La Hollande au XVIII^ siècle, La Haye, 1779, Anonyme
qu'on n'en verra de pareille de tout un siècle. Quant aux attitudes dont vous parlez, elles m'appartiennent en propre, et celles que j "ai empruntées aux Français étaient meilleures que celles en usage chez vous à Amsterdam... Je suis revenu à Paris, plein de tout ce que j'y ai recueilli pendant mon court séjour et j'ai laissé aux Français ce qu'ils ont de moins bon » ^
Le public assez restreint qui, en Hollande, fréquentait le théâtre, allait donc de préférence entendre les acteurs français, d'autant plus que l'aristocratie et la Cour donnaient l'exemple. La gouvernante Anne, qui avait épousé le stadhouder Guillaume IV, aimait beaucoup le théâtre et s'intéressait surtout a la comédie française ; elle l'a énergiquement soutenue en Hollande de son argent et de sa présence. Guillaume V a accordé aux entrepreneurs de spectacles français des subventions annuelles importantes ; sa femme, la princesse Wilhelmine de Prusse", était d'ailleurs elle-même douée pour le théâtre et « déclamait fort bien la tragédie » ; comme vers l'année 1765 les comédiens français de la Cour de Prusse étaient médiocres, le roi, son père, préférait voir interpréter les classiques français par ses neveux et nièces ^ Corver constate avec dépit que, si le stadhouder s'est abonné chez lui pour six mois par an durant sept années, la comédie française a été souvent payée par la Cour.
Si nous demandons maintenant dans quelle mesure la présence presque ininterrompue dans la République de troupes françaises, qui ne se sont laissé décourager ni par l'hostilité de l'Eglise réformée ni par les efforts de leurs rivaux hollandais, peut être considérée comme un symptôme de l'influence française, il faut reconnaître, en premier lieu, qu'elle témoigne chez ceux qui fréquentaient les spectacles français d'une grande familiarité avec le français. D'autre part, il serait imprudent d'en conclure à une large expansion de cette langue ; car, d'abord, remarquons que, s'il n'y a en Hollande de troupes permanentes qu'à partir de l'introduction de l'opéra, cela tient sans doute à ce que l'opéra et les ballets peuvent intéresser ceux-là aussi qui ne comprennent le français qu'imparfaitement ; puis, seuls les milieux aristocratiques de La Haye et, dans une proportion moindre, les familles des « régents » d'Amsterdam, ont eu l'occasion d'entendre régulièrement les tragédies et les comédies françaises ; Utrecht, autre centre de l'aristocratie, exception faite pour les années 1712 et 1713, n'a eu des acteurs français qu'à
4. Je ne parle pas de l'opéra français. Corver se plaint en 1761 que ce fût encore un rude concurrent.
"2. Voir ci-dessus, p. iO'l.