Adam Neale, Voyage en Moldavie, t. 11, p
dans ses hautes fonctions de rendre service aux Français qu'il rencontrait dans l'Orient », qui « parlait et écrivait le français comme sa langue maternelle », ce fut Handjeri ou Hangherliu, chez qui le français était devenu la langue de toute la famille, celle dont le prince se servait avec ses enfants'. Comment cette langue ne se serait-elle pas imposée dans les salons, où, de même que dans tous les autres pays, on s'appliquait à imiter la Cour de Versailles ? A qui mieux mieux, les boyars font enseigner le français à leurs enfants, pour que leur éducation ressemble à celle qu'on donnait aux jeunes princes^.
Une seconde raison venait s'ajouter à celle-ci : Pour acquérir le trône, soit en Moldavie, soit en Valachie, il fallait savoir le turc, langue que le prince régnant faisait enseigner à ses enfants, mais qu'il interdisait aux fils des boyars d'apprendre, avant de s'être perfectionnés en grec et en français. Force était donc aux jeunes gens de se hâter de connaître ces deux langues pour obtenir l'autorisation de se mettre au turc. C'est pourquoi les professeurs de français étaient très recherchés ; certains, comme La Roche, gagnaient 26000 livres par an^, ou comme Cado, de Lille, se faisaient 3 000 livres par mois^ à courir le cachet. Des Grecs et aussi des Allemands s'ingéniaient à enseigner une langue qui rapportait autant, quoiqu'ils la connussent souvent mal. Laurençon reproche vivement aux parents de se laisser duper par ces aventuriers du professorat '.
Chez les femmes. — Il ne faut pas oublier, toutefois, que, si les jeunes gens recevaient une éducation soignée, les femmes roumaines étaient laissées dans une profonde ignorance, ainsi qu'en témoigne lady Craven, voyageuse anglaise du xviii* siècle, qui fut reçue à la
1. Raoul Rochette, Notice sur la Vie... du prince Alexandre Handjeri; cf. Didot, Biographie universelle, art. Handjeri.
2- On comparera ce que dit à ce propos F. Charles-Roux dans La Revue française de Prague, 10" année, n° o4, 15 déc. 1931, p. 384: Dès cette époque, la haute classe commence à s'imprégner d'esprit français. Terrés dans leurs propriétés de Moldavie ou de Munténie, les grands boyards, me racontait un de leurs descendants, font alors venir de Paris le dernier livre de Boileau, les tragédies de Corneille et de Racine, les fables de La Fontaine. L'idée s'établit que le français est le véhicule de la civilisation moderne et le meilleur outil qui ait été forgé pour orner l'intelligence et divertir l'homme instruit. Elle progresse pendant le xviii** siècle, avec la diffusion des œuvres de nos philosophes et de ceux de nos écrivains qui se rattachent à cette école philosophique, dont la réputation un peu troublante n'est pas pour faire peur aux maîtres d'une population encore illettrée. L'élite sociale de ce temps se régale donc, sans crainte ni scrupule, de Voltaire, Rousseau, Montesquieu, Diderot, Beaumarchais...,