Jonckbloct, o. c, t. V, p. y^iS, n
2. Il nous semble imprudent de généraliser l'observation de Diderot (o. c, p. -440) : « J'ai vu à La Haye des disciples de Jean-Jacques qui se sont mis au-dessus du qu'en dira-t-on et des parents qui ont expressément enjoint aux instituteurs de leurs enfants d'éloigner de leurs mains catéchismes, Ancien et Nouveau Testament ». Comparez ce que dit M. Colenbranclcr (De palriottentijd, p. 70) sur la faible influence que les idées de Rousseau ont eue chez nous; notre révolution de 1787 n'était rien moins qu'une mise en pratique d'idées révolutionnaires.
3. A rapprocher de ce qui a été dit plus haut cette phrase écrite par un Hollandais à un incrédule de Paris : « Nous vous imprimons, mais nous ne vous lisons pas » (Bungener. Voltaire et son temps, i. I, p. 476).
4. Les enseignements des bibliothèques privées, 1750-1780, dans Revue d' Histoire littéraire, 1910.
5. S. Krijn, Franse Icktuur in Nederland in het begin van de 18" eeiiw. dans Nieuwe Taalgids, XI, p. 161.
de sa bibliothèque^ ; il y a, en outre, les correspondances, comme celle de van Goens -. Voilà des sources de valeur bien inégale ; autant les dernières sont précieuses, autant les bibliothèques sont des témoins suspects. M"* Krijn s'est entourée de nombreuses précautions et a fait un choix rigoureux parmi les catalogues qu'elle a eus sous les yeux ; pourtant les conclusions que comportent ceux-ci sur la culture de l'époque sont peu sûrs. En effet, il faut d'abord tenir compte de la mode; au xviii'^ siècle, chez les opulents commerçants d'Amsterdam, la bibliothèque « faisait partie du mobilier » ^ ; puis, on ne doit pas oublier qu'il n'existe de catalogues que des bibliothèques importantes, qui étaient surtout des collections de savants. Si on n'y rencontre pas de titres de romans contemporains, cela signifie-t-il que les femmes et les enfants de ces bibliophiles n'en avaient pas au salon — ou dans leur chambre?
Tâchons cependant de tirer quelque profit des renseignements que nous fournissent les catalogues de bibliothèques et les recueils de lettres, comme celles de van Goens. Pris dans leur ensemble, les catalogues de la première moitié du xvm* siècle, et aussi ceux de la seconde moitié, dont j'ai compulsé moi-même un grand nombre ^, accordent une place prépondérante aux livres latins. La proportion entre livres hollandais et livres français est, avant 1750, à peu près égale ; plus tard les œuvres indigènes sont de beaucoup supérieures en nombre. La bibliothèque de van Haren contient 06 pour 100 de livres français contre 28 pour 100 de livres hollandais ; cet homme d'Etat-poète appartenait à l'aristocratie, beaucoup plus orientée vers la France que la bourgeoisie, ainsi que nous l'avons constaté plus haut; mais, comme si cet exemple même devait montrer la témérité des conclusions qu'on serait tenté de tirer de la présence de tant de livres français, ce même van Haren n'a guère écrit qu'en hollandais ^ La bibliothèque du poète Bilderdijk, vendue
1. H. J. L. van Haselen, Willen van Haren's « Gevallen van Friso » (Thèse de Leydc, 1922).