‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 166 sur 595 · Jonckbloet, 0. c, i. V, p. 330, n · texte numérisé non relu

Jonckbloet, 0. c, i. V, p. 330, n

4. On les trouve dans la bibliothèque de la « Vereeniging ter bevordering van de bclangen des bockhandels » (Association pour la défense des intérêts de la librairie).

5. Voici, dans l'ordre de leur fréquence dans les catalogues d'avant IToO, les auteurs français des différentes époques : xvi« siècle : Marot, Ronsard, du Bartas, Régnier, Pasquicr ; xvn« siècle: Boileau, La Fontaine, Fénelon, Molière, Corneille, Descartes, Racine, Bossuet, Pascal (Les Pensées), La Bruyère, Voiture, Balzac, Saint-Évremond, Fontenelle et quelques auteurs de second rang ; xvm^ siècle : Houdart de la Motte, Voltaire, J.-B. Rousseau, Tiiémiseul de S. Hyacinthe (Le chef-d'œuvre d'un inconnu), Barbier, Le Sage, Montesquieu.

La bibliothèque de van Haren contenait : Boileau, Fénelon (trois éditions), Molière, Racine, Scudérv, Gbapclain, Scarron, Voltaire (plusieurs éditions), J.-B. Rousseau, Thémiseul de S. Hyacinthe, Le Sage (Le Diable boiteux), Montesquieu, Regnard, Dan-

en 1797, compte au moins 6 000 volumes, dont 26 pour 100 sont français '.

Parmi les œuvres qu'on trouve citées dans les catalogues de la première moitié du siècle, le nombre des romans est minime; ce sont, du moins dans les catalogues de librairie, surtout des travaux qui servent à populariser la science, et des traités de morale. Il en est de même vers 1770 ; on ne rencontre que rarement les œuvres de J.-J. Rousseau dans les catalogues que j'ai vus. Par contre, voici une différence entre la première et la seconde moitié du siècle : au début, conformément à la tradition du xvii% les œuvres latines, anglaises, italiennes étaient connues souvent aux Pays-Bas par des traductions françaises; M"" Krijn signale des versions françaises de la Bible, des Psaumes, des classiques latins et grecs, d'auteurs anglais ; la collection de van Haren contient des traductions françaises de seize auteurs anciens, de Milton, Locke, Robinson Crusoë, de V Essai sur l'homme de Pope", de la Lusiade, de la Gerusalemme liberata, du Pastor fido. Or, dans la dernière partie du siècle, ces versions françaises se font plus rares, sans disparaître complètement.

D'ailleurs, depuis 1750 surtout, il semblerait que la littérature allemande et l'allemand entrent en concurrence avec le français^. Ce n'est pas que les catalogues citent beaucoup de livres allemands ; la bibliothèque de van Haren n'en contient aucun et un ancien bourgmestre d'Amsterdam (1798)ne possède que 23 livres allemands, contre 723 hollandais, 267 français et 64 anglais. Yan Lennep nous assure que, dans la maison de son père, au début du xix* siècle, il n'y avait aucun livre allemand^. Mais, dans certains milieux du

court, Destouches, Gampislron (manquent : Corneille, La Fontaine, Descartes, Pascal). Van Goens et son ami Lelyveld lisent: Malherbe, Marmontel, J.-J. Rousseau, Fénelon, La ^lothe (Le Philosophe sans fard^, Thomas (Réjlexions philosophiques et littéraires sur le poème de la Religion naturelle). Voir Brieven aan van Goens, déjà cité, t. I, pp. 124, 143, 160.

1. J. Smit, Bilderdijk et la France (Thèse d'Amsterdam, 1929), p. 80.

2. Voir M"^ H. J. Reesink, L'Angleterre et la littérature anglaise dans les trolsplus anciens périodiques français de Hollande (Thèse d'Amsterdam, 1931), p. 42. L'étude de M""^ Reesink est importante aussi pour notre sujet. Parlant des traductions hollandaises des livres anglais, elle ajoute, à l'endroit signalé : « Les auteurs d'Outre-Manche figurent dans les bibliothèques [hollandaises] autant, ou peut-être davantage, en latin et en français qu'en hollandais «. Je trouve dans une bibliothèque de 1761 d'un certain Marcz : L'histoire de Sir Charles Grandisson, Le Conte du Tonneau, Le Spectateur de Stccle.

3. Voir, sur la connaissance, assez rare encore au xviii^ siècle, de l'anglais dans les Pajs-Bas, moins rare toutefois qu'en France, M"'' Reesink, o. c , pp. 48 et 32. La bibliothèque de van Haren contient 2 pour 100 de livres anglais, et seulement deux volumes italiens et deux espagnols.

4. M. F. van Lennep, Het leven van Mr. Jacob van Lennep, t. I, p. 20. D'ailleurs, ce même van Lennep n'a connu la littérature anglaise d'abord que par l'intermédiaire du français (i6., t. I, p. 94, n.). Encore en 1792, un auteur allemand anonyme raconte qu'un Hollandais à qui il demandait si on lisait beaucoup l'allemand en Hollande, lui répondit : « Oh non, car les livres allemands sont traduits en français ».

moins, l'étude de cette langue avait gagné du terrain. Le poète Bellamv ne lit que des poètes d'outre-Rhin', et van Goens qui, on se le rappelle, écrit ses lettres en français, en reçoit une de son ami Lelyveld, dans laquelle celui-ci le remercie de l'avoir encourao-é à étudier la littérature allemande. Ce qui est piquant, c'est qu'il paraît que c'est la France qui lui a inspiré ce goût pour l'Allemagne : « 0 mon cher van Goens, je sais que vous êtes actuellement « teutonisé », et comme c'est la mode à Paris, enthousiaste de tout ce qui vient d'Allemagne «"^ D'ailleurs, dans la correspondance entre les deux amis, il est aussi question d'un Choir de poésies allemandes, en français. D'autres poètes et prosateurs subissent l'ascendant de la littérature allemande : van Alphen, Feith^; il arrive môme qu'une œuvre française a été traduite en hollandais d'après une version allemande : en 1797 a paru, chez J. Allart à Amsterdam, une traduction de Julie ou la Nouvelle Héloïse, « d'après l'allemand » *.

Cependant, gardons-nous de croire que cette influence littéraire et esthétique de l'Allemagne fût, dès cette époque, générale. M. J. W. Muller dit à ce sujet^ : « Si van Goens, van Alphen, Feith et Kinker admiraient et recommandaient, l'un la poésie, l'autre l'esthétique allemande, ils ne trouvaient guère d'imitateurs ». On peut donc affirmer que, jusqu'au xix* siècle, des trois littératures modernes, celle de la France a conservé sa place privilégiée.

Est-ce à dire qu'on lisait beaucoup de livres français ? 11 ne faut pas oublier que l'influence littéraire de la France s'exerçait surtout au moven de traductions. Celles-ci sont très nombreuses et vont de Télémaque à La Henriade et à Bélisaire, en passant par des romans et écrits entièrement oubliés ". De sorte que, pour juger de la pénétration de la langue, l'expansion de la littérature n'est pas un critère sûr.

4. J. Hockstra, Jaco6îzs Be//amv, déjà cite, pp. 54-58 ; Van Kampcn,o. c, t. II, p. 392.

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