Arl. c, p
Établissement de Belges et de Lorrains. — L'érudition moderne ' a apporté récemment des détails circonstanciés sur des colonies établies en pays hongrois par des gens venus de Liège. Parmi les textes cités en figure un, tout à fait curieux, qui explique comment, pendant des siècles, le wallon se conserva dans les familles des immigrés. Je le traduis en le résumant: « Des pèlerins hongrois vinrent de la ville d'Eger à Aix-la-Chapelle en 1447, et de là ils poussèrent jusqu'à Liège. Leurs traditions de famille leur avaient appris que leurs aïeux avaient longtemps auparavant émigré de ce pays. Ils s'aperçurent que leur langage maternel concordait en tout avec le parler de Liège (le wallon, sans aucun doute) et, réfléchissant à ce fait singulier, ils l'expliquèrent en rapportant que, si les hommes, pour leurs affaires quotidiennes, s'en vont dans divers pays voisins, et pour cela apprennent tous la langue hongroise, au contraire les femmes, attachées à leurs maisons, et appliquées à élever leurs enfants, ne sortent pas, et conservent ainsi leur langue naturelle qu'elles transmettent à leurs rejetons ». L'explication est aussi intéressante que le fait lui-même. Rarement on a remarqué avec cette sûreté comment un parler peut continuer à vivre, si les femmes qui font les enfants et les élèvent, persistent à le garder. Dans diverses autres villes, à Eszlergom, à Bude, on a retrouvé des traces d'établissements analogues, dont la vie particulière paraît avoir été aussi assez longue.
En 1770, des familles lorraines, pour la plupart de langue française, furent transportées par les soins de l'administration impériale dans le Banat yougoslave (Banat de Temesvar). Trois villages «français » furent fondés : Saint Hubert (75 familles), Chaideville (62 familles), Soltour (G2 familles). Jusqu'en 1830, on y a prêché régulièrement en français le troisième dimanche de chaque mois ; l'évangile se lisait d'abord en allemand, puis en français. En 1878, trois vieillards parlaient encore le français. Il ne subsiste plus aujourd'hui que des noms de personnes curieusement transcrits : Barmantje (Parmentier), Bikar (Picard), Dippong (Dupont), etc.-.