La liste des membres est fort brillante, puisqu'elle comprend Bochart, de Caillières, de Grenlemesnil, Huet, Halley, Ménage et Segrais. D'autres, sans avoir cette renommée, s'intéressaient vraiment aux lettres et avaient écrit, soit en latin, soit en français. Mais Moisant de Brieux mourut en 167 i, sans que son Académie eût été, semblc-t-il, officiellement reconnue. Il était protestant.
L*évêque d'.\vranches, Huet, avait formé une société rivale en 166i. (René Delorme. Essai sur la vie et les œuvres de Moisant de Brieux, dans les Mémoires de VAcad. de Caen, 1873, p. 67 et 380).
L'Académie se tint longtemps chez Segrais, puis elle fut reconnue par lettres patentes en janvier 1705 (Voir Corresp. admin. sous le règne de Louis XI V, IV, 636 et Foucault. Mem., éd. citée, 553).
1. Ms. de la Bib. de Grenoble, cité par M. Latreille, De Petro Boessatio, p. 75.
5. Voir les Lettres patentes, août 1682 : « ils ont cru qu'il étoit de leur honneur de joindre la pureté du langage François à la connoissance de l'ancienne histoire, et de parler le langage de notre cour, de même que leurs ancêtres parloicnt le langage de Rome. (Ménard, Hist... de ^Vismes, VI, Preuves, p. 132).