Chesterfield and his Critics. London
"2. Il faudrait, auprès de lui, mentionner G. Sehvyn, un de ses correspondants, homme du bel air, qui manie le français avec une aisance et un naturel parfaits (voir S. Parnell Kcrr., Georçj Selwyn and his wits. London. Methuen and Co., s. d. L'ouvrage, publié sans doute aui environs de 1900, est bien postérieur au livre de Jesse sur le même personnage).
Restrictions et réserves des mieux intentionnés. — En 1710, Jean Le Clerc, parlant de trois traductions de livres anglais (dont une était VEssai sur l'usage de la î-aillerie de Van Effen), renvoie les lecteurs aux originaux, puisque « le stile... est d'un Anglois si pur et si énergique », que « la Langue Françoise ne fait que languir en comparaison ». A propos de la traduction du Spectator, il insiste plusieurs fois sur ce point '.
Cette opinion n'était point celle d'un adversaire, ni d'un rival. Nous la verrons se reproduire ailleurs, avec des variantes. En Angleterre, depuis Dryden, c'est-à-dire depuis environ quarante ans, il y avait pour ainsi dire chose jugée. Dès 1717, le Journal Vttéraire, parlant des beaux esprits du pays, constate que « la plupart d'entr'eux sont du sentiment que la langue Françoise n'a pas la force nécessaire pour la Poésie ». Ils ne se trompent pas toutà-fait, ajoute l'auteur; « le rafinement des Puristes a appauvri cette langue ; beaucoup de vieux mots expressifs en ont été retranchez, et on n'a admis de termes nouveaux qu'autant que la nécessité l'exigeoit ; d'ailleurs une règle inviolable du stile François défend au même terme de paroitre plusieurs fois dans des périodes voisines ; ainsi ayant peu de Sinonimes, on ne sauroit bien souvent varier le stile, que par des circonlocutions, qui, remplaçant un seul mot par tout une phrase, causent du vuide dans le sens, et doivent absolument énerver la diction » ".
Voltaire était-il prêt à souscrire à cette opinion, ou bien, en se faisant modeste, poussait-il trop loin une condescendance qui aboutissait à déniorer le français? En tous cas, il écrivait à Towne, le 23 juillet 1728, à propos de La Henriade : « Lalangue d'une nation libre comme la vôtre est la seule qui puisse exprimer vigoureuse-
i. Bibl. Ane. et Mod.. t. I (1714), -2" part., p. 383; t. V, p. 426, dans Goulding, Swift, p. 24.
2. P. 60. On notera que ces opinions ne sont pas fort différentes de celles de Fénolon.
ment ce que je n'ai rendu que bien faiblement clans ma langue maternelle : mon œuvre grandira entre vos mains et deviendra digne delà nation britannique » '.
Plusieurs poètes anglais ont souligné cette infériorité du français classique, appauvri par le jeûne, asservi parTexcès des règles. En avril 17i2, dans une lettre à West, Gray reproche aux Français d'avoir une langue poétique en tout semblable à celle de la prose, et y oppose les hardies créations de Shakespeare et de Milton -.
La discussion ne fut du reste ni bien profonde ni bien brillante. On peut citer le D"" Newton, qni, en 1776, dans une Préface du Paradis perdu de Milton, félicite Cromwell d'avoir refusé de négocier en français, car dans l'opinion de tous les hommes sages l'universalité delà langue devait amener l'universalité de la monarchie française ^ Pur procès de tendance auquel nous ne nous arrêterons pas.
Parallèle de Rutlidge. — Mais cette même année le chevalier Rutlidge institue une comparaison en règle des deux nations dans son \\\re Essai sur le caractère et les mœurs des François comparées à celles des Anglois, et il pose la question de la valeur relative des deux langues, sur son vrai terrain, en homme qui les mêle dans son usafife et sa vie ^. « Plusieurs circonstances, dit-il, concourent à confirmer les François dans l'opinion qu'ils sont le parangon et le modèle de tout le genre-humain. La principale, c'est l'afïluence des Etrangers chez eux. Ils l'interprètent comme un hommage rendu à leurs talens, qu'on vient étudier et imiter de toutes parts.
« Une autre preuve qui ne leur paraît pas moins convaincante de la grande idée que l'Europe a d'eux, c'est le vaste empire de leur langue, qu'ils regardent comme un aveu général de sa perfection. Les plus modérés en parlent comme de celle qui est la mieux adaptée à l'usage des hommes. Lors même qu'ils en louent d'autres, on voit toujours qu'ils cherchent à insinuer que la préférence est due à la Françoise. A cette occasion ils citent le fameux apophtegme de l'Empereur Charles-Quint, dont l'autorité leur paroît décisive en