‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 204 sur 595 · Lell. XVII, t. I, p · texte numérisé non relu

Lell. XVII, t. I, p

4. Ladv M. Montagu, Letters wrilten durinq her travels in Europe... (lettre du 13 oct. 1718). Cf. Paston, Lady M. W. Mont, and her Time. 1907.

Histoire de la langue française . VIII. 17

nous en possédons une meilleure en Angleterre; mais je suis en train d'écrire à quelqu'un qui les connaît bien mieux que moi-même. Leurs représentations étaient tout à fait grandioses et leur scène dépasse la nôtre; mais, selon moi, leurs pièces sont médiocres'. Sacheverell Stevens traverse la France et séjourne à Paris en 1738 et 1739. Il trouve à redire à tout. Smollett, l'auteur de Peregrine Pickle, regarde aussi en hargneux^. Ce sont de tout côté condamnations et damnations.

Notre politesse même n'arrivait pas à séduire ; on s'en défiait comme d'un piège et ceux-là ne sont pas rares qui voient dans l'amabilité française un mensonge et une fausseté. 11 faut toute la clairvovance d'un homme comme Moore pour démêler combien elle était sincère et pour marquer qu'elle avait pénétré toutes les classes et qu'elle était devenue une seconde nature ^.

Knox, qui est un éducateur, le tranche net. C'est nous qui sommes responsables des vices anglais : « La dépravation, qui règne aujourd'hui, dit-il, parmi nous, doit en grande partie son accroissement, peut-être même son origine, à nos rapports trop fréquens avec la France et l'Italie » ^.

Ainsi Mrs. Montague (qu'il ne faut pas confondre avec lady Montagu) aimait Corneille, mais, dit Tilly°, « sa maladie était désespérée : l'infortunée n'aimait pas Racine ! et pour se constituer plus coupable, elle assurait le comprendre. Cette excellente femme n'avait vu dans V Achille qu'un petit-maître français, et dans Athalie que la fable d'un enfant ».

Ces incompréhensions étaient communes ; les conversions rares. Seuls des esprits bienveillants comme Sterne, Goldsmith, John Moore ne contestaient pas le charme de notre manière d'être et d'écrire.

Au reste, du point de vue qui nous occupe, ces jugements nous importent assez peu. Ceux qui condamnent et ceux qui admirent ont également appris le français sans qu'on puisse dire avec assurance que ceux-là étaient les plus favorables qui y avaient pénétré j)lus avant.

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