CHAPITRE VIII LES RÉSULTATS. EN SUISSE ROMANDE
Le français et les patois romands. — C était pour les historiens de la littérature en Suisse un devoir que de marquer dans quelle mesure les écrivains, du Doyen Bridel à M"* de Charrière, de Crousaz et de Sinner de Ballaigues à J.-J. Rousseau, ont possédé le français dans sa pureté. L'étude a été faite par eux avec une conscience et un savoir supérieurs, et je ne puis que renvoyer à leurs travaux'. Il serait impossible pour le moment de pousser plus loin et de démêler dans quel cas les Suisses ont péché par ignorance, ou au contraire quand ils ont entendu enrichir leur style d'expressions qui leur paraissaient meilleures que celles des Français de France, plus fortes, plus justes, plus imagées ■. Disons simplement qu'en général ils n'ont pas abjuré le purisme; ils se sont seulement trouvés incapables de se soumettre à toutes ses tyrannies.
Ce qui serait intéressant aussi, ce serait de pouvoir suivre les progrès que le français faisait sur les idiomes locaux. Mais les documents manquent à peu près complètement. De temps en temps un passant note un fait isolé et c'est tout. Voici Locatelli qui arrive avec ses compagnons au Bouveret, il ne peut se faire servir à manger, on ne le comprend pas. Jusqu'à Sierre, les arrivants furent obligés de se servir de truchements qui comprenaient, à défaut du français, le latin ou l'italien ^ Ce récit laisse l'impression que le français avait encore tout à gagner dans ces campagnes.
Là où on le parlait, il n'était pas sans mélange. On a ironisé sur une affiche, d'une syntaxe hardie : « Tous ceux qui auront des chiens qui ne seront pas conduits à l'attache, seront tués en entrant en
1. Voir en particulier GauUieur, Hist. litt. de la Suisse française, et de Reynold, Bridel, pp. 244, "2o6. 273, etc.
•1. L'étude d'Al. François sur les Provincialismes Suisses-Romands et Savoyards de J -J. Rousseau (Extr. du tome III des Ann. de la Soc. J.-J. Rousseau) est un niodèle de ce qui peut être fait en ce genre. Non seulement les faits y sont relevés et expliqués, mais ils sont classés avec une critique rigoureuse, suivant qu'ils sont conscients ou inconscients, voulus ou non.