Voir L. Morel, J. Thomson. Sa vie et ses œuvres, p. 9i
3. Les Anglais et la Soc. J'r. au XVIIF s. (Extr. de la Revue de l'Ens. des l. viv., 4910, p. 2).
mœurs masculines, comme elles le font en France. John Bull, — le nom lui fut donné au commencement du siècle par Arbuthnot, — a un esprit sérieux, mais un fonds d'humeur chagrine et renfrognée. Des moralistes comme Addison, Steele, « dont les pièces valent un sermon », et bien d'autres après eux, s'ingénient à réformer les mœurs. C'est qu'il y a encore une certaine brutalité dans les manières, quelque chose de violent dans le vice, de farouche dans le ton, de féroce dans l'austérité, de fanatique dans la religion. Après les auteurs dramatiques de la Restauration, « Defoe, Fielding et Smollett dans leurs romans, Hogarth dans ses tableaux, étalent assez complaisamment la grossièreté, et la rudesse des gens de leur époque, gens souvent d'aspect vulgaire, gras et bien nourris ». Aussi n'est-il pas surprenant que Walpole ait avant son premier voyage souhaité de voir des gens polis. Ce désir est à retenir. Morale, convenances et belles manières ne sont pas la même chose.
La France s'offrait à la curiosité de deux élites, l'une de race, l'autre de pensée, le bon ton attirait l'une, la culture séduisait l'autre. « Quiconque était du bel air, dit encore P. Yvon, aimait les lettres et désirait être à la mode, trouvait en France un esprit social inséparable du bon goût, du sens de la beauté, de la grâce et de l'élégance de la forme, une manière agréable et indulgente de se divertir dans la conversation et de goûter un aimable repos ou de savourer d'intelligents loisirs... En fait, le « monde », à cette époque, ce n'était pas dans la société anglaise et dans la société française séparées qu'il fallait espérer le trouver, mais dans la réunion de toutes les deux. Depuis trois quarts de siècle, avec bien des vicissitudes, les deux sociétés avaient pris un contact de plus en plus intime » '.
Au PATS DES SALONS. — Le uiarquls de Boyer d'Argens, ayant demandé à un voyageur anglais, qui, au retour d'Italie, était venu en France, quelles raisons avaient déterminé son voyage, l'Anglais lui répondit: « J'ai été... voir la France, parce que tous les Gens d'une certaine Distinction font ce Voiage. 11 faut bien suivre la Mode »". Mode n'est pas le mot juste ; il eût fallu dire l'Usage, ou, si l'on veut, la Tradition. C'était là la forme caractéristique de l'affection classée sous le nom de « French disease » ^.
Tout n'était pourtant pas snobisme dans le besoin qu'éprouvaient
1. Voir Les Anglais et la Société française an XVII I^ siècle.