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Histoire de la langue française. VIII. 1
tel qu'on en demanda plus d'une répétition. Le bruit s'en répandit chez les Turcs, dont plusieurs voulurent être les spectateurs. On dit même qu'ils eurent assez d'indulgence pour leurs femmes, pour leur donner part à ce plaisir...
« Les Anglois souhaitèrent qu'on représentât aussi chez eux. Le Consul fit faire un théâtre magnifique dans sa maison. Nous y représentâmes des pièces Francoises et italiennes » \
Ce n'est là qu'un accident sans suite. Mais cet attrait exercé jusque sur les femmes turques n'est-il pas annonciateur? Elles ne comprennent pas; cependant elles veulent voir. Et les curiosités une fois éveillées ne devaient plus s'apaiser sans que notre langue eût part aux révélations que les Occidentaux apportaient.
Il parait bien que là, comme dans toute la Méditerranée, les Italiens aient servi d'intermédiaires. En 1705, conte Forbin, « j'allai mouiller à l'île de Candie, dans la rade de la Suda... J'allai visiter le noble Vénitien qui commandoit dans cette place : il s'appeloit signor Marcello; il étoit homme d'esprit et parloit fort-bien français. J'en fus reçu très-civilement. La conversation roula principalement sur ce que j'avois opéré dans le golfe »^. En tous cas, en 1721, Said Effendi intéressa la badauderie parisienne par la pureté avec laquelle il parlait français ^
On a plusieurs fois noté, dès le xviii* siècle, que la paix de Kaïnardji (1774) entre les Russes et les Turcs fut publiée en français par les soins de Catherine II. Mais ce fait, si exact qu'il soit, ne prouve pas que les négociateurs se soient servis de notre langue. En publiant le traité en français, l'impératrice le notifiait au monde. Intéressante par d'autres côtés, la chose est sans valeur pour celui qui considère l'expansion de notre langue dans l'Orient.