‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 54 sur 352 · ROLE DES ACADÉMIES DANS LA DIFFUSION DU BEAU LANGAGE · texte numérisé non relu

ROLE DES ACADÉMIES DANS LA DIFFUSION DU BEAU LANGAGE

Mais, en fait, le purisme n'était pas la passion dominante et exclusive des Académies de province. C'est peut-être à Caen qu'il fut le plus en honneur. Le créateur des réunions était Moisant de Brieux^ et quoiqu^il fût épris de choses qu'on dédaignait à Paris, au point d'écrire sur Torigine de façons de parler triviales, de s'occuper de patois et de proverbes, il était puriste dans l'âme. Il avait non seulement le goût, mais la soif du beau langage, questionnant sans cesse et s*informant des moindres détails de Tusage, ainsi qu'on le voit par sa correspondance avec Chapelain K Mais il pro* testa lui-même contre ceux qui se persuadèrent que sa réunion ne faisait' que chercher « les fleurètes de la Poésie, et du beau Langage'. » D'autre part on eût été fort embarrassé, même si on l'eût voulu, de composer des Académies de puristes. Voici les noms des membres de l'Académie de Boissons à la date du 23 décembre 1705 : Monseigneur l'Evêque de Soissons, de l'Académie Françoise, M. Delphaut, Premier Président au Présidial de Soissons, M. Guerin, ancien Avocat du Roi, M. du Hastrel de Préaux, Conseiller d'honneur, M. Berthemel, Avocat, M. l'Abbé Morant, Chanoine de Soissons, M. l'Abbé Bosquillon, M. l'Abbé de Héricourt, Ecolâtre, M. l'Abbé Robinaut, M. Morant, Avocat du Roi au Présidial, M. l'Abbé de Fleury, Chanoine de Soissons, M. Charré, Procureur du Roi^ M. le Picart, Receveur des Tailles, M. l'Abbé Delphaut, Chanoine d'Amiens, le P. Gaichiés^. Quelque goût que tous ces personnages pussent avoir pour la grammaire française, la Compagnie était et ne pouvait être que « députante et harangueuse. »

A Lyon, d'après une lettre de Brossette, on comptait sept membres en 1700 : M. Dugas, président au présidial, M. de Serres, Conseiller au présidial, M. Falconnet, médecin, le P. de Saint- Bonnet, jésuite, grand mathématicien, le P. Fellon^, autre jésuite, auteur de poèmes sur Taimant et le café, M. de Puget, « le premier Magné tiste du monde '^ » et Brossette ^. Cette « noblesse littéraire » estimait à sa valeur la pureté du langage, mais n'entendait pas en

do bel esprit; mais je ne crois pas qu'il suffise de la séparer en deux, et outre la congrégation des nobles et celle des artisans, il faudroit y mettre celle des ignorans, qui ne scroit pas la moins nombreuse ; et je vous dirois bien, si je Tosois, qui je mettrois A leur teste {Bull, du Com. hi$l. des Monuments écrits^ 1850, t. II, p. 64).

1. M. Tamizey de Larroquo a cependant négligé un certain nombre de lettres importantes qui mériteraient mieux qu'une analyse sommaire.

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