c, II
4. Le Catéchisme.,, translaté d'Allemand en François^ etc. Strasbourg, J.-J. Carolus, anno 1611, 12«. Sur ce volume très rare voir Adam et Emst, Kaiechetische Geschichte des Elsasses, Strasb., 1897, 138-9.
t>. Voir Reuss, o. c, II, 188-9. Plus tard, en 1667, le magistrat ayant autorisé deux fpères calvinistes, Ch. et Jean Ducloux, à ouvrir une école française, il y eut protestation du Convent (Id., t/)., II, 190, n. 3).
Cependant, malgré tous les scrupules de conscience, et Tétat politique et social du pays, moins favorable que certains autres à une dififusion rapide du français, dès la fi^i du xvi® siècle, mais surtout au commencement du xvu®, le goût de notre langue commença visiblement à se répandre dans les hautes classes. En 1607,1e magistrat compte des hommes qui possèdent le français, comme Boecklé ; en 1619, on reconnaît le même mérite à Peter Storck. Admettons que le compliment fût exagéré. Il en reste qu'il Ten tendait et pouvait lire une correspondance en cette langue ^
Les premiers maîtres et les premières écoles. — C'est à Strasbourg qu avait paru en 1598, la grammaire de Jean de Serres, de Baudonvilliers (Meuse), alors étudiant à TUniversité, plus tard docteur en médecine. En 1607, on y imprimait celle du Genevois Sam. Bernhard. Vers ce temps, Philippe Garnier y fut professeur. Il le dit dans Tépître dédicatoire de ses Prœcepta 2. A peine la grammaire de Bernhard eut-elle paru que Fauteur se vit dans la nécessité de la défendre contre celle de son rival. D'où une Censura grammatica apologetica^ opposita Ph, Garnerii Prœceptis gaU lici sermoniSy simul et calumniis [1601)^, C'est aussi à Strasbourg qu'un Allemand, D. Isaac Habrecht, ajouta une partie française au livre célèbre de Comenius^ en 1615.
Daniel Martin. — Mais, de tous les maîtres du temps, celui qui paraît avoir fait le plus de bruit, c'est Daniel Martin, un huguenot sedanais, né vers 1594, qui pendant quatre ans avait cherché fortune en qualité de maître de français dans les villes du nord de rAllemagne, Lubeck, Hambourg, etc. ^. A-t-il été admis à l'Université ? En tous cas, en 1627, il s'intitule « Le Maistre en langue françoise de la très célèbre Université de Strasbourg » [Franz.u^
1. Le 18 avril 1607, de Flavi^y, agent de la République de Strasbourg à Metz, écrit à Boecklé, stettmeister : <• M% il n'est jà besoin que vous vous exerciez davantage en la langue françoise, vos précédentes, et celle qu'il vous a pieu comettre à ce porteur.^ monstrent assés que vous y avez une habitude » (de Bouteiller et E. Hepp, Corr. polit, adr. au mag. de Slrasb. par $e$ agents à Metx, Paris, Berg. Lev., 1882, p. 17).
Cf. p. 178. Flavigny écrit de Metz le 22 oct. 1619 à Peter Storck; « Pour ce qui est de vostre escripture et cognoissance de la langue françoise, je la veois fort entière et nette, et comprens fort bien ce qu'il vous a pieu m'escrire par la vostre du 4 du présent à vostre style. Mais si vous aimez mieux m'escrire en allemand, comme faisoient feux messeigncurs les St&tmeister B6cklé et de Brûnbach, je le laisse à vostre option...
3. C'était probablement en Tannée 1606, puisqu'on 1607, il était à Giessen, et qu'en 1618, il parle de douze ans d'enseignement. Ph. Garnerii, Prœcepta gallici fermofiis, 2* éd., Strasbourg, 2^tzner, 1618.
3. Hitler, dans le Bull, de la Soc. de VHUt, du Prol., 1897, 359.
4. Sur la bibliographie de ses ouvrages, voir Stengel, o. c.,n* 39.
ii8 HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE
Teuische SprichwÔrter, 2® éd., Strasbourg, TypisRichelianis). Spalt, nous le verrons, se parait du même titre, peut-être sans plus de droit.
L'organisation d'une école française au commencement du xvn® siècle. — L'école de Martin fut ouverte en 1616, rue du Dôme *. Nous avons, grâce à un manuel de conversation qui y était en usage, des renseignements très précieux sur la façon dont elle était organisée.
Voici un dialogue, visiblement pris sur le vif : « Du maistre d'Escole. Où allez-vous?... — Je vais à Tescole Françoise. — Où la tient on?. . . — En la rue du Monstier. — En quel endroit ? — loignant le boulanger, du costé du Monstier ou vers la grande Eglise.
— Que donne-on par mois?... — On donne seize schillings ou vn risdale, ou bien quatre schillings par semaine. — Combien de fois y va-on le jour? — Deux fois, en payant seize schillings : ou vne fois seulement en donnant douze schillings. — Quelles sont les heures que Ton y va? — Le mati^ on y est de dix heures iusques à onze : et Tapres-disnée de trois iusques à quatre. — Sçavez-vous bien pourquoy le maistre a choisi ces heures plutost que d'autres ?
