‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 152 sur 595 · O. c, t. II, p · texte numérisé non relu

O. c, t. II, p

"1. Oratio inauguralis de utilitale Unrjuae (jalUcae publiée habita Franequerae in templo academico A. D. X. Martis CIDK)(jCLVI cum ordinariam lingiiae <jallicae profcssionem in illuslri Frisiorum academia auspicarelur, l'ranequerae, i7;>7.

3. Pieter l'aulus, Hel nul der sladhouderlijice regeering, p. 95, dans Colenbrander, De patrioltentijd, l. I, p. 69, n. 1.

4. Nederlandsche Speclator, 2® éd., 17.")6 (la première est de 1731), t. IV, p. 387.

r>. Elzinga, o. c, p. -20. Que beaucoup de professeurs et bien des étudiants aient ignoré le français ou du moins n'aient pas su le parler, s'explique par ce fait que, dans les écoles latines qui préparaient aux études universitaires, le français n'était pas enseigné (Riemens, L'enseignement du français en Hollande, pp. 1*27 et suiv.). Lorsqu'on 17*2.0 la corporation des chirurgiens de La Haye avait à examiner deux candidats français qui demandaient à être admis dans la corporation, personne n'osa les interroger en français (voir Salv. de Grave, Taalbelrekkingen van Nederland tôt Frankrijk, dans

Dans tous les cas, les résultats n'étaient point si brillants qu'on ne fût obligé de mettre en hollandais des œuvres nombreuses, — nous le verrons, — et ceci suffit à prouver que les écrits français n'étaient pas ou étaient diflScileraent accessibles au grand public sous leur forme originale.

Ballottés entre deux séries de témoignages contradictoires, nous ferons donc bien de les accepter tous avec une certaine réserve. Si, dans la bourgeoisie, le français était loin de pouvoir passer pour une deuxième langue maternelle, il n'en est pas moins vrai que le français était considéré comme indispensable à une bonne éducation. Aussi, lorsque sous la Révolution, comme nous le montrera l'étude de la position du français en Hollande à cette époque, les premiers émigrés arrivèrent aux Pays-Bas, ils furent tout étonnés de pouvoir se faire entendre sans difficulté dans les bonnes familles, chez les membres du clergé et les personnes instruites'.

La correspondance en français. — Ce qui pourrait faire illusion, c'est que la mode s'était établie, en Hollande comme ailleurs, même dans les milieux non aristocratiques, de correspondre en français. On trouvait cela très naturel ; M™" de Charrière proscrivait en français « tout ce qui nous empêche d'être nous-mêmes », et Hemsterhuis, qui, nous y reviendrons, écrivait exclusivement en français, détestait l'imitation ; il trouvait le beau monde « trop amalgamé avec du Français, de l'Anglais ou du Suisse, ce qui faisait disparaître le ton national » ". Est-ce par les écoles françaises que cet usage de correspondre en français s'était établi?^ Certes, pour qu'il ait pu se maintenir jusqu'au milieu du xix* siècle, il fallait que, dans les bonnes familles, on possédât dans une certaine mesure le maniement du français. Cependant, remarquons que ceux qui écrivent en français ne le font jamais de façon exclusive. Voici un homme appartenant à la haute bourgeoisie d'Utrecht, professeur de grec à l'Université, puis magistrat. 11 s'appelait van Goens, et des amis le surnommaient le « Français hollandais », bien qu'en politique il fût l'ennemi de la

Handelingen van de Maatschappij der Nederlandsche Lelterkunde te Leiden, -lOll-lOlâ, p. 9o). El lorsqu'en 1778 un Français, L. Dcsjobort, demande à Utrecht des renseignements à des étudiants, ceux-ci ne savent pas lui répondre en sa langue (De Navorscher, 1910, p. 34"2).

1. Inutile de dire que le peuple ne comprenait pas le français. Voir, pour la difïiculté qu'éprouvaient à se faire comprendre les voyageurs français en Hollande, R. Murris, La tlollande et les Hollandais au X Vil" et au XVIIl'^ siècle vus par les Français (Thèse d'Amsterdam, 1925), pp. 161-165.

2. E. Boulan, François Hemsterhuis (Groningue- Paris, 19:24), p. 31.

3. D'après van Eifen, cet usage s'expliquerait par le désir d'éviter les titres employés d'une façon excessive dans les lettres hollandaises. Mais voyez Elzinga, o. c, p. -23.

France. Il entretient une correspondance suivie en français avec son intime, Ten Hove, haut fonctionnaire à La Haye, mais en même temps il écrit en hollandais à d'autres. Son ami se rend compte qu'au fond c'est une erreur de vouloir se servir d'une autre langue que de la sienne. « Nous deux, dit-il à van Goens, écrivons mieux le français que beaucoup de nos compatriotes, mais quand ensuite nous jetons les yeux sur les ouvrages des grands écrivains de la France, la plume ne doit-elle pas nous tomber des mains ?... Si quelqu'un veut écrire réellement bien, il doit employer sa langue maternelle » \ Un autre des correspondants de van Goens lui fait les mêmes observations ; il lui reproche de se servir, dans un « Gradus ad Parnassum » dont il a conçu le projet, d'exemples français". On suivait la mode répandue dans toute l'Europe, mais avec des scrupules et quelquefois des remords.

Livres écrits en français par des Hollandais. — Il est vrai qu'il a paru des livres écrits en français par des Hollandais qui appartenaient à la bourgeoisie, mais il serait imprudent de tirer des conclusions générales de quelques cas exceptionnels, comme celui de Justus van Effen, à qui nous venons de faire des emprunts, et qui présente le cas d'un Hollandais, appartenant à la bonne bourgeoisie d'Utrecht ; son père était officier de cavalerie. Van Effen écrit avec la même facilité le français et le hollandais ; les nombreux périodiques qu'il a fondés ou auxquels il a collaboré sont, dans la première, et de beaucoup la plus longue, partie de son activité littéraire, français, dans la dernière, hollandais. Il fréquentait assidûment les milieux cultivés des Réfugiés, surtout des pasteurs où — nous sommes encore au commencement du siècle — la tradition française était toujours vivante. Fait curieux, à rapprocher d'une observation analogue que nous a suggérée la vie de M*"* de Charrière, et dont nous tirerons plus tard des conclusions : van Effen n'a jamais été en France, Une seule fois l'occasion d'y aller s'est présentée à lui et il a été sur le point de partir pour Paris, comme gouverneur, mais il semble qu'une dame de La Haye a prévenu la famille contre les principes religieux de celui qui allait être chargé de l'éducation des enfants ^ Van Effen est un littérateur, et c'est le

i. Brieven aan R. M. van Goens (Werken van het Historisch Genootscliap, nieuwe scrie, nrs. 38 et 43), t. I, p. 340. L'avitobiographie de van Goens qu'on y trouvera est pleine de citations et d'anecdotes françaises, et il ne lit pas les poètes hollandais (/6., t. 1, p. 173). Voir sur lui : J. Wille, De lUerator R. M. van Goens en zijn krinrj (Thèse de Leyde, 10-24).

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