Kont, 0. c, p. 7t
certains égards ils sont suspects. La grande tâche de cette génération était, nous l'avons dit, de délatiniser le pays et de relever l'idiome magyar du discrédit. Le but ne pouvait pas être de substituer une sujétion à une autre, et d'établir la domination de Paris sur les ruines de celles de Rome. Mais le français servit de moyen, et la France de modèle.
Baranyai cite parmi les premiers qui se seraient servis du français le spirituel et galant comte Sztàray, dont la mère était française, qui décrivit en cette langue le parc et le château de « Sans-Souci » du comle Csâky, dont il courtisait la femme ; le comte Dessewffy, qui écrivit des poésies de circonstance, et le comte Haller, qui composa un discours dans la forme des éloges académiques.
Le chef de l'Ecole française. — C'est Georges Bessenyei (né en 1747 à Bercel). S'il n'a jamais écrit d'oeuvres en langue française', tout ce qu'il a produit s'inspire de nos modèles^ depuis sa tragédie d'Agis jusqu'à son testament philosophique : Les lumières de la nature ou la saine raison. Esprit universel, ce garde du corps de Marie-Thérèse a acclimaté un à un nos genres, en particulier ceux que cultivait Voltaire '. II n'a pas dépendu de lui que la Hongrie n'eût son Académie, sur le modèle de l'Académie française. En attendant il prend la tête de ceux qui combattent pour la langue hongroise ; par des théories comme par des exemples : épopées, contes, traités d'analyse sociale et morale, qu'ils a produits sans relâche, il plaide et prouve : « Etudions les langues et les littératures anciennes et modernes, pour traduire d'abord, pour nous inspirer ensuite, dit-il. Ces efforts doivent tendre à rendre notre langue souple et expressive. Pourquoi l'Université de Pest n'a-t-elle pas de professeur de hongrois? Pourquoi n'y enseigne-t-on pas la langue et la littérature nationales » ^ ?
C'est le premier esprit universel de son pays. La France a la gloire de l'avoir fécondé. Aussi les hommes de sa lignée sont-ils communément désignés par le nom collectif de Français. Toute une élite intellectuelle, où les camarades de la garde jouent un rôle essentiel, accueille et reçoit de lui le mot d'ordre. Au premier rang, Alexandre Bâroczy (1733-1809) \ et Barcsay. Le premier^ est
i. Kont a cité de lui des pages en français, o. c, p. 45.5.