‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 183 sur 595 · Disc. s. l'Unio · texte numérisé non relu

Disc. s. l'Unio

Rivarol — que tous les Anglais se réfugient désormais dans un muet dédain, ce serait une exagération et même une erreur manifeste. Les amis de notre langue et de notre culture n'ont pas disparu, et d'autre part leurs adversaires ne s'abstiennent ni des critiques ou des censures, ni des railleries ou des invectives. Certains même chargent avec fureur sur des ruines de moulins à vent.

L'Angleterre, cela est incontestable, cherche à échapper à l'imitation française, elle est et veut être hors de page, elle répudie la domination de l'esprit français, elle ne brûle pas pour cela les dieux de la veille. Rien n'est plus curieux que le spectacle de ces hésitations, de ces contradictions, qui seraient ailleurs des tiraillements. Des habitudes depuis longtemps ancrées existent, on a à la fois envie de s'en défaire et peur de les abandonner. On se défend de la séduction française, souvent par de rudes boutades, et on ne se résout pas à y couper court. On est fier de résister, avec le bel individualisme anglais, aux faiblesses qui entraînent l'Europe comme un troupeau ; tout de même on ne veut pas se tenir à l'écart au point de paraître ignorer ou ne pas comprendre. La complexité même du caractère anglais, si décidé qu'il paraisse, se plaît, sans s'en embarrasser, à ces sortes de contradictions.

Aucune loi, aucune obligation fondée sur le passé, n'impose plus à un citoyen anglais la nécessité de savoir le français. Les restes de l'ancienne tradition, avec laquelle Cromwell avait déjà rompu, ont été abolis en 1731 : la justice se rend définitivement en anglais. Donc plus de contrainte d'Etat. Apprendre le français n'est plus un besoin professionnel pour qui que ce soit, mais une affaire de goût et de sentiment.

Quelle fut dans ces conditions la fortune de la langue française ? Dans quelles classes sociales, dans quels groupes d'hommes fut-elle apprise et cultivée ? Quelles furent les causes de la faveur dont elle jouit ou de l'opposition qu'on lui fit ? A quels résultats aboutit la campagne menée contre elle? Autant de questions auxquelles il faudrait pouvoir répondre jusque dans le détail. Nous n'avons pas la prétention d'embrasser tout entier un sujet d'une telle complexité ; nous ne voulons et ne pouvons donner ici que quelques indications générales.

Les circonstances dynastiques n'étaient pas favorables comme elles l'avaient été au temps de Charles II, mais elles n'étaient pas aussi contraires qu'elles le semblaient. Il est bien vrai que les deux George étaient des souverains hanovriens et en théorie cela aurait dû favoriser l'allemand'. Mais cette langue n'était pas parvenue

1. Voir Th. ^^ right, L'Angleterre sous la maison de Hanovre.

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