‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 113 sur 595 · UN NOUVEAU FACTEUR DE FRANCISATION · texte numérisé non relu

UN NOUVEAU FACTEUR DE FRANCISATION

Gains sur les patois romands. — En 1668, la « Vénérable Compagnie des Pasteurs » interdit aux enfants qui suivaient l'enseignement religieux de s'exprimer en savoyard. « Les Régents du Collège étant assignés pour les censures, a été trouvé bon... de leur dire en général qu'aux basses classes ils tiennent main que les enfants parlent françois et non savoyard ».

Je considère qu'à partir de celte époque Genève est conquise au français'. Notre langue, dont au xv" siècle, on ne se servait que comme langue de chancellerie", y était devenue la langue officielle. En parlant patois, on se serait fait moquer.

Ceci ne veut pas dire bien entendu que le français fût usité exclusivement par le peuple. Il semble, au contraire, que la pénétration a été très lente. Genève était avoisinée par des localités qui n'avaient d'autre langage que leur parler savoyard^.

Les témoignages malheureusement manquent de précision. Quand Sinner dira simplement : « Les Genevois sont François de langage et leur ressemblent par le tour d'esprit » *, de qui parlerat-il exactement? Rousseau raconte, dans les Confessions, que son cousin Bernard était surnommé Barna Bredanna'' (1724). Les gamins jouaient donc encore en patois. Genève se trouvait vraisemblablement dans la même situation linguistique qu'une petite ville française.

Est-ce à partir de cette époque que se précipita la victoire du français à Fribourg et dans le Valais?^ J'avoue que je n'ai pas d'information sur ce point.

Le Refuge en pats alémanique. — Depuis longtemps, dans les cantons allemands, les gens qui avaient quelque culture s'étaient mis à apprendre le français, Pellisson, en 1681, raconte dans ses

■1 . Le Registre du Conseil porte à la date du 28 sept. : Ordonne aux huissiers de l'Audience de faire à l'avenir leurs publications en français et non pas en langue paloise (Ritter, Rech. pat. Gen.. p. 22).

2. On trouve des actes en français depuis \'tli (Reynold, Mél. Lanson, p. 491, n. 3).

3. Dans la préface de la Conspiration de Compesicres, Philippe Plan a esquisse l'histoire de la disparition du patois à Genève (cf. Ritter, Rcch. pal. Gen.). Sur ce poème en patois savovard, voir Jeanjaquet, Biblio(jr. ling., n" 786.

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