‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 219 sur 595 · Voir Diss. sur la Poésie Anglaise (pp · texte numérisé non relu

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« Leurs plus beaux génies [aux Anglais] et ceux qui peuvent juger des pièces Franç oises commencent pourtant à en reconnoître la supériorité du côté de la correction et à considérer la régularité comme une qualité qui rend les Ouvrages d'Esprit estimables.

« Le Chevalier Ricliard Steele le fait assez connoître dans un prologue qu'il a fait pour l'Andromaqtie Anglais fait par M. Philips, ou plutôt imité de l'Andromaque de M. Racine. Il y loue cet auteur très estimé et très estimable, d'avoir joint dans sa pièce la correction Françoise au feu Anglois.

« Plusieurs poètes ont déjà commencé à travailler à cette réforme [de la poésie anglaise], et il est fort probable qu'ils ne manqueront pas d'y réussir; la langue Françoise commence à être de plus en plus en vogue dans ces Royaumes, plusieurs de leurs

Beaucoup d'obscurités subsistent du reste. Il me parait particulièrement difficile d'expliquer comment nos voisins pouvaient lire à la fois Du Bartas et Fénelon, La Calprenède et Marmontel. De nos jours, grâce aux progrès de la philologie historique, on arrive à ne pas embrouiller tout cela. Mais par quelle grâce d'en haut des Anglais du xviii^ siècle s'y retrouvaient-ils, à moins que leur demi-ignorance ne les sauvât, et qu'ils comprissent le tout par à peu près ? '

On s'est d'autre part posé le cas de Pope, qui avait étudié Boileau, et nombre de critiques français : Rapin, Bouhours, Bossu, peut-être dans le texte, et qui, quand Voltaire alla le voir, fut incapable de s'entretenir avec lui'.

Nos LIVRES EN ANGLETERRE. — Nombre d'Anglais en étaient là^ et il n'y a pas de raison de supposer que cette capacité ait beaucoup diminué, à en juger du moins par la diffusion de nos livres.

Admettons que les lecteurs anglais de La Henriade furent flattés de l'éloge que le poète faisait de leur pays. Tant y a que le poème de Voltaire se vendit beaucoup. II se trouva trois cent quarantequatre souscripteurs, et certains d'entre eux voulurent plusieurs exemplaires. Peterborough en prit vingt, Chesterfield dix. Toute l'édition in-i" et trois éditions in-S" furent vendues en moins de trois semaines^. On pourrait citer d'autres exemples '.

Il n'y a guère qu'un tout petit nombre d'écrivains anglais qui

beaux esprits l'entendent quoique ils ne la parlent pas. et s'ils continuent à être trop orgueilleux pour s'avouer imitateurs des François, ils ne laisseront point de les imiter dans ce qu'ils seront forcé [^sic] à reconnoître bon et raisonnable ».

1. Sur le culte persistant de ces vieux auteurs voir Rathery, Relat.. p. 60. 11 est possible qu'ils se contentassent de l'à-peu-près, comme ils s'en contentaient pour l'intelligence de leurs textes anciens (cf. Dryden et Pope lui-même pour Chaucer).

'2. Voici d'abord ce que dit Voltaire à ce propos (^Lelt. philos., XXII) : Ce que je sais, ainsi que tous les gens de lettres d'Angleterre, c'est que Pope, avec qui j'ai beaucoup vécu, pouvait à peine lire le français, qu'il ne parlait pas un mot de notre langage.

Audra a minutieusement étudié la ([uestion, et il conclut que Pope avait peut-être été intimidé et que, incapable de parler couramment le français, il le savait néanmoins beaucoup mieux que n'a voulu le faire croire Voltaire (L'influence française dans l'œuvre (le Pope, pp. 116-120. Voir tout le chapitre et comparez Bull, mensuel France-Grande- Bretmjne, nov. IDS'i).

3. Le D'' Rigby voyage en France en 1789. Il assiste à des représentations théâtrales, il lui faut suivre sur le livret.

Il lui fut, dit-il, « très instructif d'écouter la prononciation correcte des mots, et même des syllabes, de sorte qu'avec l'aide d'un livre (il assiste à un opéra-comique) nous pûmes très bien comprendre » (Letl., p. 2.5). Il a une conversation avec Target (p. i3) et enfin, à la chapelle de Versailles, il s'entretient avec « un des gens d'armes présents à l'église » (p. 4o).

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