CALVIN ET SON ÉGLISE U
apprenaient à lire en français aussi, chose qui n'avait pas lieu dans les collèges de France ^ Le 12 mai 165i on ordonnera « qu'en plus hautes classes ils feront parler latin leurs Escoliers..., les régents des basses classes feront parler françois les leurs et empescheront qu'ils ne parlent savoyard et ne jurent et diabloyent ».
Divers autres indices font voir que, depuis les origines, si le latin tenait une place prépondérante dans l'Académie, la langue française n'y était pas proscrite avec la même rigueur que dans nos collèges. Sans cela comment eût-on donné connaissance des règlements de l'institution en français du haut de la chaire, et pourquoi les eût-on publiés dans les deux langues? C'était de la propagande, je le veux bien, mais pas la propagande d'une maison rigoureusement close au français.
11 ne faut pas oublier que le second fondateur de l'Académie fut ce Théodore de Bèze, qui ne mourut qu'en 1605 etqui fut le premier de nos phonéticiens. Mettons que son œuvre de grammairien français ne fût qu'un accessoire, un délassement, tant il y a qu'il n'avait pas honte de s'appliquer à maintenir la bonne tradition de la prononciation française, ni de l'enseigner à des élèves étrangers^.
Genève devient un des centres d'études françaises. — On connaît quelques-uns des grands seigneurs étrangers qui sont venus étudier à Genève. Borgeaud cite « les princes de Palatinat, ducs de Bavière, les margraves de Brandebourg, ducs de Prusse, les ducs de Saxe, les ducs de Wurtemberg, les landgraves de Hesse, les margraves de Bade, les princes d'Anhalt, les comtes de Nassau, qui furent les hôtes en quelque sorte héréditaires de la République » ^ C'est pour cette clientèle que fut composée une des premières grammaires françaises, celle de Jean Garnier, dont la première édition parut à
4. Voir Gh. Borgeaud, Hist. de l'Université de Genève, p. 48. A Bàle, la langue indigène était proscrite du Collège d'iirasme. On n'y parlait que latin (Petitpierre, o. c, p. 35).
5. Voir De francicœ linguse recta pronunciatione. Genève, Eust. Vignon, 1384, et la réimpression de Toblcr, Berlin et Paris, 4868. L'opuscule est dédié à un seigneur moravc, Charles «baroni a Zerotin,Namcstii, Rosicii »... L'auteur dans sa préface s'excuse sur le vif désir qu'a eu son élève d'apprendre le français, et qui le pousse à entreprendre un voyage en France. On y lit la phrase suivante: Prœbuit... mihi argumentum tua in Franciam suscepta profectio, cujus occasione cum multa mihi a multis jam annis de Francico idiomate meditata in mentem venissent, et te cognoscendœ quoque illius linguae summo teneri desiderio animadvertissem : hisce feriis vindemialibus illa tibi et allis aliquot nobilibus Germanis privatim exposui... Quod si quis erit qui scriptiunculam istain utneque professioni nequc personae meae convenientem reprehendat, illum cogitare velim, aliud esse, animi gratia nonnihil exspatiari, quam extra viam aberrare. Et praeterquam quod in homine Franco probandum etiam videtur ruentis Francicae linguae fulciendae studiuna... (p. 5).