‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 199 sur 595 · De Goudar, L'Espion français, t. II, p · texte numérisé non relu

De Goudar, L'Espion français, t. II, p

amis d'outre-Manche, ne manquait point d'en avertir son correspondant'.

« En dehors et au-dessus des deux gouvernements qui s'observaient, dit l'auteur, s'était formée une société cosmopolite qui plaçait au-dessus de tout le bien vivre et le plaisir social. Elle semblait simple spectatrice de la rivalité politique, coloniale et commerciale qui dressait les deux nations l'une contre l'autre. Les lettres de M""* Du Deffand à Horace \Valpole témoignent de ce singulier état d'esprit qui aujourd'hui friserait la trahison. En pleine guerre on n'hésitait point à échanger des nouvelles militaires ou maritimes qui renseignaient l'ennemi » '.

William Pitt s'étonne que son nom soit traité sans inimitié et que sa mère puisse lui écrire, sans détour, en mettant son adresse tout au long^

Contact avec l'esprit français. — Nous avons toutes sortes de témoignages des sentiments d'estime, d'admiration même que des Anglais ont éprouvés. Sherlock, qui a fréquenté les théâtres et les gens de lettres, ne tarit pas sur l'amabilité des Français ^. Garrick se félicite de l'accueil charmant qui lui fut fait, il est transporté d'avoir trouvé à Paris les « Etats-généraux de l'esprit humain ». Il fait même le projet, qu'il ne réalisa jamais, d'y revenir '. Thicknesse, assez mal disposé pourtant en notre faveur, redresse les exagérations grincheuses de Smolletl (1767).

Quelques-uns même se fixèrent chez nous, ainsi sir James Rutlidge, qui collabora avec Letourneur et lança le Babillard en 1778. Celui-là était, il est vrai, perdu par là même pour l'influence française de l'autre côté du détroit.

Utilité de savoir la langue universelle. — Le dictionnaire portatif : The New Pocket Dictionarj of the French and English Languages, de Thomas Nugent, dans sa 7* édition, publié en 1746 à Lyon, commence ainsi : « L'utilité de la langue française est si généralement reconnue que tout ouvrage qui contribue à en faciliter la connaissance ne peut qu'être favorablement accueilli du public ». Ce n'était pas là un boniment d'auteur, c'était une vérité.

Nous n'avons parlé jusqu'ici du français que comme s'il avait été

i. Voir Britsch, La Jeunesse de Philippe-EgalUé, p. 393-394.

Page 1