‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 109 sur 595 · Voir Reynold, Bridel, pp. 62 et suiv · texte numérisé non relu

Voir Reynold, Bridel, pp. 62 et suiv

2. « C'est aux Réfugiés que l'on doit ces plantations de mûriers blancs que l'on rencontre dans nos cantons romans. Brutel de la Rivière, de Montpellier, reçut de leurs Excellences de Berne un cliamp dont il fit une plantation de cet arbre nécessaire à l'élevage du ver à soie. Dès lors, on commença à fabriquer des soieries à Berne ; les français Daulun et Jonquières livraient des produits qui pouvaient faire une concurrence sérieuse à ceux de Lyon » (Vulliety, La Suisse à travers les Ages, pp. 413 et suiv.).

3. E. Combe, o. c, pp. 146 et suiv., a donné des détails très circonstanciés sur les métiers où les Réfugiés se sont distingués.

4. « Petitot, fils d'un Réfugié naturalisé, fut peintre à la cour de Charles I", puis, après la Révolution d'Angleterre, il passa k Paris avec un autre genevois, Henri Bordier, qui devint son beau-frère. Les deux artistes travaillèrent ensemble, leurs œuvres eurent le don de plaire à Louis XIV; la Révocation de l'Édit de Nantes les ramènera^ à Genève » (Vulliety, La Suisse à travers les Ages, p. 418; cf. E. Combe, o. c, pp. 136 et suiv.).

Il faudrait avoir des détails que nous n'avons pas sur la répartition des gens de condition plus humble, sur leurs établissements, pour le dire en un mot, sur leur vie, si l'on voulait apprécier dans quelle mesure leur présence put influer sur l'usage linguistique des pays qu'ils habitèrent*.

Patois contre patois font le jeu du français. — 11 ne faut pas oublier qu'à un patois un grand nombre d'entre eux en opposaient un autre. Des gens de langue d'oc authentique ne comprenaient pas les Suisses, leurs demi-frères d'idiome franco-provençal, nous dit-on, et le Doyen Bridel va jusqu'à prétendre que cette incompréhension mutuelle fit mal voir les nouveaux-venus dans le pays de Vaud-, et que, s'ils avaient su le français, les répugnances eussent peut-être été moindres.

Imperfections. — D'autre part ceux des Huguenots qui parlaient le français le savaient-ils assez bien pour faire envie aux Suisses, les convertir à la correction, et les aider à l'acquérir? On nous l'a dit ; mais, à lire les affirmations qu'on nous apporte, nous avons l'impression qu'il s'agit moins de faits constatés et d'informations vérifiées que de présomptions et de raisonnements^.

Voici par exemple un passage du livre d'E. Combe (p. 275): « La langue qu'on parlait dans les villes suisses du pied du Jura, on a pu en juger par celle de Crousaz, avait grand besoin d'être assouplie et déniaisée. Les réfugiés français lui rendirent ce service... Dès l'année 1703, les officiers publics de Genève reçurent ordre de rédiger en bon français les avis qu'ils avaient publiés jusqu'alors dans un style rempli d'expressions empruntées au patois ».

Il serait bien surprenant qu'en vingt ans les Huguenots, même s'ils avaient été eux-mêmes des Français de France et des puristes, eussent pu répandre autour d'eux pareil amour de la langue correcte, et que ce goût eût pu gagner des magistrats, en général hommes d'âge, au point de leur inspirer le souci d'imposer à leurs suppôts et agents de ville une sévère revision du style administratif, partout rebelle à toutes les élégances. Je ne vois pas les barbons

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