‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 229 sur 595 · ANGLAIS QUI ONT ÉCRIT EN FRANÇAIS · texte numérisé non relu

ANGLAIS QUI ONT ÉCRIT EN FRANÇAIS

part VEssai sur la Poésie Epique font présumer que Voltaire luimême aspirait à obtenir en retour le même compliment.

« Le comte Ilamilton fait une exception sur laquelle on ne saurait insister de bonne foi : quoique Irlandais de naissance, il avait été élevé en France dès son bas-âge ; — je m'étonne cependant que son long séjour en Angleterre et l'habitude de la conversation domestique n'aient pas altéré l'aisance et la pureté de son inimitable style, — et j'ai du regret à la perte de ses vers anglais qui auraient ofl'ert un sujet de comparaison amusante.

« Je puis donc prétendre au Primus ego in patriam, etc. Mais avec quel succès ai-je tenté ce sentier non encore frayé, c'est ce que je dois laisser à décider à mes lecteurs français » '.

La décision de Gibbon ne passa pas du reste sans observations ni critiques. Si certains l'approuvèrent^, d'autres firent des réserves ^ Parmi ceux-là il convient d'insister sur Hume. Le philosophe savait le français \ 11 avait habité longtemps la France et son Siège de Calais parut d'abord en français". On a dit aussi que, quand il fut brouillé avec Rousseau, il se défendit en français''. Pourtant, quand Gibbon, après son deuxième séjour en Suisse, revint à Londres en 1767, et qu'il montra au philosophe historien un échantillon de son Histoire de la Suisse, Hume lui fit une observation qui trahissait une sorte de patriotisme littéraire : « Pourquoi écrivez-vous en français, et portez-vous des fagots dans un bois, comme dit Horace en parlant des Romains qui écrivent en grec » ' ? Hume exprimait là le sentiment général.

Gibbon répondit : Mes anciennes habitudes et la présence de Deyverdun, m'ont encouragé à écrire en français pour le continent Européen. Je n'ai pas besoin de souligner l'importance de ces derniers mots^

1. Autobiography, éd. Murray, 1897, p. 17o-17(>; cf. p. 200-'201 : J'avais raison d'estimer cette urbanité nationale qui de la Cour a répandu son aimable influence, sur la boutique, la chaumière, les écoles.

'i. M. Mathy, lettre à Gibbon, cadet, auteur (en français) d'un Essai sur l'étude de la Littérature, Londres, 1761, justifie l'emploi du français (voir Musée Britannique du 16 juin 1761).

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