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CHAPITRE PREMIER LES ANTÉCÉDENTS

Longue tradition. — Liège avait été réintégrée par Charles VI dans le cercle de Westphalie '. Rien ne fut changé jusqu'à la Révolution française au statut politique du pays.

Pour les affaires extérieures et les relations diplomatiques les princes-évêques se servaient ou du latin ou du français; de même pour les affaires d'administration générale. C'était en français que délibérait le Conseil privé; ce qui n'avait été longtemps qu'un usage devint une règle ; en 1774, un édit du prince-évêque Velbruck prescrivit même de n'employer que cette langue pour les communications qu'on aurait à faire à l'assemblée".

Pour les actes administratifs qui n'avaient qu'une portée locale, on consultait les convenances des populations, et on se décidait d'après les « localités ». Magnette a montré qu'en général, depuis longtemps, contrairement à l'opinion de Kurth, les ordonnances gouvernementales applicables à l'ensemble du territoire étaient promulguées en français. En tous cas, à la fin du xviii* siècle, l'usage était devenu constant, on laissait les administrations locales user des langues à leur convenance, seuls les règlements émanés des princes-évêques étaient invariablement en français^.

1. Voir Daris, Histoire du diocèse et de la principauté de Lié(je (^1724-1852). Cf. Lonchay, La princ. de Liège, la France et les Pays-Bas au XVIP et au XVIII^ s., Ac. Roy. de Belgique, 18-20, 8».

i. Polain, Vlaemsclic Commissie, 173, et Kurth, o. c, p. 6i.

3. Voir Poullet, Origine des Instit. des P. -Bas, t. I, 374, et Kurth, t. II, Front, liwj., p. 63 j Polain, Rapport du 7 janvier 1787 à l'Archiviste général, conservé aux. Archives de l'E(at à Liège, Vlaemsche Commissie, 174, dans Kurth, ib., p. 63-64, et surtout Magnette, L'emploi officiel des langues dans l'ancienne principauté de Liège (Ghron. arch. du pays de Liège, XIV, 19^3, p. 23-24). Il y a cependant, même au xviii^ siècle, des ordonnances bilingues.

M. Gessler a bien voulu me faire observer que, si l'élection de l'évêque était annoncée en flamand comme en français (H. L., t. V, p. 197, n. 7), c'est que le princeévêque était comte de Looz.

Les délibérations des Trois États avaient lieu en français, les décisions prises, les a recès » étaient dans la même langue. Quant aux milices, elles étaient commandées dans l'idiome du pays où elles se recrutaient ; seul le régiment national liégeois, créé en 1715 au moyen d'enrôlements volontaires, était tout français. A rOOTicial, qui était la plus haute juridiction ecclésiastique, on employait le latin, le français, ou le flamand. A la fin du régime, nul ne pouvait être appelé aux hautes fonctions déjuge, sans posséder les trois langues. Dans les autres cours judiciaires, les langues étaient employées suivant les besoins des populations. Là où c'était nécessaire, on avait deux juges parlant l'un français, l'autre thiois, ainsi à Tongres, à Maestricht, à Saint-Trond. Au tribunal des échevins de Liège, au tribunal des XXII, aux États Réviseurs, même partage de fonctions entre gens de langue flamande et gens de langue française. En somme un bienfaisant régime d'égalité d'idiomes régnait presque partout, et on ne peut pas dire que les progrès du français aient été là non plus le résultat d'une pression administrative *.

Pourtant, si indépendant, si frondeur même que fût l'esprit des habitants, Liège sentait de plus en plus ses idées, ses mœurs, sa culture se modeler sur la nôtre. L'ascendant de notre civilisation, déjà grand sous Louis XIV, était devenu irrésistible^. Paris était pour les Liégeois la capitale des arts et des lettres. Ce n'est pas à dire qu'on n'allât plus les étudier ailleurs, mais c'est à Paris qu'un peintre, un musicien, un sculpteur devait faire sa réputation. Natalis, Varin, Valdor y étaient allés, Grétry^ y vint à son tour chercher les lauriers qui le sacraient grand homme.

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