‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 75 sur 352 · là.,ib · texte numérisé non relu

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3. p. 21 . « Cette opération du a troc » (d'enfants), qui se pratiquait encore en Alsace à la fin du siècle dernier, reposait sur cette vérité économique élémentaire que là où il y a de quoi nourrir quatre bouches, on en peut toujours rassasier une cinquième. Il n*y avait donc guère d'autres frnis à couvrir que celui du déplacement des garçons ou des jeunes filles qu'on dirigeait sur un centre plus considérable de coreligionnaires; les protestants allaient à Mon tbéliard, Genève, Sedan, Metz, etc., ou seulement dans une des petites enclaves du territoire transvosgien, comme la principauté de Salm ; les catholiques se rendaient de préférence à Metr, Nancy, Besançon, Belfort, Saint-Dié, Senones et autres lieux (Reuss, o. c, II, 195).

comme un instrument d'étude. En 1642, le professeur en médecine^ Melchior Sebiz, recteur de TUniversité de Strasbourg, répétait avec insistance « qu'on ne saurait se passer de la connaissance du français ^ ». Reuss cite en outre ce fait, que J. Wencker, archiviste dela ville et historien, se faisait expédier en 1646 par le secrétaire de la ville, Gaspard Bernegger, tout ce qui avait été publié de plusrécent sur l'histoire de France, les livres de Scipion Dupleix, de Mézeray, d'André Duchesne, etc. Il demandait jusqu'aux pamphlets échangés entre les docteurs de la Sorbonne et les RR. PP. Jésuites, ainsi que les brochures politiques du jour 2.

La séduction française. Protestations. — Les jeunes filles, ellesaussi, et ce fait achève de caractériser le mouvement, lisaient volontiers des livres français, on le leur reprochait vivement : « Il y en a beaucoup, dit l'auteur de Teutscher Sprachc Ehrenkrantz (Strasbourg, 1644, in-18°, p. 303) qui ont dans leur chambre de beaux volumes dorés sur tranche et recouverts de velours ou de maroquin; on pourrait croire, en les voyant, que c'est V École des catéchismes ^ le Psautier, la Sapience^ le Jardin du Paradis, le Véritable christianisme d'Avnd, etc., mais, quand on les ouvre, on voit que c'est VAmadisy YAstrée, Diane de Montemajor, le Chevalier PontuSy Mclusine, la Prison de V Amour, et autres livres pareils 3. »

« Lors que les jeunes gens, disent les Mémoires de deux voyages^ partent de leur païs, on peut dire que ce ne sont que de belles statues; ils paraissent décontenancés comme s'ils ne savaient où mettre leurs bras. Mais quand ils ont roulé quatre ou cinq ans dansles cours étrangères, et surtout en France, où ils apprennent d'ordinaire leurs exercices, comme ils sont la plupart grands et bien faits, leur corps étant dressé par d'habiles maîtres à la dance, aux armes et à monter à cheval, et leur esprit orné de la connaissance des langues... ce sont des hommes accomplis. » Et dès lors Tidée se généralisait. « Quelque bonnes qualités qu'ait un gentilhomme qui n'a pas vu le monde, » on dira toujours de lui : « Quel dommage que ce gentilhomme n'ait pas été à Paris ! » C'est pourquoi « les pères de famille les moins accommodés mettent chaque année quelque somme en réserve pour fournir aux frais de voïage de leurs enfants, afin qu'ils le fassent d'une façon utile et honorable ^. »

La France avait le secret de plaire, et elle arrivait à séduire les

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