A Paris, chez Louis Boissevin, à la rue Saint-Jacques
3. Guibert, dans ses Voyages, I, 30, raconte avoir rencontré la maréchale Nadasti, qui, bien que vêtue à la française, ignorait le français.
vitch (170S-1727), philologue et mathématicien réputé, « poète de la jeunesse et delà religion », traducteur des Héroïdes d'Ovide, s'était rais à une version du Cid de Corneille. Ivan Franatitza Sorkotchévilch (1706-1771) a été un juriste célèbre dans la ville de Doubrovnik (Raguse). Il a écrit en italien et en serbo-croate et s'est beaucoup occupé des anciennes coutumes juridiques yougoslaves. Or, parmi ses œuvres italiennes, on note un commentaire sur V Esprit des Lois de Montesquieu.
Il a traduit en serbo-croate la Psyché de Molière. Il se tient assez fidèlement à l'original, qu'il amplifie cependant quelquefois.
Une place tout à fait à part est à faire à Marko Bruérévitch, né à Bambin. Il était d'origine française. Il vint à Doubrovnik, en 1774, avec son ppre, consul français dans celte ville. Là le jeune Bruère Dérivaux apprit la langue du pays, en étudia les écrivains, et, devenu plus catholique que le pape, se fit l'apologiste des mœurs et de la vie patriarcale des Serbo-Croates. Il n'avait pas pour cela abandonné la langue française, car il a laissé des Epîtres, une Satire française en alexandrins, une comédie : Foi inespérée, et d'autres poésies ^
Molière sur la scène de Raguse. — Il se trouva dans cette même ville de Doubrovnik, vers la fin du siècle, un membre d'une grande famille du pays, qui, épris de l'idée de perfectionner le théâtre indigène, s'appliqua à adapter Molière. A dire vrai, notre grand poète avait déjà été naturalisé de son vivant dans le pays^. Mais à la fin de l'ancien régime, la scène de Raguse devint une véritable scène moliéresque, où se jouaient des traductions, assez libres naturellement, qui procédaient néanmoins des originaux français.
Excepté Psyché, toutes les autres comédies ont été traduites en prose : Sganarelle ou le cocu imaginaire. Don Garde, L'Ecole des maris, Les Fâcheux, L'Ecole des femmes, La critique de l'Ecole des femmes, Le Mariage forcé. Don Juan ou le Festin de Pierre, L'Amour médecin, Le Misanthrope, Le Médecin malgré lui, Tartuffe, Georges Dandin, L'Ai>are, Monsieur de Pourceaugnac, Le Bourgeois gentilhomme, la comtesse d'Escarbagnas, Les Femmes suivantes, le Malade imaginaire.
Les traducteurs sont : Ivan Bounitch fils, Petar Bochkovitch,
t. Il devint, après son pcre, consul de France, et, en cette qualité, alla en Bosnie, Herzégovine et Monténégro.
2. En KiHO, Fninio Krslo Frankopan avait adapté Geonjes Dandin (1668), en en faisant un paysan slovène qui parlait son patois, pendant que les autres personnages se servaient du serbo-croate. Frankopan était un grand seigneur assez cosmopolite, qui avait fait ses études en Italie. Il mourut en 1671.
YossipBétonditch, F. Sorkotchévitch, Marin Tondichévitch. Gomme ils ne signaient pas, on ignore la part précise de chacun dans cette œuvre de propagande moliériste. Mais ce qu'on sait, c'est que les adaptations étaient accueillies avec enthousiasme par le public ragusain. Un détail a sa valeur : la critique ragusaine mit au compte de l'adaptateur les crudités de la langue et des plaisanteries de Molière, tant le culte du grand Français était poussé loin'.
Slovénie. — En 1790 fut publié à Lioubliana (la ville principale des régions slovènes en Yougoslavie) la comédie : Veseli dan ali Maticek se zeni (La journée joyeuse ou Matitchek se marie) par Anton Liuhart. Ce n'est qu'une adaptation de La folle journée ou Le mariage de Figaro par Beaumarchais.
Tout cela était à peine un commencement, car, dans la plupart des cas, l'influence des œuvres françaises n'était pas directe, et s'exerçait par l'intermédiaire de l'Italie pour la côte dalmate et Raguse, de l'Autriche pour les provinces de l'intérieur, de la Russie pour les Serbes orthodoxes de Voïvodie.
Il semble bien que seule la ville de Raguse ait reçu l'apport direct de la pensée française, peut-être en réaction contre une trop forte influence italienne. Nous avons parlé des représentations dramatiques. Les travaux de nos penseurs aussi y avaient pénétré, apportant l'esprit philosophique, qui y était poussé très loin : les ventes publiques des bibliothèques des vieilles familles l'ont prouvé à l'évidence. Au moment de la Révolution, l'opinion du pays était divisée en deux partis, l'un conservateur et catholique, celui des (( Salamanquais », l'autre bien mal nommé, car il était libéral et presque athée, celui des « Sorbonistes », lisez des Parisiens.
D'une étude minutieuse, à laquelle a bien voulu se livrer M. Vaillant pour en faire profiter mes lecteurs, il résulte que, comme on devait s'y attendre, les auteurs dont nous venons de parler se sont bien gardés de transporter dans leurs œuvres des éléments français qui fussent restés autant d'énigmes pour leurs lecteurs. On a relevé chez Obradovitch, si familier avec notre langue, deux mots qu'il en a pris! Quand on regarde de près les autres termes à l'aspect français, comme devocion, on s'aperçoit qu'ils sont venus par une autre voie et ont été empruntés à une autre langue.
