J. Fransen, Les comédiens français en Hollande
"î. Rotterdam a eu une troupe spéciale en 1789 et 1700. A l'exemple de M. Fransen, nous éliminons de notre exposé les vicissitudes du tliéàtrc français à Maastricht, qui, au xviii* siècle, n'a guère eu de contact avec la Hollande et était orienté plutôt du côté des Pays-Bas méridionaux. M. Fransen ne fait une exception que pour l'année 1778, date du séjour de Fabre d'Églantine à Maastricht.
3. Voir sur lui llalin, o. c., p. 187, et Fransen, o. c, p. 291.
du public, qui ne fournissait que maigrement l'entretien des comédiens. J'ai vu l'opéra subir les mêmes révolutions. Le Hollandois communément n'est pas touché de la plaisanterie délicate de ^lolière et du tragique noble, mais simple, de Corneille. Quel peut être le sort d'acteurs qui ne sauroient rien représenter de meilleur que les pièces de ces grands hommes, et qui souvent même les représentent fort médiocrement » ? Il faut bien se dire qu'en général le spectacle n'a jamais eu, en Hollande, la place privilégiée qui lui est échue en France. Voici une autre citation, celle-là de 1779 ' : « Le théâtre national ne peut se soutenir qu'avec peine... au contraire les spectacles étrangers sont très bien accueillis. Il y a à cela différentes causes. Les acteurs hollandais sont d'ordinaire très médiocres, n'ont ni les mêmes moyens ni les mêmes occasions de se perfectionner que les acteurs français, par exemple, dont la nation, avide de spectacles, leur assure dans toutes les grandes villes du royaume, une subsistance honnête. Ici la profession de comédien est méprisée, et d'ordinaire ce sont des gens sans éducation et de la lie du peuple. Les Hollandais, imitateurs de leurs voisins, poussent cette manie jusque dans leurs plaisirs ; il est de bon ton d'aller à la comédie française et ce n'est que par un petit nombre d'amateurs de la langue hollandaise que le spectacle hollandais se soutient. Le petit peuple va rarement h la comédie, à moins que l'on n'y représente une farce bien absurde ou quelque tragédie à machines, ou bien les meilleurs chefs-d'œuvre de Corneille, de Racine, de Voltaire, etc. Les meilleurs tragiques et comiques français sont traduits en hollandais et souvent avec succès. A La Haye, il y a deux salles de comédie ; l'une ne sert plus qu'à des troupes ambulantes, l'autre est occupée par les acteurs français. Quelques acteurs sont assez bons, le reste est détestable ; c'est l'ordinaire dans toutes les troupes de province ».
Le spectacle français a, en effet, fait une concurrence redoutable au théâtre hollandais. Cela tient surtout à l'infériorité des acteurs nationaux. Le môme de la Barre de Beaumarchais, que nous avons cité plus haut, dit encore : « Aucun des comédiens flamands n'est comédien de profession. L'un est un perruquier, l'autre est un tailleur, un troisième est un cordonnier. Les actrices sont de la même espèce que les acteurs. Je vous laisse à juger comment de tels comédiens jouent leurs rôles dans les sujets nobles et passionnés ». Corver, auteur et directeur de théâtre hollandais, reconnaissait cette supériorité : a En 1761, la troupe française était si excellente