‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 259 sur 595 · Hist. de Belgique, t. V, p. 32i · texte numérisé non relu

Hist. de Belgique, t. V, p. 32i

Une nouvelle Gouvernante. Fêtes et réunions. — Au prince Charles de Lorraine avait succédé l'archiduchesse Marie-Christine; elle monta sa Cour avec un faste royal. Belle femme elle-même, danseuse émérite, elle entraîna son mari, l'archiduc Albert de Saxe- Teschen, fils d'Auguste III, roi de Pologne, qui était surtout épris d'arts plastiques, dans une vie de représentations et de fêtes. On lisait à Bruxelles tout ce qui paraissait à Paris. Spa était une ville d'eaux internationale, où, naturellement, on entendait toutes les langues, mais où dominait le français.

Des Cressonnières, dans son excellent Essai sur la question des langues, a cité, d'après Hamelius, les plaintes de l'avocat Verlooi sur l'état de profonde décadence où se trouvait le flamand à Bruxelles en 1788' : « La langue flamande est surtout maltraitée à Bruxelles. Dans cette ville elle est non seulement négligée, mais encore méprisée : on n'y parle presque que patois, à peine y a-t-il un lettré qui la connaisse médiocrement, le vulgaire la repousse et la méprise sans la connaître... Quelques-uns évitent de parler flamand en société ou dans la rue, d'autres parlent volontairement mal pour paraître élevés en français... Nos demoiselles ne se montrent jamais avec un livre d'heures flamand : si pareille chose arrivait, elles devraient rougir de honte. Jamais aucune attention n'a été accordée à notre langue par les pouvoirs publics. Ni l'Université de Louvain, ni notre Académie de Bruxelles n'ont jamais fait plus que s'abstenir de la condamner; notre orthographe n'est pas encore fixée et n'a pas encore reçu ce vernis d'une main officielle dont jouit le français et sous ce rapport les Hollandais ne sont guère plus réguliers que nous. Notre langue est bannie des théâtres, elle est reléguée à l'arrière dans nos conseils les plus respectés. La plupart de nos chants, pour ne pas dire tous, presque toutes nos gazettes et autres productions courantes delà presse sont en français et les Français seuls en retirent honneur et profit ; ils sont généralement secrétaires et pédagogues des grands, nos journalistes, nos gazetiers ».

Kurth a dit: « Alors qu'une dynastie d'origine française a su, pendant des générations, faire preuve de déférence envers ses sujets flamands en parlant leur langue, c'est une dynastie germanique qui donne l'exemple de la dédaigner, et qui met la langue nationale au rebut » \ Quelque habitué que l'on soit aux préventions du savant

1. \oir j). 296. Cf. « Si à fond que le français se soit infiltré dans la nation, le flamand reste la langue populaire, celle dont les pavsans, les ouvriers, la plus grande partie même de la petite et moyenne bourgeoisie se servent dans leurs rapports journaliers » (Pirenne, o. c, t. V, p. 329).

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