‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 111 sur 595 · UN NOUVEAU FACTEUR DE FRANCISATION · texte numérisé non relu

UN NOUVEAU FACTEUR DE FRANCISATION

de l'administration genevoise acquiesçant aux exigences de Bélise. En réalité, comme nous l'avons marqué plus haut, d'année en année le patois reculait et on le traquait, sans que les Huguenots eussent une part essentielle dans cette francisation, nécessaire à Genève pour qu'elle pût jouer son rôle de métropole religieuse.

Au reste, nous avons sur cette question un témoignage et un témoignage d'une grande valeur, puisque l'auteur, après avoir donné des leçons particulières, fut attaché au Collège de Genève, et qu'il a pu par conséquent observer, que d'autre part ses études l'avaient préparé à juger avec compétence des faits de langue. Ce témoignage, c'est celui de Poulain de la Barre'. « 11 y a, dit-il, sujet de s'étonner que dans une ville qui est sur les frontières les plus reculées de la France, où il y a toujours un assez bon nombre d'étrangers et au milieu d'une contrée où le patois est fort grossier et fort éloigné de la langue française, on ne laisse pas d'y parler et d'y prononcer incomparablement mieux que l'on ne fait en plusieurs provinces de France. Il est vrai que les Genevois traînent un peu en parlant, mais il est vrai aussi que cette petite lenteur approche plus du juste milieu de la bonne prononciation que l'extrémité opposée, et qu'elle ne se remarque guère que dans les femmes et dans ceux qui ne sont point sortis de Genève. Car pour ce qui est des magistrats, des gens de lettres et des marchands, comme ils ont presque tous voyagé, on voit qu'ils prononcent le français comme les personnes de leur sorte prononcent à Paris » ".

Les protestants de marque. Leur rôle. — Les réserves qui précèdent une fois faites, il serait injuste de ne pas reconnaître qu'un certain nombre de Français réfugiés jouèrent en Suisse romande un rôle distingué. Tanneguy-Lefèvre, tils du philologue de Saumur et frère de M""' Dacier, devint recteur de ce même collège de Neuchâtel, où Mathurin Cordier avait enseigné au xvi* siècle. Un autre Neuchâtelois d'adoption fut le savant Louis Bourguet, deNimes, qui, autour de sa chaire de philosophie et de mathématiques, créa un véritable foyer d'études. Parmi ses amis figurait le médecin Garcin, l'introducteur de l'hydrothérapie^; Jean Barbeyrac, arrivé tout jeune à Lausanne, qui y obtint en 1710 la chaire de droit et d'his-

1. Il était né catholique. En 1697, amené par la philosophie de Descartes au protestantisme, il se réfugia à Genève où il fut attaché à l'Ecole latine, d'abord en qualité de professeur de langue française, puis de régent de seconde. Il avait publié à Paris des études sur les rapports du français et du latin (1672, in-12). On lui a attribué un recueil intitulé Catalogue des mauvais termes communs au peuple de Genève.

2. Van Muyden, Hist. Je la Nation Suisse, p. 413. Si ces lignes ne sont pas de lui, elles sont du moins d'un homme informé.

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