‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 153 sur 595 · Elzinga, o. c, p · texte numérisé non relu

Elzinga, o. c, p

cas aussi d'autres Hollandais, qui se servent du français dans leurs livres. Que François Hemstcrhuis, le fils du célèbre helléniste de Leyde, esprit délicat et auteur de dissertations philosophiques écrites dans un français impeccable, ait employé cette langue, cela s'explique en partie par le milieu où il vivait à La Haye, et reste d'ailleurs un fait isolé'. Quand la baronne de Lannoy, dont nous avons rapporté des vers hollandais, se risque à faire des poésies françaises, dans une langue, d'ailleurs, peu correcte", est-ce autre chose qu'un caprice? Quand des savants publient leurs travaux en français ^ n'est-ce pas qu'ils veulent aller hors des frontières, là où autrefois vous introduisait le latin ?

d. Voir sur lui le livre déjà cité de E. Boulan.

^. Jonckbloet, Geschiedenis der Nedrrlonsche Lelterkunde, t. V, p. 179.

3. Nommons l'anatomistc Camper (voir P. N. van Kampcn, Bekiioptc Geschiedenis der Lelleren en Wclenschappen in de Nederlanden, La Hajc, i8'2i-18^(), t. H, p. 338 ; t. III, p. 192), le médecin Brugmans (76., t. II, p. 609), l'hisloricn van Spaan, qui, en 1788, se sert du français dans une descrijjtion de la Hollande Septentrionale (W. H. de Beaufort, Geschiedkundige Opslellen, p. 71), Meyer, juriste (Van Kampen, 0. c.,t. II, p. 60'0.

Les Réfugiés'. — M""' de Charrière nous donne des détails intéressants sur le monde et la vie de ces exilés à la fin du xvii" et au début du xviii® siècle : « Dans le temps que Saurin faisait accourir à ses sermons tout le beau monde de La Haye, dit-elle, plusieurs Français et Françaises de qualité y donnaient la prévention la plus favorable pour leur nation, et les réparties fines de M"* de Dangeau, les jugements qu'elle portait sur les gens et les ouvrages, étaient cités dans toute la Hollande. Deux parentes du duc de La Rochefoucauld furent gouvernantes d'enfants chez des gens de qualité à Utrecht ; d'autres filles de condition, pleines d'esprit et de mérite, y tenaient une école au commencement du siècle, et vers l'an 1720, des jeunes gens des deux sexes jouèrent chez elle Iphigénie et I do menée » "".

L'année 1715 avait amené un changement important dans la situation des Réfugiés ; ce fut alors que les États-Généraux des Provinces-Unies, suivant l'exemple donné par les Etats de Hollande et ceux de la province d'Utrecht, leur accordèrent le droit de cité ^ 11 est vrai que, pour occuper un poste de magistrat ou une fonction publique, il leur fallait en plus une autorisation spéciale, mais cette assimilation de Français aux habitants du pays n'en fut pas moins le commencement d'une fusion complète, qui se produisit progressivement pendant le xviii" siècle. Elle devint définitive lorsque, en 1773, le gouvernement des Provinces-Unies et le gouvernement français autorisèrent les descendants des Réfugiés à hériter de parents établis en France, et inversement ; d'autre part à leur léguer leurs biens. Cette faveur arriva bien tard, car à cette époque ils ne gardaient plus guère de leur origine que leur nom, quand celui-ci même n'avait pas été traduit en hollandais. C'était, pour ainsi dire, une conclusion. Depuis 1743, on avait déjà peu à peu supprimé les

Page 1