‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 232 sur 595 · Dans Allou, o. c, p. iOO · texte numérisé non relu

Dans Allou, o. c, p. iOO

4. Dans une thèse récente: Le Cheoalier RutUdye, gentilhomme anglais Çl 74:2-1 794). Paris, 4932, Raymond Las Vcrgnas a étudie à fond co personnage, dont le rôle a été à certains moments assez énigmatique, car la nature de ses rapports avec Sartine, Lenoir, et plus tard Xeckcr, n'est pas complètement éclaircic. D'origine irlandaise, fils d'un père qui équipa le navire qui escorta Cli. Sluart en route pour CuUodcn, il avait servi dans un des régiments irlandais du Roi de France. Il parle de la France comme de son pays. Romancier, satiriste, critique de la philosopliie et des philosophes, un des meilleurs journalistes du Babillard, il a eu et soutenu l'idée de l'entente francoanglaise.

faveur de leur Langue pour le commerce des hommes entre eux.

« Si la Langue Françoise étoit aussi peu répandueque les autres Langues modernes qui ne sont sues parfaitement que des Nationaux, il y auroit de la présomption à tout autre que des François de décider de son mérite ; mais comme elle est devenue familière dans toutes les Cours et qu'elle fait une partie de la bonne éducation, on peut assurer qu'il y a des Etrangers qui la parlent et qui l'écrivent très correctement, et qui sont en état d'en juger avec connaissance et avec intégrité. On petit donc prononcer avec eux que la Langue Françoise est plus agréable qu'expresswe, et que semblable à la Nation dont l'esprit de liberté s'est évaporé par le changement de son Gouvernement, elle a perdu en force ce qu'elle a gagné en politesse et en pureté', qu'on a trop fait consister dans le retranchement de plusieurs choses qu'il eût mieux valu conserver... Il n'est pas rare d'entendre des François se plaindre de la gêne où les réduit l'attention qu'ils sont obligés d'apporter à une correction qui affoiblit souvent leurs pensées. Il semble que le principal mérite d'une Langue devroit consister dans le nerf et l'abondance de ses expressions, plutôt que dans un soin étudié à ne se rien permettre qui ne soit marqué au coin du raffinement le plus pénible » '.

L'année suivante il revenait à ce sujet et précisait encore : Le caractère principal de la langue française est la pureté, l'élégance, la correction. « De là résultent l'unité et la clarté de sa marche ; et sans contredit, elle est plus faite pour les sciences que pour les arts. Ce caractère produit la stérilité, la timidité et la gêne.

« La langue angloise au contraire, est libre et fière dans sa marche, comme le peuple qui s'en sert pour peindre ses pensées. Quiconque s'avise de l'enrichir d'une expression insolite ou étrangère est applaudi, en raison de la force et de l'énergie du mot hasardé... Abondance, énergie, audace, voilà ses attributs » -.

A ce réquisitoire il n'a guère été répondu avec pertinence : « L'auteur, observe-t-on, est anglais, d'où partialité pour les siens. Le même auteur ne veut pas que le concours de toutes les nations de l'Europe venant s'instruire et se former chez elle, ni que l'étude qu'elles font de sa langue prouvent beaucoup en sa faveur; il prétend que cette langue n'est aussi répandue que parce que l'esprit inquiet et ambitieux de la France force les autres nations à négocier souvent avec elle. Si c'était là le vrai motif, elle ne serait cultivée

1. Pp. 205-207. Le français présente en outre des difficultés de prononciation (p. 207).

2. Lettre à M. M** sur la lang. Angl. et sur la lecture des Auteurs Angl. (OEiivres diverses, Yverdon, 1777, t. II, p. 205-206).

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que chez les peuples qui ont des relations politiques avec nous, encore parmi eux, il n'y aurait guère que les hommes qui ont l'espoir d'être un jour à la tête des atTaires ; cependant on la voit cultivée jusqu'au fond du Nord ; on voit des hommes de toutes les conditions l'apprendre ; le sexe, juge si sur en matière de goût, en fait ses délices, et elle fait aujourd'hui partie de son éducation. Cette préférence sur toutes les autres langues vivantes ne peut donc être due qu'à sa perfection, et au grand nombre de livres excellents que nous avons dans tous les genres ».

Il est impossible de ne pas juger extrêmement faible pareille défense fondée uniquement sur le consentement universel, et où on donne à peine un argument. Nous sommes loin des opinions sereines et modérées du brave Rutlidge.

Encore Walpole. — On a vu combien Walpole était familier avec la langue française. Pour admirateur qu il soit de notre génie, il n'en souscrit pas moins à l'opinion générale anglaise. Le français est très inférieur en nombre (numbers), en harmonie et en abondance ; il est mieux adapté à la conversation et au dialogue '.

S'il était vrai que le français fut incapable des hautes inspirations lyriques, ne convenait-il pas au moins de lui reconnaître l'avantage d'être une exquise langue de conversation? Or, même dans ce rôle, on lui attribuait des défauts graves: Il donnait volontiers dans la flatterie et l'excès des compliments, si proche de l'insincérité. Un trop grand nombre de formules admises y effaçaient le caractère individuel, risquaient même de compromettre la dignité de la personne. Son triomphe était le dialogue léger et alerte. Il se prête mieux qu'aucune langue aux rencontres heureuses, à l'échange rapide des opinions. En anglais, une conversation correcte prend tout de suite un air pédant et affecté. La cause en est sans doute que les dames n'ont pas encore, comme en France, pris en main la direction de l'idiome'. C'est là, suivant Walpole, ce qui fait que le français convient mieux à la comédie '.

Plus tard on a été moins ingrat et on a reconnu à la langue française non seulement des mérites qu'elle a gardés en propre, mais des vertus communiccttives. Ainsi on a expliqué, non sans raison, que la manière de Hume, la structure simple de ses phrases, la pureté de son style pouvaient bien être due à l'éducation qu'il avait reçue des Jésuites, pendant son séjour à La Flèche*. Du reste la prose

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