‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 182 sur 595 · CHAPITRE PREMIER GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER GÉNÉRALITÉS

J'ai été obligé, pour ne pas briser le cadre de cette Histoire, de parler dans un volume précédent de l'influence prépondérante que le français a eue en Angleterre après la Restauration et des attaques auxquelles il a été en butte. Je continue ici, en essayant de déterminer quelle a été la situation de notre langue entre 1715 et 1789, division arbitraire d'une histoire qui ne commence pas à la première date et ne finit pas à la seconde, mais qui est peut-être moins factice qu'elle ne le paraît. Pendant cette période, une évolution très sensible se produit, je la résumerai d'un mot en disant qu'on ne rompt pas, mais qu'on se détache.

« Quand les peuples du Nord ont aimé la nation française, imité ses manières, exalté ses ouvrages, les Anglais se sont tus, dit Rivaroi, et ce concert de toutes les voix n'a été troublé que par leur silence »'. La phrase est plus jolie que juste, comme tant d'autres de l'auteur. Si Rivarol a simplement voulu dire que l'influence française fut loin de se faire sentir en Angleterre, irrésistible et envahissante comme dans d'autres pays, on ne peut qu'approuver son observation. Il n'y a rien en effet dans l'attention qu'on nous prête outre-Manche au xaiii*^ siècle ni dans l'intérêt qu'on prend à notre vie ou à nos œuvres qui ressemble à de l'engouement. La mode de la gallomanie était passée.

Mais, s'il fallait entendre — ce qui est sans doute la pensée de

1. Mon collègue M. Legouîs, puis M. Pnil Yvon, de l'Université de Gaen, ont bien voulu procéder à une revision de ce chapitre, et M. L. Gazamian l'a relu en épreuve. Je les remercie tous trois de leurs précieuses observatioiis.

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