— Ouy, c'est à fin que les escoliers de classe y puissent aller sans empeschement en leur estude latine : car en s'en allant de leur régent ils vont tout droict à leur maistre de langue. — Qu'apprendon en cette escole outre la lecture Françoise? — On apprend à* parler et aussi à escrire, qui veut : et mesme ceux qui ne sont pas paresseux, ne se contentent pas de sçauoir peindre les lettres Françoises, comme on les escrit avec la plume: mais s'exercent deux fois la semaine à composer des thèmes François. — Qu'est-ce que vous entendez par cela ? — Fentends que le maistre dicte le Mercredi et le Samedi quelques lignes en AUemend, qu'ils tournent en François, la correction desquels fait insensiblement apprendre la syntaxe Françoise, exerce et empesche d'oublier la déclinaison des noms, et la conjugaison des verbes » 2,
De tous ces détails, le plus important est sans conteste celui-ci. L'école n'est pas officielle, mais l'horaire est combiné de telle
1. Le Privilège de sa Grammaire j daté de 1621, dit qu'il enseigne à Strasbourg depuis 5 ans. Cf. le Privâlëge de son Favas. Et dans la Préface du Parlement noaveau de 1637, les éditeurs annoncent que la mort l'a empêché de cornger les épreuves.
2. Parlem. tiouu., éd. de 16B0, p. 10. La première éd. de Martin est tle 1637. Le seul exemplaire connu appartenait à la Bib. Reiber, et a été vendu récemment (Nerlinger, Rev. d'Ali., 1897, p. 81, n« 1). Elle a été rééditée par M. Nerlinger dans la Revae d'AUace, 1897, 1898, 1899.
11 faut igouter que le livre fut classique en Alsace pendant tout le xvii* siècle, et que Sibour le remaniait encore en 1676 (Stengel, o. c, n" 153, p. 53, n. 1).
UN EXEMPLE. LE FRANÇAIS EN ALSACE AVANT l' ANNEXION 119
sorte qu'un étudiant puisse en suivre les exercices dans l'intervalle des classes latines, à l'heure des (( arts d'agrément^ ».
La QUERELLE DE MaRTIN AVEC SpALT. DOCUMENTS QU'eLLE FOURNIT. —
Des élèves qui fréquentaient l'école de Martin ou l'école rivale de Spalt nous ne saurions rien, sans qu'il éclata entre les deux maîtres une de ces querelles homériques que Nisard eût pu raconter dans ses Gladiateurs des Lettres^. Pour appuyer leurs dires et montrer Texcellence de leur science, les deux adversaires apportent tous
1. Sur Daniel Martin, on pourra consulter aussi, outre le travail de M. Zwilling, les notes de M. Ernest Martin, Beitrœge iur EUaessUchen Philologie^ dans le Jàhrbuch du Club Vosgien, vol. XIII. Cf. Revue (TAU,, 1899, p. 221. Il résulte de ces recherches que Daniel Martin obtint le droit de bourgeoisie le 21 décembre
Dans son Favus linguse gallicsey 1622, p. 5, Martin exhorte les Alsaciens à apprendre le français : « Ce livret servira de phanal et de boussole à ceux qui, pour parvenir aux charges et aux honneurs, s'embarquent sur l'Océan finançais, car pour rheure c'est la route la plus commune, ce chemin est le plus battu. »
2. C'est sur l'indication du Catalogue.de Stengel que j'ai eu l'idée d'aller consulter  Darmstadt les curieux volumes de la Bibliothèque grand'ducale où ont été reliés les divers pamphlets (C. 1242). Il n'entre pas dans mon plan de raconter les phases de la bataille. Rien ne la faisait prévoir dans les Colloques publiés par Dan. Martin en 1617. Spalt était là cependant. Mais cinq ans après, Martin imprime son Favus prsecepiorum (Stengel, n« 65) avec un privilège du Magistrat. La préface qu'il y a mise est très combative. Toutefois elle ne nomme personne. En 1623, Spalt à son tour donne chez Paul Ledertz sa grammaire (Stengel, n» 68) sans privilège. On n'y trouve •aucune préface. En revanche le titre même était un défi : Gr. gallica ostcndens 1. g. fundamenta, Quîb St. Sp. longo usu observata partim ex aliis Grammaticis excerpta, in variis Academiis Galliœ, octennium vero nunc est, quo in laudatissima Argentinensium Universitate docuit, et deinceps, divino annuente numine, docebit. » La même année, il paraît de lui une Deslructio favi, Vindiciœ etc. (Stengel, p. 96, o. c, n. 1), livre auquel vient s'ajouter en 1624 un « Appendix vindiciarum. Martin distribuaitil sous le manteau quelque édition revue de ses accusations? En tous cas le titre de V Appendix l'en accuse :... Sive responsio Steph. Spalt ad falso nuncupalam apologeticam responsionem Danielis Martini, ... Qua in favo primum sparsa convitia anno 1622, jam secundùm impressa clam linguarum studiosis obtrudit.