1. On joua aussi Pathelin. Voir L'avocat Patelin clans la Littérature serbo-croate de Raijuse au XJ7//« siècle (R. H. L., déc. 19to, p. 493).
Regard EN ARRIÈRE. — Le fait lointain qu'ont cité tous ceux qui se sont occupés de ce sujet, et qui mérite en effet d'être rappelé, c'est l'envoi à saint Etienne de la couronne et du titre apostolique, par un pape français d'origine, Sylvestre II (Gerbert), en l'an 1000. Toutefois, — il est presque inutile de le remarquer, — le pontife romain ne se servit et ne pouvait songera se servir en cette occasion que de la langue officielle de l'Eglise : le latin. A partir de ce moment commence pour les Magyars une période de culture latine'. Des Ordres français jouèrent un grand rôle dans les écoles qui se fondèrent: Bénédictins d'abord ^ puis, au xii* siècle. Cisterciens, qui, aux termes du règlement de saint Bernard, devaient toujours envoyer quelques novices au Bernardinum de Paris, enfin Prémontrés ^ Ni les uns ni les autres ne purent vraisemblablement répandre que de vagues données de la langue de leur pays parmi les indigènes *.
Peut-être n'en fut-il pas absolument de même pour les Chevaliers de saint Lazare et les Templiers. Un de leurs chefs fut Jacques Montroyal, et il avait, lui, des soldats français aussi bien qu'italiens, qui assistèrent Bêla IV contre les Mogols^
Nous n'avons pas de détails précis sur la façon dont purent se faire les communications entre les Hongrois et les Croisés qui traversaient leur pays. Kont a cité quelques mots de la langue administrative, politique et militaire tels que haron, parlement, sénéchal,
4. Kont, El. sur l'Infl. lill. fr. en Hongrie, pp. 6 et suiv.
2. Id., ib., pp. 7 et suiv. On noiera que Tabbaye de Somogyvâr, dépendante de S*^ Gilles de Nîmes, n'a pendant longtemps reçu que des Français (Dezsô Pais, Les rapp. franco-hongr., p. 18).
3. Sur ces fondations, voir Dezsô Pais, Ari. c, p. 23-24. Elles paraissent avoir joué un grand rôle dans l'économie rurale et le commerce.
4. Peut-être l'un d'eux a-t-il cru reconnaître dans les ruines romaines d'Agriencum, prôs Budapest, les restes de Sicarabria, dont la légende fit dès lors une ancienne capitale des Français en Hongrie (voir A. Eckhardt, Sicambria, capitale légendaire des Francs en Hongrie, Rev. des El. Hongroises, 1928, p. 66).
o. Kont, 0. c, p 11.
maréchal, qui passèrent alors de notre idiome dans l'idiome magyar \
Un mariage français et ses conséquences. — On a fait ressortir aussi, non sans raison, que Bêla III, auquel sont dues la plupart des fondations, avait épousé à Byzance Anne de Chatillon, et après sa mort Marguerite, sœur de Philippe-Auguste ^ ; qu'il essaya même de fonder une Université sur le modèle de celle de Paris. Elle est mentionnée dans une bulle d'Innocent IV en 1246.
Ce règne de Bêla III et celui de ses fils, marquèrent, dit Dezsô Pais, d'une forte empreinte les mœurs du pays. En effet les princesses françaises qui épousèrent les rois de Hongrie amenèrent avec elles une suite nombreuse de gens, qui ne se résigna point à perdre totalement contact avec l'ancienne patrie. Après le second mariage de Bêla III, des chevaliers français vinrent s'établir en Hongrie ; on a conservé l'inscription funéraire de l'un d'eux : Richard de Beaujeu en Beaujolais, « chevalier qui aimoit droiture », enterré avec sa femme hongroise à Esztergom (Strigonie) en 1210 ^
Ce n'est pas un trouvère, mais c'est tout de même un poète français et non des moindres que ce Peire Vidal, que son humeur voyageuse amena en Hongrie et qui y fit apprécier la langue raffinée des troubadours. Mais rien ne nous montre qu'il ait été ni imité ni même compris. Un autre Français de la plus haute qualité est cet architecte de la cathédrale de Cambrai, Villard de Ilonnecourt, dont l'album à lui seul révélerait le grand talent, s'il ne s'était épanoui dans les monuments qu'il construisit. D'autres artistes ont laissé les traces de leur passage.
Princes français en Hongrie. — Après ce commencement de relations survint dans la vie du peuple magyar un événement qui ne pouvait manquer d'établir des liens solides et durables. Après la mort d'André III (1301), les élections appelèrent au trône un prince de la maison d'Anjou, et en 1308 les Anjou prirent définitivement possession du pays. Ils y implantèrent les institutions françaises, la procédure, telle qu'elle se pratiquait, les corporations, etc. Il ne semble pas pourtant que l'exemple de la France.ait éveillé en Hongrie les inspirations épiques. L'Université fondée par Louis le Grand en 1367, resta décapitée, faute d'une Faculté de théologie.
1. 0. c, p. 14. Voir cependant Dezso Pais, Art. c, p. 18-19 ; cf. Baranyai, A francia Nyelo..., ch. v et xxv.