Mrs. Glemens Parsons : Garrick and hi$ Circle, p
L'estime baisse. — Toutefois une indication intéressante nous est fournie par la lettre que Fréron attribue au comédien Desormes, le premier rôle de la troupe Monnet. Selon lui, les Anglais instruits témoignaient peu d'estime pour nos comédies et bâillaient aux représentations. C'est qu'elles se bornaient à fronder les modes, les manies, les tics de Paris, tout ce qu'un étranger ne peut connaître et saisir qu'avec beaucoup de peine, et qui, en définitive, | est d'un intérêt fort mince'.
Peu importe qu'on ait suspecté l'authenticité de cette lettre' ; quand elle serait l'œuvre de Fréron lui-même, elle n'en contiendrait pas moins une explication intéressante d'un fait qu'il était possible d'observer sans quitter Paris : les Anglais ne goûtaient pas ce qu'ils suivaient difficilement. Il ne s'agit donc point d'aversion pour le théâtre français, mais seulement pour une catégorie d'oeuvres qui ne valaient pas l'effort qu'elles coûtaient ^
Les lectures. — Cet effort était sensiblement réduit dans les lectures, où quelques commentaires opportuns, peut-être même les bons offices d'interprètes, venaient au secours des auditeurs embarrassés. Ce fut sans doute de celte façon surtout que s'exerça outre- Manche l'action de notre littérature dramatique et celle de nos acteurs, ou plutôt de nos diseurs. On donnait avec grand succès des lectures dès 1776^; celles de Le Texier attirèrent pendant une quinzaine d'années, de 178i à 1799, la bonne société dans sa maison de Lisle Street, Leicester Fields.
11 faut reconnaître que leur programme ne répond nullement aux indications de la lettre publiée par Fréron. Les goûts avaient-ils changé en cinquante ans? Toujours est-il que Molière tient une
4. Lettres sur quelques écrits de ce temps, par M. F***, nouvelle édition. Londres (Paris), 1782, in-i2, K II, pp. 272 et suiv. « J'ai eu l'occasion de m'cnlretcnir avec quelques Anglais qui ont vu la France, sur les pièces que nous devons leur jouer. Ils ne veulent que du Molirre ; ils m'ont dit franchement qu'ils avaient baille à Paris à nos comédies modernes les plus goûtées. Ils ont, disenl-ils, beaucoup de difficulté à les entendre, et quand ils les ont pénétrées, ils ne se croient pas dédommagés de la peine qu'ils ont prise. Ne serait-ce pas. Monsieur, que les comédies d'aujourd'hui sont trop fines, trop dénuées d'action, et ne portent que sur quelques nuances passagères afTcctécs aux personnes du grand monde ? Au lieu que Molière a peint des vices et des ridicules généraux, qui conviennent à toutes les nations et à tous les étals. Il y a partout, et ici autant qu'ailleurs, des Avares, des Misanthropes, des Tartuffes, des Précieuses, des Bourgeois Gcntilhommcs, des Valets Fourbes ».