‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 193 sur 595 · Voir Yvon, Walp., p · texte numérisé non relu

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aussi déchu, aussi abîmé dans sa corruption, n'avait aucune chance de devenir générale*.

1. Je voudrais, en terminant ce chapitre, rapporter une opinion de Prcmontval, dont l'ouvrage est aujourd'hui si peu répandu. C'est la conclusion de son Préservatif dont il sera question au chapitre de l'Allemagne (t. II, pp. 29"2-296) :

« Tels sont les désordres presqu'irrémédiables, que le faux GoiU François a produits en Allemagne et dans plusieurs Pays voisins : D'où vient qu'il n'a pas produit les mêmes effets funestes en Angleterre?... La passion pour notre Langue et pour notre Littérature y a été plus modérée. La haine innée de la Nation pour le Nom François n'a pu empêcher, il est vrai, le mérite de nos Ecrivains de s'v faire sentir ; mais cette haine... a bientôt fait naître quelque chose de plus que de l'émulation. 11 en est résulté une rivalité littéraire aussi vive que la rivalité politique... Nos excellens Auteurs ont été lus, imités, pillés et injuriés ; mais on n'a point été subjugué par les mauvais. On ne s'est point laissé subjuguer, au point d'abandonner presque sa propre Langue, de négliger les Productions de ses Concitoyens et de les décourager eux-mêmes par le défaut d'attention suffisante à leurs travaux, comme on a fait en Allemagne ; et pourquoi cela?... Pour entendre assez mal une Langue étrangère, la parler encore plus mal, et n'y guères lire que des So fiscs. . Etoit-ce aussi... les succès des deux Nations? l'Allemande et l'Angloise, répondent à la différence de leurs conduites. Ici le Fait parle... Le mérite de la Littérature angloise est très supérieur à celui de l'Allemande. La preuve en est que l'Allemagne recherche avec grand soin les Productions Angîoises... au licvi que l'Angleterre et le reste de l'Europe montrent assez d'indifférence pour les Productions de l'Allemagne... La Nation Allemande... donne ici sa voix contre elle-même, et je la crois trop judicieuse pour s'offenser de ma réflexion... Comme François, ma prévention en faveur de l'Angleterre n'est pas fort grande apparemment. En effet ne suis-jc rien moins que possédé dWnglomanie ; mais je me pique d'équité et d'impartialité... Je suis aussi fort éloigné de croire qu'il y ait entre les Nations des différences essentielles, indépendantes do la culture que reçoivent les esprits. L'Allemand montrera autant de délicatesse que le François, autant de profondeur et d'élévation que l'Anglois, quand il sera dans la vrayc route, mais il n'y est point ».

Besoins et désirs. — Louis XIV une fois mort, l'élite des Anglais visite notre pays et y séjourne longtemps. Ils viennent faire plus ample connaissance avec nous ; ils découvrent la France. En dépit des luttes et des divisions, leur nombre ira sans cesse croissant jusqu'aux approches de la Révolution. La France de Louis XV a reçu une foule de sujets du roi Georges II et du roi Georges III.

Malgré quelques fort remarquables exceptions, c'étaient, on l'a dit, de très indifférents et bien médiocres observateurs. Chacun d eux eût pu répéter après Thomson : « Je ne reviendrai pas plus mauvais Anglais que je ne suis parti ». Il débarque conscient de la supériorité que lui donne l'orgueil de sa race, le « rude amour » qu'il a pour la liberté et son inébranlable admiration pour la constitution de son pays'; cette belle assurance lui demeure.

Les œuvres des essayistes et des romanciers, nous dit P. Yvon^ font comprendre quelle opinion « l'Anglais riche qui voyage, a de son pays et de sa nation ; pays mercantile, prospère par son commerce et fier de ce commerce, pays d'ordre, de confort, de propreté pour quiconque a les moyens ; nation de tempérament hautain et exclusif, tolérante cependant, car l'originalité y a tous les droits ; nation enfin éprise... de boxe, de courses de chevaux, de cricket.

« Les clubs sont fort à la mode. Les hommes s'y réunissent entre eux, les femmes sont exclues de leur société ; dans leur intérieur même, elles quittent la table au dessert, ne peuvent adoucir les

1. D('s i8G4, Gornclis do Wilt les a étudies dans son ouvrage : La Société française et In Société anglaise au XVIII'' siècle. Babcau, on 1885, consacra trois ciiapitres de son livre Les Voyageurs en France aux Anglais. Ce vaste sujet a été bien souvent repris depuis, en particulier par le D' Conslantia Maxwell, The English traveller in France (193-2). Voir Fr.-Gr. Brel.. avril 1933, p. 391.

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