Le livre ne porte pas de nom de libraire, mais la marque est la môme que celle de la Grammatica Gallica. La date est : Cal. Febr. anno XXIV.
Martin, furieux, riposte par sa Vindicalio linguse gallicœ. Le titre donné par Stengel doit être ainsi complété : « Seu index erroneorum dogmatum quœ tyrunculus sciolus in alios linguœ Gallicœ studiosos transfundere conatur. »
L'auteur a paginé à la suite, donc publié en même temps une Responsiuncula Ad Slephani Spalt Appendicem Vindiciarum.
Spalt revint immédiatement à la charge avec une Mastinomatrix (Stengel, ib.).
Le débat paraît s'être alors un peu assoupi. Mais en 1626 parut (Idus Julii) une nouvelle édition de la Grammatica Gallica (J. Philippi Sartorii) toujours avec le titre insolent : « bis tanto in P. Argent. Universitate spatio felici successu docuit at deinceps docebit. » La Préface résume toute la querelle avec Martin ; après la proraièrc partie, vrai traité de phonétique descriptive, vient une seconde, datéedesCal. d'Avril 1627. En réponse, Martin lança, toujours chez Zetzner, un Compendium favi (20 juillet 1627). Spalt répliqua encore par un Appendix Maslinomastigis... (8 des Cal. d'Oct.). C'est le dernier écho qui nous soit parvenu de cette lutte, qui fut Àprc, mais servit singulièrement les intérêts de la grammaire française à Strasbourg, en obligeant les deux adversaires à surveiller, à corriger et à perfectionner leur doctrine et sans doute leur enseignement.
les arguments qu'ils peuvent, Tun allègue son origine, l'autre se», études. Martin est français et a lu les textes \ Spalt est étranger^ mais il a plus de méthode. Ils arguent d'autre chose encore, c'est du grand nombre de leurs étudiants. Déjà dans les Colloques français de Daniel Martin (1617) figurait une liste de noms d'élèves, auxquels le livre était dédié ^. Kn 1619, ilénumère^: 1® Fred. de Stein de Reichenstein, 2** Jacques Bock d'Erlenburg, Jacques Sigismund d'Endingen, Jean Reinhard Voltz, eqq. Als. ; — 3® Georges- Adam Frûwiirth, Balthasar Schônberger de Steinfeld, eqq. Austr. ; — 4° Theoph. et Theod. de Polentz, eqq. Borruss. En outre Vitus Philippus Pfandt de Nuremberg, J. Renard Storck de Strasbourg,. Jean Steinwich de Hambourg, Jean Wedemhoff de Lûbeck.
Ses Proverbes * sont « dédiez à Très nobles et généreux Cavalliers, Messieurs Burckard et François Rantzow, gentilshommes de- Holsace, et à Christophe Henry, Jean Joachim Mûffling, frères gentilshommes de Franconie.» Son Favus prœceptorum est exclusivement dédié à des Danois^.
Spalt qui entendait ne pas demeurer en reste avec son rival a fait de son côté de longues listes. Nous ignorons malheureusement s'il s'agissait ou non d'Alsaciens ^, Nous sommes un peu plus renseignés sur d'autres jeunes gens, dont il rapporte les noms dans se& Grammaticae Gallicœ fundamenta (1626) '^.
1. On sera sans doute curieux de savoir quels sont' les 23 textes sur le dépouillement desquels il appuie ses règles. Les voici, tels qu'ils sont indiqués en tête du Favus : P. Matthieu, historiens regius ; Jean de Serres, historicus ; Le Mercure françois, historicus ; Fr. de Rossel, in Historiis des Amans volages ; Honoré d'Urfé, in mellifluA suâ Astrée ;Le président du Vair ; Amyot, in Plularcho ; Le sgr de la Noue,, en ses discours Politiques; De Montagne en ses Essais ; Philippes deComines; Philip, de Marnix, en son tableau des difîerens ; Le seigneur des Accords ; Rabelais.
PoBT*. Le sei^^'neurdu Bartas ; Ronsard; Des-Portes ; Belleau; Bellay; Le sieur de Trellon, en son Cavallier parfait; Le Cabinet des vers satyriques ; Régnier; Gamier, in suis tragœdiis, non verô Philippus Garnerius, Aurelianensis, Gallus (allusion au grammairien concurrent, qui publiait aussi chez Zetzner, à Strasbourg, et dont nous parlons plus haut), Clément Marot.
3. G. Prideric d'Arlzatt, Jean Conrad d'Otterodly Christophe Adam de Zedtwitz. Jean Teyling, J. Bernhard GôLer de ilatcnspurflr, Wolffgang Phil. de Brombach, Jean Jacob Hartpronner, J.-Louys MuUer, J.-Paul Dresel, Conrad Guillaume Brandi^ J. Jacob SchuUheiss, Jean Gepp, Jean George Gepp, André Schôll. Les noms soulignés le sont dans le livre.