Arch. de S. Thomas^ dans Reuss, o. c, II, 190, n
4. Bett. Strauss, o. c, p. 15. L'auteur rappelle que les registres du xvii* sièole portent déjà les noms de presque toutes les familles patriciennes Francfortoiscs, des Holzhauscn, UfTenbach, Glauburg, Lersner, Stalburg, SeifTart v. Klettenben^, à côte de ceux de nombreux bour^^eois, luthériens et calvinistes. Cf. Die allen Malrikeln der UniversUœl Slrussburg. 1621-1793, par Oust. C. Knod, Strasbour^^, 189*7.
cepteurs strasbourgeois forts en latin, mais surtout sachant bien le français K
11 est donc bien vraisemblable que, si en 1621, les scholarques refusèrent de créer une chaire de français à TUniversitë, « c'est que déjà les embarras financiers de la petite République étaient grands et que la création paraissait inutile, parce que, dans cette ville à demi française, on trouvait partout des occasions commodes d'apprendre cette langue -, »
Est-il vrai que quelques années plus tard, en 1623, un cours de français ait été introduit à l'Université ? Etienne Spalt se vante en tous cas, nous l'avons dit, d'avoir été agréé à l'Université. Il intitule sa Grammaire : Grammatica Gallica oslendens Linguœ Fundamenta, quœ Steph, Spalt in laudalissima Argentinensium Universitate docuit et deinceps docebit. Néanmoins je doute fort qu'il eût obtenu une nomination régulière. De toutes façons, Tessaine fut pas suivi. Le français, comme l'allemand du reste, demeura exclu de renseignement officiel, tout latin, à Strasbourg aussi bien qu'ailleurs 3.
Les voyages en France. — Les gens de noble et riche famille avaient d'autres moyens de l'apprendre. Pendant que des Allemands venaient chez eux, ils allaient, eux, en pays de langue française. « Dans leur jeunesse, dit Reuss, nous voyons les princes et comtes (alsaciens) voyager pendant plusieurs années pour se former aux belles manières et pour acquérir une teinture des langues étrangères et des beaux-arts. Ils visitent avec leurs pédagogues et quelque gentilhomme de confiance Paris et les Universités de la France méridionale, vont ensuite en Italie admirer les chefsd'œuvre antiques et modernes, reviennent par Genève et parfois se rendent encore de là aux Pays-Bas, plus rarement en Angleterre*. »
1. Rcuss, o. c, II, 195. licite une lettre d*un pn^dicateur de Stuttgart, Valentin Andréac, âson ami, Samuel Gloner, de Strasbourg, 1631 (Gloneri Epislola, ms. des Arch. de S.-Thomas). Un parent de J. Ph. Bôcklé désirait « estre receu en la citadelle (de Metz) pour apprendre la langue françoise et porter les armes en bon soldat » (De Bouteill et Hepp, Corr. àu mng, de StrMb., 25).
2. Id., ib.j 189-190 et n. 4. D'après une lettre du professeur Math. Bemegger du 1*' mai 1625.
3. A Bischwiller, où était établie depuis 1618 une colonie importante de drapiers, calvinistes d*origine française, il y avait naturellement un maître de français (Schickler, o. c, 21 et Reuss, o. c, II, 191). Nous en retrouvons un en 1650, nommé Jean Bourguignon et venu de Courcellcs près Metz. Mais il enseigne à des huguenots immigrés (Id., i7)., II, 393).
i. Il existe, ajoute Heuss (o. c, II, 8 et n. 1), aux Archives de la Ilaule-Alsace (E 723), un très intéressant dossier, qui mériterait d'être public in extenso. Ce sont les lettres du magistcr Ilaendel écrites au vieil Everard de Ribeaupierrc, pendant qu*il voyageait en France avec les deux fils de ce seigneur (161 4161 5).
Quelques-uns arrivaient à parler notre langue aussi bien que la leur. Mais il est probable que ceux-là étaient peu nombreux, puisqu'on les cite ^ Le plus grand nombre en prenaient seulement une teinture .
De la noblesse, ce goût s'étendit à des familles de la haute bourgeoisie. « Dès la fin du xvi*^ et surtout au xvii*^ siècle, dit encore Reuss, nous voyons un grand nombre de jeunes Alsaciens de bonne famille, après avoir étudié théoriquement le français chez eux, faire le tour de France ou de Suisse pour apprendre à s'en servir. On relèverait ce détail dans presque toutes les oraisons funèbres, Epicedia latins et notices académiques publiées alors au décès d'un citoyen marquant ou dans les autobiographies de ces personnages euxmêmes. Jonas Walch, de Turckheim, obristmeistre à Colmar, né en 1588, y apprend le français comme enfant; Mathias GoU, stettmeistre de la même ville, né en 1576, est envoyé à Metz à 15 ans, pour y acquérir cette connaissance indispensable. Ambroise Richshoffer est envoyé, dans ce but, en 1627, chez le correspondant paternel. Moïse Grandidier, à Sedan, avant de s'enrôler dans les troupes hollandaises au Brésil. «... « Quelquefois ce sont de véritables enfants qu'on expatrie pour leur permettre d'acquérir plus rapidement l'idiome étranger. Tobie Staedel, né en 1590, est envoyé en France à l'âge de quinze ans ; Jean-Léonard Frœreisen , né en 1629, part à 10 ans pour Metz 2. » Les familles moins aisées pratiquaient l'échange. Le médecin Isaac Habrecht, dans sa Janua linguarum bilinguis (Traduction de Comenius, Strasbourg, 1629), vante l'utilité de l'usage du « troc », qui permet d'apprendre le français à fond et sans peine en deux ans « undofftanders darneben » ^, c'est-à-dire quelque chose à côté, qui ne coûte point de peine.
De ce quelque chose faisait partie la science française, et la littérature, qui commençaient à compter. Parmi les hommes de science Alsaciens, quelques-uns se prirent dès lors à considérer notre langue
1. Dans Toraison funèbre de cet Everard de Ribeaupierre, dont nous venons de parler, le pasteur Sclbmann affirme qu'il parlait le français aussi bien que Tallemand (Reuss, o. c, II, 187).